Tableau Soirée sur l'avenue Karl Johan, de Munch

Notion : la société

La politique

Ce cours sur la société vous aidera à préparer l'épreuve de philosophie du bac, quelle que soit votre filière (L, ES, S).

Au programme : l'homme comme animal politique selon Aristote, la métaphore des porcs-épics de Schopenhauer, le rôle de la politesse...

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Notions liées : Liste des notions

(chapitre fusionné avec la Société et les échanges - ES)


Sujet possible : L’homme est-il naturellement sociable ?


L’homme a besoin, semble-t-il, de la compagnie de ses semblables. Robinson Crusoé, qui fait l’expérience de la solitude absolue, voit peu à peu sa santé mentale vaciller.

Pourtant, les relations humaines sont sources de conflits : jalousie, violences, manipulation… La liste est longue des nuisances que les hommes s’infligent lorsqu’ils sont en collectivité, ce qui a amené Hobbes à remarquer que l’homme est un loup pour l’homme.

On peut se demander de ce fait si l’homme est par nature un être sociable, ou si ce ne serait pas plutôt un être solitaire, essayant, au contraire de ce qu’exigerait sa nature profonde, de vivre en collectivité.

L’homme est-il fait pour vivre en société ?



L’homme est un animal politique : Aristote


On remarque que certains animaux sont faits pour vivre en solitaire, tandis que d’autres vivent en collectivité (meute de loups, essaim d’abeilles, colonies de fourmis, etc.)

Il semble que la nature ait donc fixé pour les animaux de chaque espèce un type de relation bien précise avec ses congénères.


Qu’en est-il de l’homme ? Est-il plus fait pour vivre en solitaire, comme la panthère, ou en collectivité, comme le lion ?

Il nous suffit de regarder autour de nous pour avoir la réponse : dans tous les pays, les hommes se sont assemblés en société, de la plus petite tribu aux Etats les plus peuplés.

Lorsque l’homme décide de se retirer de la société dans lequel il vit, c’est souvent pour aller fonder une communauté avec ses lois propres, différentes de la société d’origine, autrement dit un autre type de société. Les ermites sont très rares, et ne peuvent de ce fait représenter une vérité quelconque sur l’être humain.

On le voit : l’être humain semble naturellement sociable, les multiples sociétés qui se sont formées dès l’origine jusqu’à nos jours le prouvent.


C’est là l’idée soutenue par Aristote lorsqu’il affirme, dans les Politiques, que l’homme est un animal politique. Il s’agit là de la « polis », terme grec qui désigne la Cité. Il veut dire par là que l’homme est par nature « en cité », c’est-à-dire en société :


A l'évidence la cité fait partie des choses naturelles, et l'homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être surhumain : il est comme celui qu'Homère injurie en ces termes : « sans lignage, sans loi, sans foyer ». Car un tel homme est du même coup naturellement passionné de guerre. Il est comme une pièce isolée au jeu de tric-trac.

C'est pourquoi il est évident que l'homme est un animal politique, bien plus que n'importe quelle abeille ou n'importe quel animal grégaire ». Car, nous le disons souvent, la nature ne fait rien en vain. Et seul parmi les animaux l'homme est doué de parole.


Certes la voix sert à signifier la douleur et le plaisir, et c'est pourquoi on la rencontre chez les autres animaux (car leur nature s'est hissée jusqu'à la faculté de percevoir douleur et plaisir et de se les signifier mutuellement). Mais la parole existe en vue de manifester l'utile et le nuisible, puis aussi, par voie de conséquence, le juste et l'injuste. C'est ce qui fait qu'il n'y a qu'une chose qui soit propre aux hommes et les sépare des autres animaux : la perception du bien et du mal, du juste et de l'injuste et autres notions de ce genre ; et avoir de telles notions en commun, voilà ce qui fait une famille et une cité.


Pour Aristote, c’est le langage qui est le signe que l’homme est un animal politique, car il sert à désigner des notions qui n’ont de sens qu’en société comme le bien ou le mal, etc.


Pourtant, la vie en société est source de nombreuses souffrances : divorces, criminalité, guerre, etc. sont les fléaux de nos sociétés modernes et sont l’expression de relations humaines conflictuelles.

La question doit se poser : est-ce par nature que l’homme vit en collectivité, ou n’est-ce pas là un phénomène qui relève de la culture, ce long processus qui amène l’homme à s’arracher à la nature originelle dans lequel il est apparu ?



L’art de trouver la bonne distance : Schopenhauer


On cherche jusqu’à présent si la tendance naturelle de l’homme est de vivre seul ou en société. C’est là s’enfermer dans un dilemme réducteur. Ne peut-on imaginer que l’homme ait plusieurs tendances ? Des tendances contraires, qui sont en conflit en lui ?

A partir du moment où l’on admet que l’homme est libre et a le choix entre le bien et le mal, c’est-à-dire d’aider ou de nuire à son prochain, ne peut-on imaginer deux tendances naturelles en l’homme ? A savoir celle de se rapprocher des hommes, et celle, opposée, de les fuir ?

Telle est l’idée de Schopenhauer, qui l’illustre par l’image plaisante des porcs-épics, dans son ouvrage Parerga et Paralipomena :


Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur. Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres. Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils étaient ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.

La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières. En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à distance : Keep your distance! - Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants.

Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n'éprouver ni ne causer de peine.


On le voit, pour Schopenhauer, l’homme n’est par nature ni sociable, ni solitaire : il ressent ces deux tendances opposées, et arbitre entre elles. Afin de les concilier, et de rendre la vie en société supportable, il convient de ne pas sacrifier son indépendance et son individualisme dans une fusion totale avec la société (ou les autres hommes) : il faut savoir garder ses distances.

C’est la politesse qui désigne cet art de savoir garder ses distances, et prévient tout conflit avec les autres hommes.

On le voit : l’homme est par nature à la fois sociable et solitaire. Quel sens donner à ce conflit de forces opposées qui se déploie en nous ?



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