photo de Stephen Urani

Stephen Urani

Lille

Nous découvrons ici le parcours d'un nouvel acteur de la scène philosophique française, Stephen Urani.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous actuellement ?


Après un doctorat de philosophie, j'ai officié quelques années comme contractuel dans le secondaire, chargé de cours à l'Université et intervenant en école d'ingénieurs. Il a bien fallu passer ce Capes de philosophie, si inquiétant, pour d'évidentes raisons alimentaires. Le concours en poche, j'enseigne aujourd'hui dans deux lycées de l'agglomération lilloise.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Ma Licence de philosophie n'a pas été bien brillante... Ce fut une période d'errances où le souci des arts et la vie étudiante me tenaient fermement éloigné des amphithéâtres. Les choses ont pris un tour nouveau en Master, avec la rencontre de François Zourabichvili (Maître de conférence à Montpellier III). Son cours, extraordinaire, m'a donné un surcroît d'ardeur. Il pensait devant nous !

Je dois aussi énormément à Bernard Sève (Professeur à Lille III) qui fut mon directeur de thèse. Son suivi, affectueux et exigeant, a permis de considérables progrès.

De manière générale, ces études me laissent un souvenir assez désagréable. Je m'y suis beaucoup ennuyé, et ignore si j'ai davantage détesté le surjeu « intello » de mes condisciples ou le parasitisme de ceux qui vivaient la fac comme un laboratoire politique.

L'entrée sincère dans l'histoire de la philosophie s'est faite pour moi avec l'enseignement. Préparer la première année de cours m'a révélé les abysses, délicieux, de mes lacunes...


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Cette question est terrifiante ! Sans doute Blaise Pascal, Gilles Deleuze, Clément Rosset et, plus récemment, Friedrich Nietzsche m'auront-ils le plus touché. Mais je les aime d'abord pour leurs manières, si stimulantes, pour leurs styles et pour leurs tons. S'il fallait déterminer mon « moment inaugural », ce serait probablement à la lecture du troisième chapitre de Différence et répétition de Deleuze. Quelque chose se dressait sur la page !

A dire vrai, mes amours les plus profondes se portent vers la littérature. Louis-Ferdinand Céline, Samuel Beckett, Barbey d'Aurevilly, Charles Baudelaire, et quelques autres encore, peuplent mon Panthéon personnel... Je suis d'ailleurs de ceux qui voient bonne part de la pensée se jouer dans le roman.

Je ne crois pas qu'il faille « faire usage » de la littérature ou de la peinture, qu'elles attendent une récupération ou une mise en ordre philosophique. A mon sens, les grandes tentatives romanesques et picturales valent pour elles-mêmes et leur spécificités formelles sont des nécessités. L'extrême simplicité du réel (ce qui le rend définitivement inaccessible), n'est approchable que par des formes complexes, et qui supposent tantôt le maniement du concept, tantôt le détour esthétique. Osciller entre l'un et l'autre me semble être l'attitude la plus saine, la plus profitable et la plus belle.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


Comme beaucoup, je taquine un peu la muse et tâche d'entretenir différentes démarches. La théorie littéraire, les salles de sport, le voile islamique ou la photographie de souvenir : autant de sujets qui auront motivé quelques papiers ou conférences.

J'écris aussi quantité de textes courts (nouvelles, poèmes en prose), parfois publiés dans des revues plus ou moins confidentielles.

Enfin, je m'essaye depuis peu au vidéo-poème (c'est par ici)

Il me semble que l'ensemble trouve une racine commune dans cette tentative d'éclaircissement du monde. C'est parfaitement vain, là est l'excitation.


(NDLR : Stéphen est trop humble pour l’indiquer, mais il a été reçu premier au CAPES de philosophie. Un bel exploit lorsqu’on sait la difficulté de ce concours… Félicitations donc à lui !)



Merci Stéphen, pour ce témoignage !

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