couverture du livre la Phénoménologie de l'esprit de Hegel


Résumé de : la Phénoménologie de l'esprit

Cet ouvrage présente les figures successives que prend l'esprit dans son auto-déploiement vers le savoir absolu : certitude sensible, perception, entendement... et le processus dialectique qui mène d'une figure à l'autre.
Il s'agit du premier ouvrage majeur de Hegel, qui a eu un retentissement très important dans l'histoire de la philosophie.

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Du même auteur : L'Esthétique

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Phénoménologie de l'esprit
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Il faut se rendre compte de notre chance : cela ne fait que quelques dizaines d’années que le texte de la Phénoménologie de l’esprit peut être lu en français. Il a fallu attendre plus de cent trente ans pour que la première traduction voit le jour : c’est celle de Jean Hyppolite, en 1939-1941, qui a eu le courage de s’attaquer à ce monument. Jusqu’alors, en France on ne connaissait surtout Hegel que par l’Encyclopédie des sciences philosophiques, et un ouvrage plus accessible, plus « grand public », l’Esthétique.

Si J. Hyppolite s’est lancé dans un tel projet, c’est parce qu’il a eu la chance de suivre les cours d’Alexandre Kojève, à l’Ecole pratique des Hautes études pendant les années 30. On peut dire que ce dernier est l’un des principaux artisans de l’introduction de Hegel en France, ayant beaucoup œuvré pour la réception de sa pensée par le public francophone.


Hegel lui-même n’a pas aidé la postérité à retenir cet ouvrage. Le titre originel de l’œuvre « Système de la science », sous-titré « Première partie, la Phénoménologie de l’Esprit », donnait un rôle honorifique à cet ouvrage, dans l’économie du système hégélien : c’est le livre par lequel il fallait commencer pour découvrir celui-ci.

Mais aucune seconde partie ne verra le jour. Au lieu de cela, Hegel rédige (après une Logique et les Principes de la philosophie du droit) une Encyclopédie des sciences philosophiques, qui repense à nouveaux frais l’économie du système hégélien. En effet, dans cet ouvrage, la phénoménologie n’est plus considérée comme la première partie, mais comme une simple sous-partie d’une section de la troisième partie du système, intitulée la « philosophie de l’esprit ». Elle est donc reléguée à une place mineure, dans le système ainsi repensé par Hegel. Cela, ainsi que le caractère tardif de sa traduction, pourrait faire penser que la Phénoménologie de l’Esprit est une œuvre mineure.

Naturellement, ce n’est pas le cas : ce chef d’œuvre, reconnu par Levinas comme l’un des cinq plus beaux livres de l’histoire de la philosophie, révolutionne son époque, et exerce une grande influence sur les penseurs ultérieurs. Au-delà de la profondeur conceptuelle dont il fait preuve, de nombreuses pages sont remarquables du point de vue purement littéraire, bien loin de l’aridité abstraite à laquelle le nom de Hegel est souvent associé.


La Phénoménologie de l’esprit est probablement le premier livre dans lequel vous devriez vous plonger si vous souhaitez comprendre la philosophie hégélienne. Elle mérite donc pour nous de garder son statut originel : celle d’œuvre première, par laquelle on rentre dans le système hégélien.


Mais quelle traduction privilégier ? Quatre traductions sont en effet disponibles, dans les principales maisons d’édition : celle d’Hyppolite, la plus ancienne, celle de Lefebvre, de Bourgeois ou de Labarrière. Les débats font rage, pour déterminer laquelle respecte au mieux la lettre et l’esprit du texte hégélien, mais aussi la langue française. Certaines sont jugées trop tarabiscotées, ampoulées, ou inutilement jargonneuses, rendant le texte de la Phénoménologie, déjà complexe, encore plus obscur.

De notre côté, après de nombreuses comparaisons, nous avons choisi celle de Lefebvre (éditions GF), mais il peut être utile de consulter les autres traductions sur une citation donnée : parfois les autres traductions sont meilleures et nous n’hésiterons pas à utiliser celles-ci lorsque cela est nécessaire, en prenant soin de préciser la version utilisée.


On connaît les circonstances dans lesquelles ont été rédigées l’ouvrage : Hegel travaille à l’université d’Iéna, en Prusse, dans l’actuelle Allemagne, comme Privatdozent. Il s’agit d’un statut universitaire peu gratifiant puisque non rémunéré, désignant les professeurs sans chaire. Assistant de Schelling, il défend celui-ci dans un opuscule intitulé La différence entre les systèmes philosophiques de Fichte et de Schelling. Mais il finit par prendre ses distances avec lui, pour élaborer sa propre pensée, sa propre doctrine, et commence à rédiger la Phénoménologie de l’esprit.

Mais les troubles de l’époque le rattrapent : l’Europe est ravagée par les guerres napoléoniennes, et l’Empereur en personne vient diriger – et remporter- la bataille d’Iéna. L’histoire raconte qu’Hegel est obligé de fuir la ville, dissimulant précieusement sous son manteau le manuscrit de la Phénoménologie qu’il vient d’achever, et apercevant au loin Napoléon sur son cheval blanc, relate ainsi l’événement : J’ai vu l’Empereur – cette âme du monde – sortir de la ville pour aller en reconnaissance ; c’est effectivement une sensation merveilleuse de voir un pareil individu qui, concentré en un point de l’espace, assis sur son cheval, s’étend sur le monde et le domine1.

Cette rencontre fugace de deux brillants génies, deux géants ayant chacun exercé une profonde influence dans leur domaine respectif, l’un en politique, l’autre en philosophie, ne peut que frapper l’imagination.


En 1807, l’ouvrage est publié ; Hegel a alors 37 ans, et vient de rentrer dans l’Histoire.

Le livre ne connaîtra aucun remaniement ultérieur, à l’exception de la préface. En 1831, il corrige la première moitié de celle-ci avant d’être emporté par une épidémie de choléra qui ravage l’Europe entière.


A présent que nous en savons plus sur le contexte dans lequel l’œuvre a été rédigée, tournons à présent vers le contenu même de celle-ci. Quelle théorie Hegel développe-t-il dans cet ouvrage, et en quoi est-ce que cela marque une révolution dans l’Histoire de la philosophie ?



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Hegel : lecture suivie