couverture du livre la Poétique d'Aristote

Résumé de : la Poétique

Rédigé vraisemblablement autour de 335 av. J.-C., la Poétique d’Aristote est un ouvrage qui a profondément modelé la vision occidentale de l’art. La définition aristotélicienne de l’art comme imitation a fait l’objet de nombreux débats, ainsi que sa conception de la tragédie comme une forme de purification (« catharsis »).


Du même auteur : l'Ethique à Nicomaque  De l'Ame  la Physique  la Métaphysique

Le sujet de ce traité est l’art poétique en lui-même, ses espèces, l’effet propre à chacune d’elles. L’ouvrage se veut non seulement descriptif, mais prescriptif : il expose la façon de composer la fable si on veut que la composition poétique soit belle 1.


C’est ici qu’Aristote donne sa célèbre définition de l’art comme imitation. Les différents arts se distinguent les uns des autres par ce caractère essentiel : soit ils imitent différemment, soit ils imitent des choses différentes.

Par exemple, la peinture imite par le dessin, le chant par la voix ; les danseurs imitent par les rythmes et les mouvements les caractères, les passions et les actions.

Aristote note qu’il n’existe pas de nom qui désigne l’art qui imite en général par le langage, et qui regrouperait à la fois les dialogues de Socrate et les vers de poète, c’est-à-dire philosophie, poésie, littérature…

D’autre part, l’imitation peut améliorer, conserver ou déprécier l’objet imité. Ainsi, alors que la tragédie représente l’homme supérieur (de par la profondeur et la gravité de sentiment qu’il affiche), la comédie se moque des travers des hommes et se plaît à dépeindre les hommes comme inférieurs à ce qu’ils sont en réalité.


D’où vient la poésie ? D’où vient que les hommes aiment écrire ou entendre des poèmes ? Cela vient pour Aristote de deux causes :

Imiter est naturel aux hommes, et leur habileté en ce domaine surpasse celle des animaux. C’est de ce processus que leur viennent leurs premières connaissances. Et l’imitation est non seulement source de connaissance, mais aussi de plaisir. Aristote note par exemple ce paradoxe apparent, selon lequel nous répugnons à la vue d’un cadavre, mais nous prenons plaisir à voir celui-ci représenté sur un tableau, par exemple dans une scène de guerre.


Néanmoins, ce n’est pas toujours en tant qu’imitation qu’une œuvre est appréciée : elle peut l’être aussi pour ses couleurs, la technique de réalisation employée, ou toute autre raison.

Aristote définit la comédie comme l’imitation d’hommes de qualité morale inférieure 2, mais on trouve surtout sa célèbre définition de la tragédie, comme catharsis (purification). En effet, en tant qu’elle suscite la pitié et la crainte, elle opère la purgation propre à pareilles émotions 3.


Le spectacle n’est qu’accessoire dans l’art, car le pouvoir de la tragédie subsiste même sans concours ni acteurs 4 ni l’homme préposé aux accessoires, rajoute-t-il.


Aristote se penche alors sur la notion de beau. Qu’est-ce qui fait qu’une chose est belle, et non telle autre ? Qu’est-ce que la beauté ?

Celle-ci dépend pour Aristote de deux caractères essentiels : l’étendue et l’ordre. En effet, Aristote note qu’un bel animal ne peut être ni extrêmement petit, ni extrêmement grand (car dans ce cas, on ne l’embrasse pas du regard 5).


Aristote applique ce principe dans l’art et prend l’exemple de la fable. De même, une fable doit, pour être goûtée et appréciée, avoir une certaine longueur. Si elle est trop longue, la mémoire ne pourra pas la retenir.

Il faut donc une certaine unité dans une fable. Une fable trop longue perd sa cohérence et finit par lasser le spectateur. La bonne longueur est celle qui permet à une suite d’événements qui se succèdent suivant la vraisemblance ou la nécessité de faire passer le héros de l’infortune au bonheur ou du bonheur à l’infortune 6.

Aristote appelle cette cohérence l’unité d’action. Une pièce réussie est une pièce dans laquelle on ne peut retrancher une partie sans bouleverser le tout.


Le poète se distingue de l’historien, en ce qu’il ne cherche pas à raconter les choses telles qu’elles sont arrivées mais telles qu’elles pourraient arriver. C’est cela, et non le fait que l’un s’exprime en prose et l’autre en vers, qui permet de les distinguer (en effet, on pourrait mettre l’œuvre d’un historien comme Hérodote en vers, cela resterait de l’histoire).


Cela permet de hiérarchiser ces deux disciplines : aussi la poésie est-elle plus philosophique et d’un caractère plus élevé que l’histoire, car la poésie raconte plutôt le général, l’histoire le particulier 7.


On peut proposer certains critères pour juger de la qualité d’une fable. Ainsi, par exemple, une fable est réussie quand la succession des épisodes est déterminée par la vraisemblance ou la nécessité.

Ou encore, lorsque le fil du récit connaît des péripéties, à savoir le revirement de l’action dans le sens contraire 8.


Aristote se concentre à présent sur la tragédie. Qu’est-ce qu’une tragédie réussie ? Comment lui faire produire l’effet qui lui est propre (la crainte et la pitié) ?

La tragédie manquerait son effet si elle présentait un homme bon passant du bonheur au malheur (cela inspire de la répugnance), ou un méchant homme qui passe du malheur au bonheur, ou inversement.

En fait, la tragédie (dont l’exemple le plus significatif reste Œdipe de Sophocle) doit présenter l’histoire d’un homme semblable à nous qui ne mérite pas son malheur, l’histoire d’un homme qui sans être éminemment vertueux et juste, tombe dans le malheur non à raison de sa méchanceté et de sa perversité, mais à la suite de l’une ou l’autre erreur qu’il a commise […] comme par exemple Oedipe 9.


Les fables traditionnelles doivent être respectées (Œdipe doit tuer son père), mais le poète doit faire un usage judicieux des données de la tradition 10.


Aristote remarque qu’ il y a dans toute tragédie une partie qui est nœud et une partie qui est dénouement 11, et beaucoup après avoir bien noué dénouent mal ; or il faut toujours triompher également des deux difficultés 12.


Il liste les cinq critiques que l’on peut faire à une pièce, et de manière générale à une œuvre d’art : c’est impossible, invraisemblable, inutilement méchant, contradictoire, ou contraire aux exigences de l’art.


1 Poétique, Gallimard, trad. J. Hardy, Paris, 1996, 1, 1447a, p.77
2 5, 1449a, p.85
3 6, 1449b, p.87
4 6, 1450b, p.90
5 7, 1450b, p.91
6 7, 1451a, p.92
7 9, 1451b, p.94
8 11, 1452a, p.97
9 13, 1453a, p.100
10 14, 1453b, p.103
11 18, 1455b, p.112
12 ibid.