Tableau la Promesse de Magritte

Notion : le Vivant

La raison et le réel

Ce cours sur le vivant vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, quelle que soit votre filière (L ou S).

Au programme : pourquoi pour Descartes le corps est comparable à une machine, les difficultés à penser la vie selon Bergson...

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Sujet possible : Le vivant est-il comparable à une machine ?


Lorsqu’on regarde le vol rapide d’une hirondelle, ou la marche gracieuse d’un chat, on se demande comment on pourrait comparer de tels animaux à une machine. Les mouvements raides, mécaniques, des robots, sont en effet d’un tout autre genre, et semblent montrer que les uns sont irréductibles aux autres.

Pourtant, un doute doit nous saisir : n’y a-t-il pas des machines très perfectionnées, qui accomplissent des tâches qu’il nous semble impossible de réaliser nous-même ? Ne peut-on alors imaginer que la grâce des êtres vivants n’est que le résultat d’une machine infiniment complexe et ingénieuse mise au point par l’Auteur de la Création ?

La question se pose donc : les êtres vivants sont-ils réductibles à une simple mécanique, même si elle est infiniment bien réalisée ? Ou y a-t-il en eux un principe irréductible, et qui s’appellerait la Vie ?



L’animal peut être comparé à une machine – Descartes


Le corps humain n’apparaît-il pas, lorsqu’on l’observe de près, grâce à des procédés comme la dissection, comme une merveilleuse machine ? Chaque organe a une fonction, une place précise, qui détermine sa structure, son aspect, sa position dans le corps humain.

De la même manière qu’une montre est formée de plusieurs pièces, chacune représentant un moyen pour la finalité globale, donner l’heure, le corps humain semble être formé de plusieurs parties dont chacune a un rôle précis à jouer.

On trouve dans une machine des cordes, des ressorts, des engrenages, des roues, des soufflets, des boutons. Mais ne trouve-t-on pas dans notre corps des muscles, des tendons, des nerfs, des poumons, etc ? Les muscles ne sont-ils pas des genres de ressorts, infiniment perfectionnés par l’Auteur de la Création, mais ressorts tout de même ?


Ainsi Descartes cherche dans les Passions de l’âme à expliquer ici en peu de mots toute la façon dont la machine de notre corps est composée. Il décrit en détail ce fonctionnement, en mettant en évidence le rôle central que jouent les esprits animaux véhiculés par le sang, et la glande pinéale, située au centre du cerveau et siège de l’âme.

Seulement Descartes scinde le vivant en deux : si l’animal n’est qu’un corps, et de ce fait une simple machine, qui agit par simple réflexe, en tant que mécanisme, l’homme a pour sa part un esprit, et est donc de ce fait un être vivant.

L’homme est le seul être vivant, le seul être qui échappe au mécanisme : c’est là un privilège dû à son statut d’être pensant, mis au jour au terme de l’expérience du cogito : je pense donc je suis.

Les animaux n’ont pas de langage par lesquels ils exprimeraient une pensée, mais simplement des cris par lesquels ils expriment des passions ; celles-ci ne sont que des réflexes mécaniques : le chat gémit quand il a soif de la même manière qu’une machine grince quand elle est mal huilée.


C’est là une position que Descartes expose par exemple dans cet extrait du Discours de la Méthode :


Ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes.

Et je m'étais ici particulièrement arrêté à faire voir que, s'il y avait de telles machines qui eussent les organes et la figure extérieurs d'un singe ou de quelque autre animal sans raison, nous n'aurions aucun moyen pour reconnaître qu'elles ne seraient pas en tout de même nature que ces animaux


On le voit : une large part du vivant est finalement réductible à une machine. Seul l’homme conserve dans cette optique, son statut d’être vivant. Néanmoins, on peut se demander si cette idée ne vient pas simplement pas du fait que nous avons simplement du mal à comprendre le phénomène de la vie.



La vie est un principe irréductible à la matière et au mécanisme - Bergson


L’intelligence est-elle capable de comprendre la vie ? C’est ce que remet en cause Bergson.

L’intelligence fonctionne par analyse, en décomposant le tout en ses parties. C’est là un procédé tout à fait adapté pour comprendre la matière (qui est divisible à l’infini). Mais voici qui est inopérant pour comprendre la vie, qui est le grand Tout indivisible. Analyser la vie, c’est comme disséquer un corps vivant : on ne trouve, au bout du scalpel que la mort ou l’abstraction.

Voici précisément ce que soutient Bergson dans l’Evolution créatrice :


Nous verrons que l'intelligence humaine se sent chez elle tant qu'on la laisse parmi les objets inertes, plus spécialement parmi les solides, où notre action trouve son point d'appui et notre industrie ses instruments de travail, que nos concepts ont été formés à l'image des solides, que notre logique est surtout la logique des solides, que, par là même, notre intelligence triomphe dans la géométrie, où se révèle la parenté de la pensée logique avec la matière inerte, et où l'intelligence n'a qu'à suivre son mouvement naturel.

Mais de là devrait résulter aussi que notre pensée, sous sa forme purement logique, est incapable de se représenter la vraie nature de la vie, la signification profonde du mouvement évolutif. Créée par la vie, dans des circonstances déterminées, pour agir sur des choses déterminées, comment embrasserait-elle la vie, dont elle n'est qu'une émanation ou un aspect ?

Déposée, en cours de route, par le mouvement évolutif, comment s'appliquerait-elle le long du mouvement évolutif lui-même ? Autant vaudrait prétendre que la partie égale le tout, que l'effet peut résorber en lui sa cause [...] De fait, nous sentons bien qu'aucune des catégories de notre pensée, unité, multiplicité, causalité mécanique, finalité intelligente, etc., ne s'applique exactement aux choses de la vie

[...] En vain nous poussons le vivant dans tel ou tel de nos cadres. Tous les cadres craquent. Ils sont trop étroits, trop rigides surtout pour ce que nous voudrions y mettre. Notre raisonnement, si sûr de lui quand il circule à travers les choses inertes, se sent d'ailleurs mal à son aise sur ce nouveau terrain.


On le voit : réduire le vivant au simple mécanisme n’est pas là une découverte scientifique, c’est une erreur, ou mieux un symptôme : la vie est un phénomène mystérieux qui échappe à la science.

La théorie cartésienne de l'animal machine apparaît comme un des symptômes privilégiés de cette impuissance de l'intelligence à saisir ce qui résiste à toute analyse.



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