Tableau les Amants de Magritte

Notion : le désir

Le sujet

Ce cours sur le désir vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, quelle que soit votre filière (L, ES, S).

Au programme : le discours de Calliclès face à Socrate, la critique du désir de Schopenhauer,...

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Sujet possible : Etre heureux, est-ce satisfaire tous ses désirs ?


Le plaisir que je prends à manger ce gâteau que j’ai vu dans la vitrine de mon boulanger, à nager dans l’eau turquoise de quelque lagon tropical, ou à embrasser cette jolie fille que je désire secrètement depuis des mois, m’amène à me demander : et si c’était ça le bonheur ?

Finalement, que demander de plus pour être heureux que la réalisation immédiate de l’ensemble de nos désirs ? N’est-ce pas là le but de la plupart de nos actions ?

Pourtant, on peut se demander si le désir, qui repose sur le mécanisme de la frustration (que l’on ressent tant que le désir n’est pas réalisé), peut réellement constituer une voie vers le bonheur, qui est un état stable ne comportant rien de négatif.

Le bonheur n’est-il pas plus proche de la sérénité de l’homme qui échappe au désir, plutôt que de la jouissance de l’homme qui le réalise ?



Le bonheur consiste dans la réalisation de nos désirs - Calliclès


Notre éducation judéo-chrétienne nous apprend à considérer le désir avec suspicion. La gourmandise, la luxure, l’envie… qui sont des genres de désirs font partie des sept péchés capitaux.

Partout, des interdictions, des avertissements (par exemple les sigles « interdits au moins de 18 ans » imposés par le CSA), des garde-fous, des lois, etc.

N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie à condamner le plaisir, à vouloir lui imposer un cadre strict ?

Que dissimule cette condamnation, issue de la sphère religieuse, et qui est encore influente dans notre société pourtant laïque ?

Ne serait-ce pas là un symptôme, celui d’une peur, ou d’une impuissance ? Celui qui n’arrive pas à satisfaire ses désirs peut être tenté de nier la valeur de ceux-ci, à les présenter comme un danger.

Telle peut être l’origine de la morale : le ressentiment, dû à une impuissance.

Il s’agit donc de nous libérer de ce carcan moral, et de retrouver les valeurs naturelles, que sont la recherche du plaisir sous toutes ses formes, l’affirmation de la liberté de l’individu, la recherche de la toute-puissance.

Telle est la position que soutient Calliclès, face à Socrate, dans le Gorgias :


CALLICLES – « Voici ce qui est beau et juste suivant la nature, je te le dis en toute franchise, c'est que pour bien vivre, il faut laisser prendre à ses passions tout l'accroissement possible, au lieu de les réprimer, et, quand elles ont atteint toute leur force, être capable de leur donner satisfaction par son courage et son intelligence et de remplir tous ses désirs à mesure qu'ils éclosent.

Mais cela n'est pas, je suppose, à la portée du vulgaire. De là vient qu'il décrie les gens qui en sont capables, parce qu'il a honte de lui-même et veut cacher sa propre impuissance. Il dit que l'intempérance est une chose laide, essayant par là d'asservir ceux qui sont mieux doués par la nature, et ne pouvant lui même fournir à ses passions de quoi les contenter, il fait l'éloge de la tempérance et de la justice à cause de sa propre lâcheté (...).

La vérité que tu prétends chercher, Socrate, la voici : le luxe, l'incontinence et la liberté, quand ils sont soutenus par la force, constituent la vertu et le bonheur ; le reste, toutes ces belles idées, ces conventions contraires à la nature, ne sont que niaiseries et néant.


Néanmoins, s’il est certain que la réalisation de nos désirs nous procure de nombreux plaisirs, on peut se demander si cela nous rend heureux. Ce serait le cas, si l’on pouvait assimiler le plaisir au bonheur. Or une telle équivalence ne va pas de soi.

En effet, le bonheur est un état permanent, doté d’une certaine stabilité. Le plaisir lui est fugace : il s’évanouit presque immédiatement. Si le désir nous mène au plaisir, on peut donc se demander s’il nous mène aussi au bonheur, puisqu’on voit qu’il s’agit là d’une toute autre question.



Le désir est insatiable donc ne peut nous mener au bonheur - Schopenhauer


Le mécanisme général du désir semble nous amener à pencher vers une réponse négative. Le désir se fonde en effet sur une frustration originelle, qui ne cesse pas tant que le désir n’est pas réalisé. Il y a donc une douleur inhérente à tout désir. Mais surtout, quand le désir est réalisé, il ne trouve plus d’objet, et bascule dans l’ennui (qui est une autre forme de souffrance).

On le voit cela n’est pas compatible avec le bonheur, qui par essence exclut toute notion de douleur.

Ce mécanisme général du désir, Schopenhauer le décrit ainsi dans son ouvrage le Monde comme volonté et comme représentation :


Tout désir naît d'un manque, d'un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu'il n'est pas satisfait. Or, nulle satisfaction n'est de durée ; elle n'est que le point de départ d'un désir nouveau. Nous voyons le désir partout arrêté, partout en lutte, donc toujours à l'état de souffrance ; pas de terme dernier à l'effort ; donc pas de mesure, pas de terme à la souffrance.

[...] Vouloir, s'efforcer, voilà tout l’être [des bêtes et des hommes] ; c'est comme une soif inextinguible. Or tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur ; c'est par nature, nécessairement, qu'ils doivent devenir la proie de la douleur.

Mais que la volonté vienne à manquer d'objet, qu'une prompte satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et les voilà tombés dans un vide épouvantable, dans l'ennui ; leur nature, leur existence, leur pèse d'un poids intolérable. La vie donc oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme.


On le voit : chercher à satisfaire nos désirs revient à se laisser enfermer dans ce mécanisme général qui nous mène de la souffrance à l’ennui, et ne peut nous mener qu’au malheur. Le sage est peut-être celui qui comprend que le bonheur est plutôt à chercher du côté de la sérénité.

La sérénité est un genre d’impassibilité qui ne peut reposer que sur la maîtrise de nos passions. Telle est l’idée que nous allons à présent examiner.



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