Tableau représentant un sablier

Notion : l'Histoire

La culture

Ce cours sur l'Histoire vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, quelle que soit votre filière (L, ES, S).

Au programme : la méthodologie de l'historien, l'oeuvre de Michelet, les philosophies de l'Histoire...

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Sujet possible : L’historien peut-il être impartial ?


On sait que toute discipline pour se constituer en tant que science doit viser l’objectivité. La subjectivité du savant doit être laissée de côté, et les résultats de ses recherches ne pas refléter son idéologie.

Si cela est assez simple en mathématiques (quelle idéologie peut concerner les figures géométriques ?), cela est plus compliqué dans les sciences humaines, comme l’histoire ou la sociologie, dans lesquelles le chercheur peut être tenté d’interpréter les résultats, voire les modifier, selon ses convictions intimes.

L’historien peut-il rester objectif dans le cadre de son travail ?



L’histoire comme science définie par des règles méthodologiques


L’historien, comme tout autre scientifique, obéit à une certaine méthodologie, définie par des règles strictes, pour présenter des résultats objectifs, et impartiaux.

Ainsi par exemple, l’historien ne peut s’appuyer sur un seul témoignage pour décrire un événement, mais doit recouper les témoignages, pour en dégager progressivement une vérité objective. On sait en effet qu’un témoin peut raconter un événement en le déformant de manière subjective.

Certes, l’historien est confronté à la subjectivité, mais tout son travail est précisément de mettre en œuvre des méthodes et des procédés de vérification, afin, peu à peu de mettre au jour la vérité objective d’un événement.

Considérer que le travail de l’historien est subjectif, c’est faire le jeu du négationnisme, en mettant sur le même plan (celui de la subjectivité) l’histoire d’un événement telle qu’elle a été mise au jour par les historiens à la suite d’un long travail (parfois le travail d’une vie) et des récits fantaisistes se basant sur quelques témoignages falsifiés.


L’historien peut aussi s’appuyer sur des documents, traces, vestiges, comme autant d’éléments objectifs pour reconstituer le déroulement d’un événement passé. Ainsi, en étudiant les pyramides, l’historien arrive peu à peu à reconstituer la vie telle qu’elle se déroulait à l’époque de l’Egypte des pharaons. Ce sont des éléments objectifs, au sens où ils ne sont pas fabriqués par l’historien, mais nous parviennent du passé et sont un témoignage direct (et non modifié) d’une époque.

Tout le travail de l’historien, assisté parfois par l’archéologue, va être précisément de comprendre la signification d’un vestige ou d’une ruine, par un travail d’analyse scientifique (par exemple : la datation au carbone 14).

Néanmoins, on peut se demander si l’objectivité de l’historien ne reste pas qu’un idéal, un but qu’il vise dans son étude, mais qui reste inatteignable. En ce sens, ne demeure-t-il pas une part de subjectivité irréductible, au cœur même du métier de l’historien ?



Un historien subjectif : Michelet


Difficile de relater un événement en faisant abstraction de tout jugement de valeur. Un événement ne consiste pas en effet en un simple ensemble de faits. Il implique en général des valeurs, ne serait-ce que celles auxquelles adhèrent les protagonistes de l’événement.

Est-il possible de faire abstraction de ces valeurs pour saisir l’événement dans son objectivité de simple fait ?

Surtout : ce travail d’abstraction est-il souhaitable ? Ne nous fait-il pas perdre un élément de compréhension essentiel ? Le fait « nu » représente-t-il la vérité, lorsqu’il est séparé de tous les sentiments, émotions, idéaux, et autres valeurs des hommes qui sont acteurs de l’Histoire ? Ces éléments subjectifs ne sont-ils pas eux-mêmes partie d’un événement ? Peut-on comprendre un événement sans eux ?


Prenons un exemple : la Révolution française n’est pas un simple ensemble de faits qui se sont accomplis mécaniquement, en se déduisant les uns des autres selon un froid déterminisme.

A l’origine de la Révolution française, et tout au long du déroulement de celle-ci, on trouve des passions très puissantes : le ressentiment du peuple, le mépris de la noblesse, puis la peur, l’exaltation de l’héroïsme, le sentiment qu’un monde s’écroule, etc.

Comment comprendre cet événement sans prendre en compte ces passions ? Et comment saisir la signification de ces sentiments sans prendre parti pour l’un ou l’autre des camps ? Comment comprendre la fureur du peuple sans se mettre de son côté et éprouver la frustration liée à un régime politique considéré comme injuste (l’Ancien régime) ?

C’est là le parti que prend résolument Michelet. Voici comment par exemple cet historien décrit la prise de la Bastille, dans son Histoire de la révolution française :


« Une idée se leva sur Paris avec le jour et tous virent la même lumière. Une lumière dans les esprits, et dans chaque cœur une voix : " Va, et tu prendras la Bastille ".

Cela était impossible, insensé, étrange à dire… Et tous le crurent néanmoins. Et cela se fit. L’attaque de la Bastille ne fut nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi.

Personne ne proposa. Mais tous crurent et tous agirent. Le long des rues, des quais, des ponts, des boulevards, la foule criait à la foule : " A la Bastille ! à la Bastille !... » Et, dans le tocsin qui sonnait, tous entendaient : « A la Bastille ! "

Personne, je le répète, ne donna l’impulsion. Qui l’eut ? Celui qui eut aussi le dévouement, la force, pour accomplir sa foi. Qui ? Le peuple, tout le monde ».


On le voit, il ne s’agit pas ici de la froide observation objective d’un fait. Michelet prend parti, pour le peuple, contre la noblesse, et cherche à retranscrire l’émotion qui parcourait les cœurs à ce moment précis.

Il décrit d’ailleurs l’histoire non pas comme la simple reconstitution d’un événement, mais comme une résurrection : Augustin Thierry avait appelé l’histoire narration ; Guizot, analyse ; je l’appelle résurrection. (Histoire de France)

L’idée qui sous-tend cela, c’est que la vérité n’est pas forcément réductible à l’objectivité. La subjectivité peut faire partie de la vérité ; ou encore : on comprend mieux la vérité d’un événement en retranscrivant la part de subjectivité qui se joue en lui.

Pour prendre un autre exemple : comment découvrons-nous Socrate dans sa vérité ? En lisant la froide biographie de ce philosophe illustre dans un dictionnaire, ou en lisant le portrait partial mais passionné qu’en dresse Platon ? Parions que si l’on s’était contenté de la présentation objective du dictionnaire, aucun intérêt ne se serait éveillé en nous pour cette figure de la philosophie : c’est la description subjective de Platon qui nous a révélé Socrate dans sa passionnante vérité.

L’historien ne peut donc rester impartial, précisément pour saisir la vérité d’un événement (et nous la transmettre).


De plus, si l’on admet que l’historien impartial doit se contenter de relater les faits, on peut se demander si la notion de fait même a un sens : existe-t-il des faits bruts ou tout n’est-il qu’interprétation ?



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