couverture du livre le Crépuscule des Idoles de Nietzsche


Résumé de : le Crépuscule des Idoles

Dans le Crépuscule des Idoles, Nietzsche développe une critique de Platon et de l’équation morale bien=beau=vertu.

Il montre que derrière la morale se cache un nihilisme déguisé. La mort de Socrate en est une preuve, ou plutôt un symptôme : Socrate voulait mourir.

La religion cache aussi un nihilisme sous-jacent, ainsi que le rationalisme, qui nie le devenir.

télécharger le résumé

Index de l'article
Nietzsche le Crépuscule des idoles
Page 2
Page 3

C’est dans le Crépuscule des Idoles que Nietzsche propose une transmutation de toutes les valeurs : ce point d’interrogation si noir, si énorme […]1.

Il s’agit de démasquer les idoles, c’est-à-dire les faux dieux. Socrate et Wagner en sont deux exemples privilégiés.


Nietzsche examine Socrate, et à travers lui, la philosophie platonicienne, à partir d’une perspective inédite : celle du corps. Il s’agit de se demander non pas si les idées proposées par ceux-ci sont vraies ou fausses, mais si elles expriment un état de santé du corps, ou un affaiblissement, une décadence de celui-ci.

L’idée de Nietzsche, c’est qu’un affaiblissement du corps, une maladie, une impuissance, peut être à l’origine d’un nihilisme masqué, dont la pensée platonicienne se ferait l’écho.

Nietzsche remarque que Socrate, au moment de mourir, demande qu’on aille sacrifier un coq à Asclépios, le dieu de la médecine. Il en déduit que Socrate considérait la vie comme une maladie, et qu’il fallait remercier le Dieu de la médecine au moment où il allait être délivré de cette maladie.

Nietzsche essaie donc de montrer que derrière l’équation platonicienne bien=beau=vertu se dissimule un nihilisme réel, une envie de mourir : de tout temps, les sages ont porté le même jugement sur la vie : elle ne vaut rien… Il faut qu’il y ait quelque chose ici de malade .


Il ne s’agit donc plus de se pencher sur la vérité de la pensée platonicienne, mais de considérer celle-ci comme un symptôme, symptôme d’une maladie : des jugements sur la vie ne peuvent jamais être vrais : ils n’ont d’autre valeur que celle d’être des symptômes – en soi de tels jugements sont des stupidités.

La vie est tragique, de par son manque de sens ou du fait de tous les événements douloureux qui viennent nous affecter. Or certains essaient, au lieu d’admettre cette réalité et son caractère tragique, ce qui est la réaction saine, de fuir celle-ci.

Ils inventent donc des arrières mondes, d’autres réalités : du ciel des Idées platonicien au paradis chrétien. C’est dans cette seconde réalité que le bonheur sera atteint, enfin. Or cette fuite du monde dans un autre monde illusoire, qui n’existe pas, est l’expression d’un nihilisme réel, au sens d’un abandon de la jouissance de ce monde-ci, et de la lutte au cœur de celui-ci.


Cette fuite est en même temps une réaction de défense –inappropriée- face au caractère tragique de ce monde. Nietzsche emploie le terme médical d’idiosyncrasie, afin de désigner ce mécanisme de défense.

La morale est une réaction de défense suite à une impuissance : le ver se recoquille quand on marche dessus. Cela est plein de sagesse. Par là, il amoindrit la chance de se faire de nouveau marcher dessus. Dans le langage de la morale : l’humilité.


Socrate était conscient du nihilisme à l’œuvre en lui. Nietzsche rapporte l’anecdote d’un physionomiste qui dit à Socrate qu’il était un monstre, cachant en lui tous les vices, suscitant l’hilarité de son entourage, qui le tenait pour un modèle de vertu. Socrate répondit simplement : Vous me connaissez, monsieur !. Ce n’est pas là pour Nietzsche un exemple de la célèbre ironie socratique mais un moment de sincérité dans lequel Socrate confessait le mal qui le ronge.

Ce nihilisme inverse les valeurs. Socrate invente la dialectique, ces raisonnements qui cherchent à démontrer une théorie. Or ce qui a besoin d’être démontré pour être cru ne vaut pas grand-chose. Les pensées qui s’imposaient d’elles-mêmes par leur beauté naturelle, leur autorité propre, sont chassées par les idées vulgaires portées par des démonstrations. C’est la fin de l’idéal aristocratique : avant tout c’est un goût distingué qui est vaincu ; avec la dialectique, le peuple arrive à avoir le dessus. Tandis que partout où l’autorité est encore de bon ton, partout où l’on ne raisonne pas mais où l’on commande, le dialecticien est une sorte de polichinelle : on se rit de lui, on ne le prend pas au sérieux. Socrate fut le polichinelle qui se fit prendre au sérieux.



1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0