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Mélanie Georgelin

Paris

Nous découvrons ici le parcours de Mélanie Georgelin, psychologue clinicienne, doctorante en psychopathologie et en philosophie.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !



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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous actuellement ?


J’ai 34 ans, je suis psychologue clinicienne depuis sept ans maintenant. Je termine ma thèse de psychopathologie à Paris Descartes, je la soutiendrai en novembre prochain. Elle porte sur un concept ricœurien, l’identité narrative, envisagée dans un contexte singulier, celui d’une pratique de psychothérapeute en ITEP auprès d’enfants qui présentent de graves difficultés psychiques et relationnelles. J’y ai travaillé pendant cinq ans, je peux dire aujourd’hui que cette expérience a été fondatrice pour moi. A présent, après une expérience d’enseignement à l’université, je travaille en CMP enfants et adolescents, où les problématiques sont plus diversifiées qu’en ITEP.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


J’ai un parcours laborieux mais très heureux, qui est la résultante à la fois d’un travail soutenu de ma part et d’une aide apportée par les services sociaux pour pouvoir accéder à ce niveau d’études.

Au moment du baccalauréat, j’ai hésité entre lettres, philosophie et psychologie. Je me suis orientée vers les lettres, c’était plus raisonnable, plus secure. Mais j’ai finalement bifurqué vers la psychologie.

En licence de psychologie à Nanterre, je me souviens avoir aimé les cours d’Olivier Douville, psychanalyste : il nous parlait de l’Afrique et digressait sans cesse sur le jazz. J’avais l’impression de voyager. J’avais choisi en parallèle la mineure Philosophie avec Bertrand Ogilvie. En Master, je garde un bon souvenir des cours de Bernard Golse et de Sylvain Missonnier autour de la périnatalité, pour leur richesse clinique. Et un souvenir ému d’une intervention de MJ Soubieux, pédopsychiatre et psychanalyste, sur le deuil périnatal. En stage, j’ai été formée par des gens remarquables, dont certains avaient un ancrage fort dans le mouvement de la psychothérapie institutionnelle. J’ai donc découvert Bonnafé, Tosquelles, Jean Oury, Maud Mannoni…

Ma formation initiale est plurielle, ce pourquoi je trouve mon bonheur dans des associations psychanalytiques différentes, voire contraires, c’est une question de personne, de qui incarne une parole et la porte, la transmet. Je suis attentive à ça, à cet aspect sensible et généreux, plus qu’à une position idéologique.


Plus tard, quelques années après, je suis revenue à mon attrait pour la philosophie en l’intégrant dans ma thèse de psychopathologie de l’enfant, par le biais de Paul Ricœur. J’ai eu la chance de la réaliser sous la direction de François Marty.

Maintenant, je commence une deuxième thèse en philosophie à Strasbourg, afin de poursuivre mes recherches sur les rapports entre philosophie ricœurienne et psychanalyse. Et comme ce doctorat est placé sous la mention « Philosophie de la religion », je vais aussi pouvoir approfondir ma connaissance des textes bibliques. J’ai une rationalité d’agnostique, avec une curiosité pour ces histoires merveilleuses et terribles à la fois. C’est un fond culturel que nous ne devrions pas négliger. J’en profite pour dire qu’on peut regarder avec les enfants, les ados, la série animée « La bible – récits fondateurs » de Frédéric Boyer et Serge Bloch, c’est un régal.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Bien sûr, il y a Paul Ricœur. J’aime relire sa conférence sur le mal et son œuvre posthume « Vivant jusqu’à la mort ». Il fait aussi partie de ceux dont la voix m’émeut, puisque j’écoute beaucoup d’enregistrements, d’émissions de radio. Mais contrairement aux idées reçues, il n’est pas si accessible, sa lecture peut se révéler ardue tant il est rigoureux. Pourquoi Paul Ricœur ? C’est un abord philosophique qui vient de loin. Je croise chez lui des questions qui m’animent depuis longtemps. Sur le récit, la mémoire, la promesse, ce qui fait humanité.

Je croise cette lecture avec d’autres. Je pense à Delbo, Hillesum, Levi, Antelme… Et à ce texte de Duras, « La Douleur ».

Mes figures d’attachement privilégiées dans l’enfance étaient de vieilles personnes, nées dans les années 1910-1920, elles m’ont beaucoup raconté la seconde guerre mondiale. J’ai été, petite fille, témoin du désastre de leur vie, du désastre de toute une génération. J’entends dans mes lectures l’écho de leurs voix. Ce pourquoi, pour qui, je continue à chercher.


Et puis il y a Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste. Pendant ma thèse, elle a beaucoup soutenu, par ses livres, mon propre travail de réflexion et d’écriture. Je la lisais debout dans le métro, littéralement transportée dans ces beaux livres-jardins qu’elle faisait fleurir pour nous. Depuis sa mort brutale, elle continue à m’accompagner, comme une amie de papier. Je peux conseiller outre le fulgurant « Puissance de la douceur », son roman « L’envers du feu », un thriller psychanalytique tissé autour de ce qui est l’énigme du transfert. 

Un autre auteur serait JB Pontalis, devenu psychanalyste après une formation philosophique. Il est à lire et aussi à écouter, ses entretiens radiophoniques en pleine nuit c’est d’une beauté, il y a quelque chose de suranné et d’intemporel à la fois qui me saisit. 


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


Oui, j’ai écrit un roman jeunesse en 2007, et puis plusieurs articles dans ma discipline. Un petit livre de poésie est sorti en mars dernier.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J’ai plusieurs projets d’écriture pour cette année, en plus de ma thèse, de chouettes projets !

D’un point de vue plus personnel peut-être, j’aimerais continuer à penser et à transformer notre façon d’habiter le monde. De façon très concrète. Je rêve d’ouvrir une petite institution, un lieu pluriel qui marie vie familiale et ouverture culturelle et sociale. Mais ce peut être aussi beaucoup plus informel. En tout cas trouver de quoi prendre le vent contraire dans un climat politique mondial franchement nauséabond. 

Question lectures, on peut consulter le numéro de la revue Esprit, « Le courage de l’hospitalité » mais il y a aussi des livres qui me viennent à l’esprit, dont celui de M-C Saglio-Yatzimirski, psychologue et anthropologue : « La voix de ceux qui crient », sans fard et carrément déchirant.


On me demande souvent pourquoi une deuxième thèse, à quoi va t-elle me servir ? C’est ma façon de continuer à creuser une forme de radicalité qui s’écarte à tout prix de la course à l’échalote hypermoderne. Vivre avec mon temps et son lot d’injonctions stériles doit demeurer un impossible, sinon c’est foutu.



Merci Mélanie, pour ce témoignage !

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