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Cécile Voisset

Clermont-Ferrand

Nous découvrons ici le parcours de Cécile Voisset, chercheuse et auteure de plusieurs ouvrages.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je continue de faire de la recherche en philosophie qui est devenue pour moi quasi dénaturée, qu'on confond avec le commentaire et qu'on fait passer pour quelque chose de facile ; je ne l'enseigne plus mais suis encore membre associé au laboratoire « Lettres, Idées, Savoir » de l'Université Paris XII où je poursuis parallèlement une sorte de réflexion mettant à mal par exemple ce que le consensus appelle « identité » en creusant une voie qui, j'espère, fera avancer les choses.

Surtout, j'écris : comme R. Barthes, ce verbe est pour moi intransitif c'est-à-dire que je n'écris pas ceci ou cela. J'écris, je vois ce que ça donne ou pas ; en général, je n'ai pas de plan. J'assimile l'écriture à quelque chose comme un flot, un courant ; j'écris ce qui me vient (à l'aide de mes lectures, de mes observations et de tout ce qui me passe généralement par la tête) sous la forme que ça prend et puis j'approfondis la voie conceptuelle (par exemple avec la notion de nomade) qu'est celle de la philosophie sans exclure pour autant l'intuition (créatrice). J'écris aussi bien de la poésie que de l'essai, etc. ; la forme, contingente, exprime le fond, essentiel, c'est-à-dire ce qui m'intéresse par dessus tout.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Plutôt bon. Je n'ai pas aimé l'école mais j'ai aimé la faculté (celle des sciences humaines en ce qui me concerne, philo. et langues) parce que je pouvais lire tout ce que je voulais tout en respectant le programme imposé chaque année.

Ce qui m'a marquée, à partir de la deuxième année de philosophie à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand II où j'ai fait la plus grande partie de mes études, ça a été les cours de logique et de philosophie avec un Professeur modèle de rigueur et d'humanité ; c'était un ours (dans mon esprit, le mot n'est pas péjoratif) et en même temps un homme à l'esprit très ouvert, toujours à râler (comme moi à l'époque, aujourd'hui les râleurs me font suer, j'ai l'impression qu'on perd du temps) mais aussi quelqu'un qui rappelait les limites – en l'occurrence les valeurs – quels que soient les chemins pris ou empruntés ; c'est à lui que je pense, rétrospectivement au début de mon Identitary order qui rassemble des articles que je n'ai pas pu publier en France.

Ce prof., qui enseignait aussi bien Descartes et Leibniz que Russell et Wittgenstein, préparait aux leçons d'agrégation de philosophie ; avec lui, j'avais choisi « Possible et impossible » et tout le monde m'avait dit que j'allais me faire reprendre parce que je contestai le champ établi de ces deux notions ; eh bien pas du tout du tout ! Avec quelqu'un d'autre qui me jugeait non-académique, j'avais choisi comme leçon « Humour et ironie » où je parlai déjà de Deleuze mais sans mesurer l'importance fondamentale qu'il aurait pour moi par la suite.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


En terminale, je n'avais pratiquement pas eu de cours de philosophie. C'est en lisant le Discours de la méthode qui vise les « préjugés de l'enfance » et l'autorité des nourrices que j'ai été impressionnée par la capacité de penser ou force intellectuelle pour sortir d'un état de la représentation. L'enfance deviendra progressivement un sujet de réflexion. Quand des philosophes, que j'estime sincèrement, s'opposent à Descartes, je ne comprends pas : mais bon ! Quelquefois, il y a de l'inconciliable qui devient après du conciliable.

J'ai également relu Hobbes pour un travail de thèse et j'ai eu la désagréable impression qu'on n'en avait pas vu ni mesuré toute l'importance, qu'on le « droitisait » en France ; alors, j'ai écrit sur lui un livre et des articles 1 afin de montrer qu'on se trompait à son sujet.


C'est avec la lecture complète de l'œuvre deleuzienne que mon travail a pris un tour définitivement engagé ; je suis convaincue de la puissance (innovatrice ou inventive) d'une pensée dès lors qu'on peut ouvrir un champ de réflexion, ne serait-ce que parce que penser n'a pas de frontière et que tout apprentissage est un voyage. Ce sentiment, je ne le sépare pas de l'idée que la philosophie a pour vis-à-vis ou interlocuteur la non-philosophie (sans qu'il s'agisse forcément de débattre) parce qu'on en a aussi besoin de l'art, de la science, etc., pour penser.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


Depuis quelques années, je travaille sur l'œuvre de Pier Paolo Pasolini que je considère comme un philosophe ou un penseur, pas comme un théoricien : une théorie est toujours quelque chose de figé qu'on finit toujours par jeter et remplacer par une autre ; tandis que la pensée est une activité, que penser c'est cheminer et avancer... même si je déplore qu'on soit toujours susceptible d'être arrêté par les tentations de régression et d'intolérance de la part de ceux qui tiennent à leurs idées fixes et arrêtées. Je suis venue à Pasolini par Gilles Deleuze qui le commentait. À part écrire, je traduis donc : j'aime ce travail parce que ça permet de comprendre des différences quelles qu'elles soient, que ça aide à circonscrire des problèmes, à s'enrichir, etc.



Merci Cécile, pour ce témoignage !

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1 Sur ce sujet, il y a un entretien avec Ph. Zibung, Radio Suisse Romande (« Les temps qui courent », 11 mars 2009 : "Des Amazones pacifiques, ou Hobbes du côté des mères"), un texte intitulé « Un implicite hobbesien : la guerre des sexes. Redéfinir la guerre selon Thomas Hobbes »,(http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00545743/fr/.) et un article paru dans une revue : « The Wolf Motif in the Hobbesian Text », Hobbes Studies 23 [Helsinki], (2010), Number 2, Brill, pp. 124-138.