photo d'Anne-Adeline Fourtet

Anne-Adeline Fourtet

Lyon

Nous découvrons ici le parcours d'Anne-Adeline Fourtet, fondatrice d'un cabinet d'intervention philosophique...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ?

J’ai œuvré dans des métiers très divers ; de l’organisation de rencontres artistiques à la pratique d’enquêtes qualitatives, du conseil en management en cabinet Syntec à la formation dans un contexte de rupture. Les services, l'industrie, l'entrepreneuriat, j'ai toujours eu soif de comprendre les spécificités et interconnexions de chaque univers.

Mettre à notre portée, rendre présent la matière philosophique a été le fil rouge de mes missions. Je me considère malgré mon master en philosophie et sciences humaines, celui en management socio-économique et surtout ces quinze années de services sur le terrain, comme une apprentie philosophe, toujours en quête de bon-sens commun, fondé dans la pratique, inspiré de ce que l'Humain a produit de concert.

Convaincue que la philosophie doit être à la portée de chacun, j’ai créé cette année deux structures :
Maïeuthika : maieuthika.com, cabinet unipersonnel me permettant d’intervenir en mêlant les outils de conseils et d’accompagnement à une interrogation philosophique pratique (reprenant le concept de la maïeutique, combiné avec celui de l' ἦθος (éthos), avec le 'h', inscrivant la pratique dans une habitude, une résidence).
Lookforfrench : Avec un associé nous mettons à portée des bases de données au service des invisibles du Web. Nous développons actuellement des solutions qui décloisonnent le Web francophone et donnons accès à des millions de sites qui ne jouent pas la course au référencement ou ne bénéficie pas de l’affluence marketing, ou qui sont hors de nos frontières physiques et médiatiques : lookforfrench.com. J’anime la dimension éthique de ce projet social et culturel avec naturellement un souci écologique.


Que faites-vous actuellement ?


Je suis un vinculum, un trait d'union, j'accompagne des individus et des organisations dans leurs transformations. Par exemple en amenant mes partenaires et clients à mesurer la portée éthique de leurs actions, c’est-à-dire donner les moyens de voir et d’agir en connaissance. Interroger le réel, et adopter une posture de coopération et de réconciliation avec celui-ci. Je développe des outils de ritualisation dans des contextes très variés, de la valorisation des diversités à l’intégration de pratiques éthiques. Les risques psycho-sociaux, les maladies professionnelles, la recherche de sens et la volonté de réalignement aux valeurs humaines, nous entraînent dans un champ d’investigation à la fois passionnant et urgent. Pour faire simple, je fais rentrer dans la danse trois postures ; celle de l’artiste, du philosophe et du jardinier, qui en bien des points sont liées et qui nécessitent une pratique.
Pour mes partenaires, il leur faut oser, faire le pas et entrer en résonance avec soi et le monde, dans la maîtrise d'un art, peu de choses nous y invite.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


L’ambition de l’engagement philosophique m’a été inspirée par Jean-Pierre Charcosset, qui considérait l’apprentissage de la pensée comme essentielle. « Distinguer là où il est habituel de confondre », faire la synthèse et l’analyse avec méthode, ré-apprendre à lire et écrire en somme, développer la patience et la rigueur que tout art impose. Rencontré en hypokhâgne au Lycée du Parc, c’est lui qui m’a fait m’orienter dans un cursus universitaire en sciences humaines. Étienne Bimbenet et Denis Forest m’ont ouvert l’esprit respectivement à la considération humaine et ses capacités neurocognitives dont nous découvrons chaque jour la beauté et l’immensité reliés à d’autres disciplines. Je me suis formée sur les bancs de l’école et ceux de la vie, aux côtés d’une fratrie soudée, pour survivre à la perte de sens, notamment devant la mort. J’ai eu la chance d'interagir très tôt avec le monde des affaires et dans des cercles de réflexions privés, m'inscrivant d'emblée dans le tangible, l'authentique.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ?


Gaston Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique (avec Daniel Parrochia et Mathieu Triclot, comme guides), mis au regard d' autres œuvres dont celles plus poétiques ( La Psychanalyse du feu, écrit la même année, 1938, La Philosophie du non, 1940, L'Eau et les rêves, 1941, L'Air et les Songes, 1943.) Ces lectures m’ont basculé vers les multiples dimensions du raisonnement. Explorant la démarche scientifique, il démontre comment la pensée qui en émane se construit en dépassant les divers obstacles épistémologiques (empiriques, ontologiques, heuristiques ou conceptuels), qui entravent la véritable résolution et connaissances des choses. Pour opérer cette transition, il s’agit d’aller au-delà de l’apparence et de l’observation. Sur bien des sujets, nous sommes empêchés d'obstacles épistémologiques.


L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Mon premier coup de foudre est l'auteur de La recherche du temps perdu, qu'on ne cite plus, l’humour entre ces pages délicates et la critique d’une période de transformation du système de valeurs m’ont bouleversé. Son époque réfléchit la nôtre, avec ces dérives et le caractère limite de son expression, dans la brutalité de conflits latents. Cette vision esthétique et poétique a encore bien des choses à nous livrer, je ne me lasse pas de le lire chaque fois différemment. Emmanuel Lévinas, avec sa philosophie du visage et Jean-Luc Nancy, dans son acceptation du désir et d’une philosophie de l’amour m'inspirent pour m'inscrire dans cette continuité d'une écologie des relations.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


Du mémoire développé en entreprise en 2008 (Gfk Custom Research) devant le Doyen Jean-Jacques Wunenburger à la thèse initiée à l’ISEOR (Philosophie et Management) aux cotés de Laurent Cappelletti, l’écriture est nécessaire à l’étude approfondie. Des rapports clients, diagnostics et contenus d’animations et de formations, des articles de démonstrations et de vulgarisations, jusqu’aux projets d’entreprises et aux conférences dispensées, dans nos métiers nous sommes reliés au Dire et à sa transcription. Je trace également des démonstrations, récits de vies professionnelles et inter-relationnelles, inscrites sur des territoires, dans des sphères diverses avec à chaque fois un enjeu commun d’accueil et de réconciliation par la pratique. L’expression artistique est enfin un récit qui se dessine autant dans l’illustration des temps forts pour mes partenaires et clients (par la réalisation de fresques ou d’animations avec apport esthétique et ludique), qu’avec des artistes qui donnent à voir de leurs démarches.

La philosophie, il me semble, est de ces tiers lieux où l’on peut se permettre de Dire véritablement les choses, de les mettre en critique, de prendre de la hauteur comme du recul, de leur redonner leurs dimensions globales et ce de façon construite. C’est un métier nécessaire, passionnant en plein essor et structuration. J’aurai plaisir à composer avec d'autres un recueil enrichi de ces expériences.

Fin mars 2020, nous organisons sur Paris une rencontre ouverte avec les adhérents de FairePhilo (www.fairephilo.com), dont je suis trésorière qui présentera le développement dans tous les territoires de démarches équivalentes sur l'objet, mais très diversifiées dans les pratiques.



Merci Anne-Adeline, pour ce témoignage !

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