photo de Jean-Baptiste André

Jean-Baptiste André

Grenoble

Nous découvrons ici le parcours de Jean-Baptiste André, philosophe cuisinier qui a su conjuguer ces deux passions, pourtant a priori éloignées.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Il est clair que mon parcours est peu commun : depuis tout petit, je rêvais de devenir cuisinier. Pas le cuisinier lambda, non, le cuisinier qui est connu pour son interprétation de la cuisine et pour sa sensibilité à part entière. Il se trouve qu’en cheminant, j’ai touché de très près mon rêve en suivant des études de cuisine à l’école hôtelière de Grenoble (Lesdiguières).

Je suis littéralement tombé amoureux de cet art français, mais ma rencontre avec la philosophie est venue chambouler mes a priori sur ce que je voulais faire de cet apprentissage professionnel. Même si j’adorais ce que je faisais d’un point de vue pratique, je me suis toujours senti en marge du métier notamment parce que nous ne pensions pas suffisamment notre pratique ou du moins nous ne nous demandions pas quel été le rôle principal du cuisinier.

Il était inconcevable pour moi de me contenter du « cuisinier qui cuisine » ; il avait un rôle à jouer et je devais le découvrir !


Je me suis donc inscris à l’Université Grenoble Alpes (U.G.A.) et j’ai décroché avec mention une licence et un master de philosophie pratique en 2017.

Un master qui, sans surprise tourna autour de la manière dont la philosophie pouvait penser la cuisine, au même titre que tout autre objet de réflexion classique par la tradition philosophique. Cela fut difficile de s’imposer sur la cuisine en philosophie là où des sciences humaines et sociales comme l’histoire ou la sociologie se sont appropriés cette problématique depuis plusieurs décennies.

Actuellement, j’ai renoncé à ma poursuite d’étude en thèse à l’Université d’Aix-Marseille pour me consacrer pleinement à l’enseignement de la philosophie dans le secondaire. Cela a été un choix difficile, mais j’ai eu un réel déclic auprès des élèves de terminale… !


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


C’est la question la plus intéressante car ce revirement de situation est en partie dû à mon professeur de philosophie en terminale technologique. (Peut-être que dans une filière générale je n’aurais jamais suivi une telle voie).

Il a été le premier à nourrir cette subversion en nous faisant travailler des sujets propres à la question alimentaire : « Manger est-il un acte naturel ? » et autres textes de Brillat-Savarin. Une vraie révélation.

Par ailleurs, à l’université, j’ai réellement compris que le plus grand enjeu de la philosophie, aujourd’hui, était de ne pas s’éteindre au profit des dogmatismes actuels.


J’ai fait de très belles rencontres, d’abord avec la philosophe et phénoménologue Chiara Palermo (UGA, PPL et Strasbourg, CREPHAC) qui est devenu ma directrice de recherche. Elle m’a appris à goûter et à apprécier la phénoménologie pour en faire une alliée de choix dans ma démarche sur la cuisine.

De même, j’ai été marqué par la bienveillance et la passion pour la philosophie humienne de Philippe Saltel, un grand traducteur qui m’a donné le virus pour l’empirisme assez tôt : c’était assez raccord avec ma manière de penser la cuisine finalement…


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L’auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Continuons sur la même pente… Je dirais que c’est le Traité de la Nature Humaine de David Hume qui m’a le plus absorbé dans le sillage philosophique.

D’abord, parce que j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les empiristes anglo-saxons et ensuite, parce que Hume a une vraie délicatesse pour philosopher et nous apprendre à étudier notre expérience du monde.

Mais l’unique auteur qui m’a vraiment passionné, c’est Maurice Merleau-Ponty. Il faut dire qu’au début, son œuvre m’a donné du fil à retordre tant dans les concepts que dans l’immense poétique que dégage sa philosophie. Au fond, je crois qu’il m’a permis ma première vraie relation sensible avec le monde.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Actuellement, j’enseigne la philosophie dans un lycée isérois, car j’ai espoir d’obtenir prochainement le CAPES de philosophie pour faire de cette révélation une réalité persistante.

J’ai donc décidé, il y a peu, de laisser mes investigations philosophiques de côté même si je n’ai pas abandonné l’idée de participer à l’amélioration de l’état de l’art.


En ce sens, j’ai réalisé deux beaux projets qui me tiennent vraiment à cœur : d’une part, j’ai publié un ouvrage intitulé Penser l’art de la cuisine : le discours philosophique et le discours gastronomiques entre histoire, esthétique et politique chez l’Harmattan en avril dernier, dans la collection « Questions et cultures gastronomiques » dirigé par le très brillant Kilien Stengel (Université François Rabelais et I.E.H.C.A, Tours) Grâce à lui, j’ai pu tout simplement retranscrire et amélioré mon mémoire avec cette publication.

D’autre part, j’ai également participé à un ouvrage collectif intitulé Approche philosophique de la cuisine de demain dirigé par le même auteur et Pascal Taranto (AMU, Centre Gilles Gaston Granger). Dans cet ouvrage, je me suis concentré sur l’hybridation du cuisinier en artiste et de l’artiste en cuisinier en me demandant si aujourd’hui, il existe encore une frontière entre les deux mondes que sont l’art et la cuisine… À paraître, dans l’année 2018 chez le même éditeur et dans la même collection.



Merci Jean-Baptiste, pour ce témoignage !

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