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Pierre Souq

Clermont-Ferrand

Nous découvrons ici le parcours de Pierre Souq, professeur agrégé et doctorant en philosophie.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ? 


Au risque de paraître ennuyeux, je ne peux m’empêcher de penser à la signification de cette expression : « se présenter ». Souvent, nous ne nous présentons jamais vraiment, nous nous représentons, nous sommes dans la représentation. Si se présenter, c’est se montrer tel que nous sommes à l’instant présent, alors cela peut paraître impossible car nous changeons tout le temps (merci Héraclite). Il faudrait plutôt dire « Pouvez-vous vous représenter ? ». Allons-y donc pour une représentation de ce que je suis…

De façon atypique, j’ai d’abord obtenu l’agrégation d’Éducation Physique et Sportive (EPS) en 2004 et puis j’ai changé de discipline il y a environ 7 ans. Juvénal ne disait-il pas Mens sana in corpore sano ? Aujourd’hui, je suis enseignant agrégé de philosophie à Clermont-Ferrand (63) et je passe un doctorat dont l’objet est « l’orientation de l’existence ». L’ancrage est plutôt phénoménologique, j’emploie des auteurs tels que Martin Heidegger, Edmund Husserl, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Jan Patočka. J’ai aussi obtenu une certification pour enseigner l’Histoire des Arts et une autre me permettant de faire cours en langue anglaise. J’aime croiser les disciplines et découvrir des nouvelles façons de penser. Cela nourrit à la fois mon enseignement et mon existence. Je dessine un peu, je fais de la photographie, et puis surtout je suis musicien depuis une vingtaine d’années. 


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ? 


Plutôt un mauvais souvenir. D’ailleurs, si ma thèse porte sur « l’orientation », c’est certainement parce que j’ai toujours eu l’impression de vagabonder, notamment dans mon parcours scolaire. J’ai passé un Bac scientifique et puis je suis allé en STAPS, et je me retrouve aujourd’hui à passer un doctorat de philosophie à l’âge de 37 ans.

Un seul professeur m’a marqué, je crois ; il nous parlait en STAPS de la deuxième conférence de Martin Heidegger tenue à Brême en 1949, et qui a donné le texte « La question de la technique », dans les Essais et conférences. La « technique » est une notion qui paraît souvent rébarbative en philosophie. C’est bien dommage car l’humain, avant même de penser, agit et utilise son corps comme un outil.

Je me souviens aussi de ma professeure de philosophie en terminale qui avait commenté ma première dissertation en écrivant « la philosophie n’est pas faite pour les artistes ». Parfois, j’en envie de lui envoyer par voie postale la photocopie de mon diplôme de master avec la mention très bien. 


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ? 


C’est une question sans réponse ou plutôt à la réponse infinie. Je me rappelle lire Ainsi parlait Zarathoustra de Friedrich Nietzsche en même temps que Les clochards célestes de Jack Kerouac et Demian d’Hermann Hesse, lorsque j’avais 20 ans. C’est assez étrange comme les livres nous arrivent parfois dans les mains.

L’ouvrage de Nietzsche me semblait être un cadeau du ciel, car il résonnait parfaitement avec mon désir adolescent de divaguer. Non seulement Nietzsche écrit très bien, mais chaque mot est un peu comme une vague, chaque paragraphe comme un flot, chaque ouvrage comme une mer qui nous pousse à aller un peu plus loin - le pathos de la distance nécessaire à la vie. Cet « aller plus loin » m’allait bien car il me forçait non seulement à voyager, mais à prendre de la distance vis-à-vis de moi-même. Cette distance m’a aussi fâché avec les autres Hommes car Nietzsche n’est pas un grand philanthrope.

À la fin de chaque paragraphe, Zarathoustra retourne dans sa solitude, la pire des solitudes étant celle où il se trouve en présence des autres. Cela m’a beaucoup touché à l’adolescence car bien que sportif, j’étais un pur contemplatif. Je regardais toujours le monde avec un sentiment d’étrangeté, comme si je ne me trouvais jamais vraiment à ma place – le nul orietur de Rimbaud. Mais ici ou là, avons-nous vraiment une place ? Le « convalescent » de Nietzsche dit très justement : À chaque moment commence l’existence ; autour de chaque ici se déploie la sphère là-bas. Le centre est partout. Le sentier de l’éternité est tortueux.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ? ou : Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Oui, j’écris en fait depuis que je suis tout petit. J’ai publié un livre de speculative-fiction, deux recueils de poésies, plusieurs articles, scientifiques ou grand public, une nouvelle. Je suis particulièrement fier d’un texte philosophique qui part de la quatrième des Considérations inactuelles pour penser le concept d’événement chez Nietzsche en rapport à Wagner.

Récemment, j’ai publié un article sur le problème du corps dans les récits de science-fiction, et un autre sur le « nord » en rapport à l’orientation. J’ai pas mal de communications à venir dans différents colloques, dont un en Roumanie, que j’attends avec impatience. Cette année, j’ai aussi mené tout un cycle de séminaires avec des psychologues à Clermont-Ferrand où nous avons questionné le problème de l’orientation en rapport à l’existence. Je crois fondamentalement qu’il est nécessaire de rendre la philosophie plus « applicable », si nous voulons qu’elle soit « appliquée », c’est-à-dire la prendre pour ce qu’elle est vraiment, à savoir une pratique de l’esprit dont le but est de nous faire vivre (un peu) mieux.



Merci Pierre, pour ce témoignage !

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