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Magali Bessone

Paris

Nous découvrons ici le parcours de Magali Bessone, directrice du laboratoire de recherche NoSoPhi à la Sorbonne, où elle enseigne.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous actuellement ?

 

Je suis professeure de philosophie politique à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, après avoir passé onze ans, comme MCF et PR, à l’université de Rennes 1, dont je garde un excellent souvenir. J’enseigne à temps plein (en première année de Licence, en Master et à la préparation à l’agrégation), je dirige 6 doctorants et environ une quinzaine de mémoires de Masterants par an. 


Je suis membre de deux ANR (projets de recherche financés par l’Agence Nationale de la Recherche), REPAIRS, coordonnée par l’historienne Myriam Cottias (EHESS) et GLOBAL-RACE, coordonnée par Patrick Simon, démographe à l’INED. Ce sont des projets pluridisciplinaires, ce qui est difficile et passionnant car les impensés disciplinaires ressurgissent et doivent sans arrêt être intégrés dans nos attentes méthodologiques et conceptuelles : rien n’est plus enrichissant pour le décalage du regard et l’inquiétude qui sont à mon sens deux qualités majeures des philosophes.

Je suis également co-directrice de la collection « Chemins Philosophiques » (aka « Lapin/Canard ») chez Vrin et co-éditrice du journal Ethical Theory and Moral Practice, et membre du comité éditorial de plusieurs collections ou revues (« L’avocat du diable », chez Hermann, collection dirigée par Charles Girard, Raisons Politiques ou la revue en ligne et en accès libre Terrains/Théories).

Enfin je suis responsable du Master Recherche de philosophie à l’UFR de philosophie de l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, qui comporte à l’heure actuelle 6 parcours différents et accueille environ 450 étudiants. Plusieurs nouveaux parcours s’ouvriront à la rentrée prochaine, en particulier Philosophie et Littérature en partenariat avec l’université Paris 3, ou un parcours pluridisciplinaire en « Etudes de genre » qui associera plusieurs UFR de Paris 1. 


Lorsque ces activités me laissent le « loisir » de la recherche personnelle, je travaille sur les théories contemporaines de la justice (nationale et internationale, distributive, corrective et transitionnelle) et sur les théories critiques des races et des racismes. Je viens de finir un livre, qui paraîtra aux éditions Vrin, sur les réparations au titre de l’esclavage colonial (cas à partir duquel je tâche de penser une théorisation de la justice réparatrice) et je prépare, avec un collègue, Matthieu Renault, en poste à l’université Paris 8, un livre sur le grand penseur afro-américain WEB Du Bois autour de la notion de « double conscience » qu’il a forgée pour penser la condition spécifique d’oppression des minorités racisées aux États-Unis au début du 20e siècle.


Pouvez-vous nous parler du laboratoire de recherche NoSoPhi, où vous travaillez ?


Je dirige depuis l’année dernière le groupe de recherche NoSoPhi, « Normes, Sociétés, Philosophie », qui constitue désormais l’une des deux composantes du Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne (CPCS) dirigé par Emmanuel Picavet, lui-même situé au sein de l’UMR (Unité Mixte de Recherche) 8103 ISJPS (Institut des Sciences Juridique et Philosophique de la Sorbonne) dirigé par la juriste Christine Noiville, et qui rassemble des équipes de juristes et une équipe de philosophes.


NoSoPhi a été créé en 2001 par trois chercheurs, à l’initiative de Jean-François Kervégan, accompagné de Laurent Jaffro et Bruno Karsenti, qui étaient convaincus de l’existence d’un champ épistémique et normatif autonome, le champ pratique (comprenant, à grands traits, philosophie politique, philosophie du droit, philosophie sociale, philosophie économique, éthique normative et éthique appliquée) et souhaitaient mettre à l’épreuve par la discussion collective leurs convictions normatives. Sans négliger leur ancrage dans l’histoire, NoSoPhi mène des recherches ordonnées par un « souci du présent » et dans le dialogue constant entre philosophie, droit et sciences sociales et économiques.

Les chercheurs qui composent l’équipe actuellement, Emmanuel Picavet, Jean-François Kervégan, Isabelle Aubert, Marie Garrau, Sophie Guérard de Latour, Alicia-Dorothy Mornington pour l’équipe des enseignants-chercheurs titulaires (auxquels s’ajoutent des chercheurs CNRS et des chercheurs associés, un post-doc et plusieurs dizaines de doctorants), travaillent toutes et tous en mobilisant des méthodologies à la fois normatives et critiques – qui ne renoncent pas à l’enquête sur les normes mais se préoccupent de faire surgir leur formation du diagnostic sur les situations sociales et politiques formulé par les agents eux-mêmes.


Le groupe de recherche est notamment structuré par deux séminaires, le séminaire NoSoPhi et le séminaire Raisons Pratiques, où des chercheurs viennent présenter leur recherche en cours. Parmi les invités les plus prestigieux on compte par exemple cette année Rainer Forst, Lea Ypi, Jo Wolff, Marcos Nobre, Emmanuel Ceva, ou encore Catherine Colliot-Thélène, Franck Fischbach ou Claude Gautier.

NoSoPhi est également très actif dans l’organisation de colloques : en 2017, il a été à l’initiative du premier colloque en France sur l’œuvre de Iris Marion Young, en 2018 d’un colloque sur les Phénoménologies du genre et de la race, enfin en 2019 du premier colloque sur la Critical Race Theory en France, là encore pour ne citer que les événements scientifiques les plus récents…

Nous développons également des liens institutionnels étroits avec des universités ou des laboratoires étrangers : le CEBRAP par exemple, qui est un groupe de recherche brésilien créé sous la dictature et qui fête cette année ses 50 ans dans le contexte politique difficile que l’on sait. A titre individuel, les chercheurs de NoSoPhi entretiennent des liens de collaboration avec ceux des universités de Pékin, Belgrade, Ljubljana, Boston College, Emory University, University College London, Université Libre de Bruxelles, Université de Sao Paulo, Oxford, Frankfort, Université de Montréal, Université Laval…


Ses activités, son dynamisme, son engagement et sa visibilité internationale font de NoSoPhi un pôle de structuration très fort pour la philosophie pratique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne : le futur du groupe de recherche tient à ses collaborations internationales, la solidité des liens scientifiques et humains qui unissent ses membres, enfin, et peut-être surtout, à l’engagement et à l’excellence de ses doctorants !



Merci Magali, pour ce témoignage !

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