Tableau La nuit étoilée de Van Gogh

Notion : la perception

Le sujet

Ce cours sur la perception vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, si vous êtes en terminale L.

Au programme : une présentation de l'empirisme, l'exemple cartésien du morceau de cire, la différence entre perception et entendement...

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Sujet : Peut-on dire que la perception est une connaissance ?


Saint Thomas est le seul apôtre qui douta de la résurrection du Christ. Il voulait voir les marques de la crucifixion : les stigmates dans la main, les blessures sur le côté provoquées par la lance du garde, etc. Pour lui il s’agissait d’une preuve : s’il perçoit les stigmates, il saura que le Christ est réellement ressuscité. Autrement dit : percevoir, c’est connaître.

Peut-on conférer à la perception un tel privilège ?

Les illusions d’optique (comme les mirages ou les trompe l’œil) ne montrent-elles pas au contraire que l’on peut percevoir des choses qui n’existent pas ? La perception ne semble pas de ce fait pouvoir constituer une source de connaissance fiable.

Le « je ne crois que ce que je vois » de Saint Thomas est-il un principe révélateur d’une sage prudence rationnelle, ou d’une limitation de l’intellect ? Suffit-il de percevoir pour savoir ?



1/ La perception comme genre de connaissance – Berkeley


La perception semble être notre premier rapport au monde : enfant, je perçois des couleurs, des sons, des odeurs. C’est ainsi que peu à peu, je découvre l’univers qui m’entoure. Les diverses sensations qui me parviennent s’assemblent peu à peu en objets (c’est là le rôle de la perception), que je reconnais et provoquent mes réactions.

On le voit : la perception est un genre de connaissance, ayant de plus le privilège de l’antériorité : c’est le premier mode de savoir.

C’est là un privilège sur lequel insiste l’empirisme, une doctrine épistémologique qui affirme le primat de l’expérience et de la perception.

La perception est à l’origine de nos idées, qu’il s’agisse de celle des objets extérieurs, ou de nos états internes.

Ainsi Berkeley, l’un des principaux empiristes, présente ainsi ce processus dans les Principes de la connaissance humaine :


Par la vue j'ai les idées de la lumière et des couleurs avec leurs divers degrés et variations. Par le toucher je perçois, par exemple, le dur et le doux, la chaleur et le froid, le mouvement et la résistance, et dans tout cela avec du plus et du moins — selon la quantité ou le degré. L'odorat me fournit les odeurs ; le palais les saveurs, et l'ouïe transmet à l'esprit (mind) les sons dans toute leur variété de tons et de composition.


Ne peut-on aller plus loin et soutenir, que non seulement la perception nous fournit nos idées, mais qu’en plus il n’y a pas de monde extérieur en dehors de nos perceptions ?

Tel est le saut qu’effectue Berkeley. Il suffit pour lui de se demander ce que signifie le terme « exister » lorsque je dis qu’une chose sensible (comme une table, un verre ou une plume) existe


Je dis que la table sur laquelle j'écris existe, c'est-à-dire que je la vois et la touche, et, si je n'étais pas dans mon bureau, je dirais que cette table existe, ce par quoi j'entendrais que, si j'étais dans mon bureau, je pourrais la percevoir ; ou bien, que quelque autre esprit (spirit) la perçoit actuellement. « Il y eut une odeur », c'est-à-dire, elle fut sentie ; « il y eut un son », c'est-à-dire, il fut entendu ; « il y eut une couleur ou une figure » : elle fut perçue par la vue ou le toucher. C'est tout ce que je puis entendre par des expressions telles que celles-là.

Car, quant à ce que l'on dit de l'existence absolue de choses non pensantes, sans aucun rapport avec le fait qu'elles soient perçues, cela semble parfaitement inintelligible. L'esse de ces choses-là, c'est leur percipi ; et il n'est pas possible qu'elles aient une existence quelconque en dehors des esprits ou des choses pensantes qui les perçoivent.


La perception n’est pas de ce fait un simple genre de connaissance. Elle est également un mode d’être des choses. Les choses sont parce qu’elles sont perçues. Leur être est d’être perçu.

C’est en même temps ce qui vient fonder la certitude de la perception.

La perception est la seule et unique source de connaissance parce qu’elle correspond à la manière dont les choses sont.

C’est une connaissance certaine, car il n’y a rien qui échappe à la perception dans les choses, et qui viendrait limiter notre connaissance.


Pourtant, il semble que cette doctrine étrange se heurte à bien des paradoxes. Ainsi il semble que si nous cessions de percevoir le monde, en fermant les yeux par exemple, le monde cesse d’exister. D’autre part, les illusions d’optique montrent que ce que nous percevons n’est pas toujours réel.

Les erreurs de la perception, qui l’empêchent d’être une vraie connaissance, doivent-elles être corrigées ? Par quelle faculté ?



Le rôle de l’entendement : Descartes et l’exemple du morceau de cire


On voit qu’il est nécessaire d’affirmer l’existence d’une seconde faculté en nous, qui dépasse la perception et vient corriger les erreurs fréquentes de celle-ci.

On peut appeler entendement cette seconde faculté. Celle-ci qui repose plus sur le raisonnement et la démonstration, n’est-elle pas ce qui nous donne, beaucoup plus que la perception, accès à la vérité du monde ?

Pour le montrer, Descartes prend l’exemple dans les Méditations métaphysiques d’un morceau de cire. Il nous montre que les différentes propriétés que nous percevons dans la cire (dureté, couleur, forme), n’appartiennent pas réellement à la cire puisqu’il suffit de la chauffer pour que celles-ci disparaissent :


Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d'être tiré de la ruche : il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfin, toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci.

Mais voici que, cependant que je parle, on l'approche du feu : ce qui y restait de sa saveur s'exhale, l'odeur s'évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s'échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu'elle demeure et personne ne le peut nier.
Qu'est-ce donc que l'on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remarqué par l'entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l'odorat, ou la vue, ou l'attouchement ou l'ouïe, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure.


La perception ne nous enseigne rien donc de vrai sur la cire (et par extension sur l’ensemble des objets sensibles). C’est l’entendement qui est vraie source de connaissance.

En effet, par l’entendement, on découvre que les corps matériels sont des « choses étendues ». Seules certaines propriétés (telles que l’étendue, le mouvement ou la force (ce que Locke appellera plus tard qualités premières) existent réellement dans les corps. Elles sont traduites par nos sens en couleurs, sons, etc. mais n’existent pas réellement : la couleur n’est autre chose qu’un certain mouvement (une longueur d’onde).



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