Tableau Magdelaine avec la lumière de nuit, de Georges de la Tour

Notion : la matière et l'esprit

La raison et le réel

Ce cours sur la matière et l'esprit vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, quelle que soit votre filière (L, ES, S).

Au programme : le monde des Idées de Platon, la sortie de la caverne, le dualisme cartésien du corps et de l'esprit...

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Notions liées : Liste des notions


Sujet possible : Tout est-il matière ?


On peut toucher, voir, sentir, mesurer la matière. Elle peut faire l’objet d’une expérience sensible. Elle semble exister indépendamment de l’homme : fermons les yeux, le monde ne disparaît pas, mais continue à subsister. Elle résiste à l’homme : je ne peux faire ce que je veux avec un bloc de rocher, je ne peux le soulever s’il est trop lourd.

Cette indépendance, cette résistance, semblent prouver que la matière existe. Bien plus, elle est peut-être principe universel, qui constitue tous les êtres : je suis moi-même fait de matière. Mon corps en est la preuve. De la même manière, il se caractérise par une certaine indépendance : je tombe malade même si je ne le veux pas, je dois travailler dur pour modifier mon corps (en faisant du sport par exemple), et il ne peut changer qu’en une certaine mesure.

Mon esprit semble d’ailleurs réductible au cerveau : où se situe la pensée, sinon dans les neurones qui constituent physiologiquement mon cerveau ? Qu’est-ce que la pensée, sinon des échanges nerveux, de type électro-chimiques ? De ce fait, tout n’est-il pas que matière ?


Le philosophe doit apprendre à dépasser les apparences. Certes, tout semble indiquer que la matière est le principe constituant le monde. Mais n’y a-t-il pas une toute autre réalité, immatérielle, qu’il s’agit de découvrir sous les apparences ?

C’est précisément ce que pense Platon.



Platon : monde sensible et monde intelligible


Pour Platon, le monde sensible, matériel, celui que nous connaissons et appréhendons à travers nos sens, n’est pas le monde réel. Il ne s’agit que d’une ombre, une apparence, un reflet du vrai monde : le monde intelligible, ou monde des Idées.

Le monde sensible n’a en effet qu’un rapport dégradé à l’être. En témoigne le fait que les choses changent, se corrompent, sont détruites : elles participent plus du néant que de l’être. Les étants matériels subissent des changements incessants, ce qui est un défaut du point de vue de l’être, une imperfection essentielle. Ils ne sont pas, mais deviennent, et ne parviennent jamais à acquérir une identité stable.

De plus, les étants matériels n’ont pas d’identité en eux-mêmes. Ils n’en acquièrent une qu’en participant aux Idées, qui constituent le monde Intelligible, le seul réel.

Par exemple, un homme ne devient homme qu’en participant à l’Idée d’Homme. Une action n’est bonne que par sa participation à l’Idée d’Homme en soi.


Le Monde des Idées participe pleinement de l’être. L’Idée de l’Homme représente ce que l’homme est en soi, et ne se modifie jamais. L’Idée du Bien en soi désigne le point commun entre les différents genres de bien, de manière éternelle.

Pour ces deux raisons, on peut dire que tout n’est pas matière, et que la matière désigne au contraire un genre dégradé d’être.

Dans le mythe de la caverne de la République, Platon montre comment le philosophe parvient à se détacher de la contemplation des ombres du monde sensible, pour accéder à la pleine réalité du monde intelligible.

Il met en scène des hommes prisonniers dans une caverne, ne pouvant voir que les reflets des objets extérieurs sur la paroi de la caverne (les objets sensibles). Il imagine ce qui se passerait si on délivrait un de ces hommes, le philosophe, et qu’il puisse sortir de la caverne, découvrant le monde réel.


Qu'on détache l'un de ces prisonniers, qu'on le force à se dresser immédiatement, à tourner le cou, à marcher, à lever les yeux vers la lumière. En faisant tous ces mouvements il souffrira, et l'éblouissement l'empêchera de distinguer ces objets dont tout à l'heure il voyait les ombres. Que crois-tu donc qu'il répondra si quelqu'un vient lui dire qu'il n'a vu jusqu'alors que de vains fantômes, mais qu'à présent, plus près de la réalité et tourné vers des objets plus réels, il voit plus juste ?


On le voit donc : c’est précisément le rôle du philosophe de comprendre que tout n’est pas que matière, et qu’il faut dépasser les apparences du monde sensible pour se rapprocher de la vérité.

C’est par la pensée qu’on se libère de la matière, pourtant, l’esprit n’est-il pas lui-même matière ? La pensée ne se réduit-elle pas aux connections neuronales de notre cerveau ? L’esprit n’est-il pas réductible à cet étant matériel privilégié qu’est le corps ?



L’union de l’âme et du corps : Descartes


Lorsque Descartes cherche une vérité certaine dans l’expérience du cogito, il met au jour cette proposition : « je pense donc je suis ».

Mais que désigne ce « je » ? « Je suis », certes, mais « que suis-je » ? Une âme ? Un corps ? Un ensemble d’atomes ? Un souffle ?

Descartes cherche dans les Méditations métaphysiques à répondre à cette question en gardant le même degré de certitude que celui qu’il a atteint dans le cogito. Il faut éviter de définir le Moi à partir de caractères douteux.

Or il est douteux que notre esprit soit réductible à un corps ou constitue un ensemble d’atomes. Définissons le Moi à partir du caractère essentiel que l’on a trouvé dans le cogito : la pensée. Le moi est défini par Descartes comme une « chose qui pense » (res cogitans).

Descartes remarque que l’attribut essentiel du corps, à l’inverse, est l’étendue : tout corps a certaines dimensions, occupe une certaine portion d’espace. Il définit donc le corps comme une « chose étendue » (res extensa).

L’esprit n’est donc pas réductible au corps, car ce sont deux choses de nature complètement différente. Il y a donc deux principes bien distincts, ce pourquoi on parle de « dualisme cartésien » du corps et de l’esprit.


Si ce sont deux choses bien différentes, elles ne sont pas indépendantes mais liées : l’esprit agit sur le corps et vice-versa. Je ne suis donc pas simplement un esprit, ou seulement un corps. Je suis l’union d’un corps et d’un esprit. En témoignent les sentiments, les passions de l’âme, que je ne me contente pas de ressentir « théoriquement », mais à la fois dans mon corps et dans mon esprit :


La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais outre cela que je lui suis conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. Car si cela n’était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau (Méditations métaphysiques)



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