couverture du livre

Les Trois Ecologies



Ouvert à de multiples univers, tel que la psychanalyse et la philosophie, Félix Guattari explore tout au long de sa vie la question de la subjectivité. Celui qui a participé aux évènements de Mai 68, s’engage dans les mouvements écologistes. Il appelle à une nouvelle gauche anti-productiviste.

C’est ainsi qu’il théorise la notion d’ « écosophie » dans son ouvrage Les Trois Ecologies, publié en 1989.


Thématique : Ecologie


Pour Guattari l’écologie est avant tout pratique et plurielle. Le compagnon de Deleuze s’intéresse à la fois à la théorie et à sa mise en pratique. Les pratiques écologiques ne sont pas qu’environnementales ; dans les Trois Ecologies, Félix Guattari repense les trois types de pratiques écologiques.


Le premier est connu et évident pour tous : il s’agit des pratiques environnementales de l’homme, son rapport à la nature et à l’environnement, au monde dans lequel il évolue. Mais ces pratiques environnementales ne prennent du sens que si elles sont liées à deux autres types de pratiques. C’est ainsi qu’il associe à l’écologie environnementale, deux autres types d’écologie :

- l’écologie sociale pour les rapports au « socius », c’est-à-dire aux réalités économique et sociale. Il s’agit des liens entre les hommes au sein de chaque société qu’ils créent et dont ils participent : de la famille à la planète en passant par la ville ou la communauté. 

- l’écologie mentale pour les rapports à la psyché, la question de la production de la subjectivité humaine. En me construisant comme sujet au milieu d’autres sujets, déjà je m’engage écologiquement.

Ainsi, Félix Guattari repense une articulation éthico-politique – qu’[il] nomme écosophie – entre les trois registres écologiques, celui de l’environnement, celui des rapports sociaux et celui de la subjectivité humaine 1. Ici, le suffixe eco est entendu au sens étymologique grec oikos, qui signifie la maison, l’habitat, le milieu naturel. 


Une révolution politique, sociale et culturelle


Pour l’intellectuel, la seule réponse véritable à la crise écologique est d’opérer une authentique révolution politique, sociale et culturelle réorientant les objectifs de la production des biens matériels et immatériels. Il en appelle à une remise en cause du système capitaliste : Le capitalisme post-industriel que, pour ma part, je préfère qualifier de Capitalisme Mondial Intégré (CMI) tend de plus en plus à décentrer ses foyers de pouvoir des structures de production de biens et de services vers les structures productrices de signes, de syntaxe et de subjectivité, par le biais, tout particulièrement, du contrôle qu’il exerce sur les médias, la publicité, les sondages, etc 2.


Le psychanalyste entend refonder une écologie basée sur la subjectivité : Il n’est pas juste de séparer l’action sur la psyché, le socius et l’environnement. Le refus de regarder en face les dégradations de ces trois domaines, tel qu’il est entretenu par les médias, confine à une entreprise destructive de la démocratie. Ainsi, l’écologie sociale devra travailler à la reconstruction des rapports humains à tous les niveaux du socius. Elle ne devra jamais perdre de vue que le pouvoir capitaliste s’est délocalisé, déterritorialisé, à la fois en extension, en étendant son emprise sur l’ensemble de la vie sociale, économique, et sur l’ensemble de la vie sociale, économique, et culturelle de la planète et, en « intension » en s’infiltrant au sein des strates subjectives les plus inconscientes 3, écrit le philosophe.

Lorsque Guattari rédige cet essai, le temps du communisme est déjà révolu ; il appelle de ses vœux à ce que l’écologie devienne le nouveau confluent idéologique de la gauche : Une écosophie de type nouveau, à la fois pratique et spéculative, éthico-politique et esthétique, me paraît donc devoir remplacer les anciennes formes d’engagement religieux, politique, associatif… 4.


Une écologie généralisée


Félix Guattari considère déjà que l’écologie environnementale, bien qu’insuffisante, préfigure une écologie généralisée. Il prône alors un engagement politique à grande échelle, qui remette en cause les formations de pouvoirs capitalistiques 5.

Afin de mettre en place ce nouveau système de valeur, l’auteur des Trois Ecologies propose de repenser le travail et l’école, les pratiques politiques, à toutes échelles, les réseaux de solidarité, ou encore les pratiques esthétiques… L’écologie est donc pensée de manière transversale ; ainsi Félix Guattari met en exergue le rapport entre nature et culture :

De même que des algues mutantes envahissent la lagune de Venise, de même les écrans de télévision sont saturés d’une population d’images et d’énoncés « dégénérés ». Une autre espèce d’algue relevant, cette fois, de l’écologie sociale consiste en cette liberté de prolifération qui est laissée à des hommes comme Donald Trump qui s’empare de quartiers entiers de New York, d’Atlantic City, etc, pour les rénover, en augmenter les loyers et les refouler, par la même occasion, des dizaines de milliers de familles pauvres, dont la plupart sont condamnées à devenir des « homeless », l’équivalent ici des poissons morts de l’écologie environnementales 6.


Le soixante-huitard était sûrement loin de s’imaginer, qu’une trentaine d’années plus tard, ce même Donald Trump, alors à la tête des Etats-Unis, se désengagerait des accords de Paris sur le climat. 


Conclusion


Cet ouvrage de Félix Guattari permet une réflexion sur la manière de repenser le système économique et social. Sans une révolution mentale et sociale, aucune révolution écologique n’est possible. 



Auteure de l'article :

Aziliz Le Corre prépare un master de philosophie politique et éthique à la Sorbonne, et travaille au service vidéo du Figaro Live.



1 Félix Guattari, Les Trois Ecologies, 1989, p.12
2 Ibid, p.40
3 Ibid, p.44
4 Ibid, p.70
5 Ibid, p.48
6 Ibid, p.34