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Charles Cocault

Rennes

Nous découvrons ici le parcours de Charles Cocault, professeur de philosophie au lycée La fontaine des eaux à Dinan...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


D’un naturel curieux, j’ai été par volonté, mais aussi parfois malgré moi conduit à découvrir des univers variés. Je viens d’un collège et d’un lycée rural (centre Bretagne). J’ai découvert l’économie (hétérodoxe) à Lille où les professeurs d’université et de classe prépa m’ont donné le gout du travail (CPGE D2). Ensuite, la bifurcation, malgré les craintes de mon entourage et de mes professeurs, vers et pour la philosophie, a un peu tout changé. J’ai atterri à Nantes, au lycée privé de Blanche de Castille où j’ai véritablement découvert et aimé la philosophie. J’ai poursuivi à l’Ecole Normale Supérieure en philosophie contemporaine où j’y travaillais sur le non-humain en général. Tout au long de mes études, je me suis efforcé de tisser des liens avec le monde non-académique. Par exemple, avec un cabinet d’avocat qui travaillait sur le droit des robots ou IME qui tentait d’introduire les robots. La diversité et la qualité des enseignements et des rencontres ont été structurants. Finalement, j’ai terminé les études par une école d’ingénieur en écologie industrielle.

J’ai décidé de prendre quatre ou cinq ans afin de découvrir d’autres univers, j’ai mis de côté mon projet de thèse. J’ai ainsi réalisé un service civique à l’association Etudes et Chantiers, avec des personnes en insertion et où la mission était l’accueil de volontaires européens. Un stage au Collège des transitions à Nantes m’a permis d’étudier les dynamiques collectives sur des zones d’activités économique. Par conséquent, je pouvais côtoyer le monde des collectivités et des entreprises, milieu très représenté dans ma famille. Actuellement, j’enseigne la philosophie au lycée de la Fontaine des eaux à Dinan.

En parallèle, je continue de travailler sur le non-humain (les robots, le transhumanisme, la philosophie de la nature, écologie et théories de l’effondrement).


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Le premier souvenir date du lycée, où de nouvelles façons de poser les questions voyaient enfin le jour. Je remercie d’ailleurs le professeur du lycée René Cassin pour avoir insuffler ce gout pour la réflexion à des classes bien souvent dissipées.

Soucieux de changer les choses, l’économie me paraissait plus efficace, le raisonnement étant simple : supprimer la pauvreté, donner à manger à tout le monde et la possibilité de partir en vacances, alors vous n’aurez plus d’intolérance, de racisme, de guerre… Un brin naïf quoique le commerce n’est-il pas censé adoucir les mœurs ? Ma véritable passion pour la philosophie a commencé en hypokhâgne avec Monsieur Vernier, professeur exemplaire, humain et brillant. Il a su donner corps à des questionnements trop longtemps mis de côté : existence de Dieu, vérité, causalité, finalité de l’être humain. L’exigence dont il faisait preuve s’expliquait par l’exigence qu’il avait envers lui-même. Son implication totale auprès des élèves ainsi que celle de ces collègues ont fait que cette période dans cette « petite prépa » a été d’une richesse incroyable. Un grand merci à ces professeurs.

L’ENS fut différente, une proximité moins grande, quoi que Paul Clavier et Yann Schmitt ont su nous faire adhérer à la philosophie analytique puis l’aimer et la pratiquer. Sophie Roux fut également un soutien et une philosophe des sciences remarquable. Ce que je retiens de ces 4 années est la richesse des points de vue : des cours de neurosciences se poursuivait par de la logique, des sciences de la décision et se juxtaposait à des cours sur les machines insurrectionnelles ou sur les lecteurs anglo-saxons de Kant, la Révolution scientifique.

En une phrase, mes études ont été une période d’éclosion, de structuration et de rencontres profondes et durables.


Quel est le livre de philosophie qui a vous a particulièrement passionné ? L’auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Je dis souvent spontanément l’Ethique à Nicomaque d’Aristote, difficile d’y voir de la passion, et pourtant, il cherche n’y plus n’y moins que le sens ultime de la vie humaine : le bonheur. Sa façon d’argumenter, de repartir des opinions courantes l’ancre dans le réel. Son souci de clarté explique pourquoi la philosophie analytique a pu autant me passionner. Ce livre m’a passionné car il argumentait en faveur d’un type de vie, d’une vie bonne. Je le relis différemment aujourd’hui, j’ai été initié à ce texte par un thomiste, je l’ai repris deux ans plus tard grâce à Francis Wolff. Plus récemment, l’ouvrage Ethique de la considération de Corinne Pelluchon lui a donné une autre valeur, éclairage.

Le coup de foudre, compliqué, sans doute Albert Camus car c’est l’auteur que j’ai lu le plus jeune (ma mère adorait Camus et Sartre) et c’est un homme d’une grande qualité morale. Ses textes littéraires sont sublimes.


Avez-vous déjà essayé d’écrire ? Pourriez-vous parler de vos créations ?


J’ai fait quelques tentatives, dans une revue de l’ENS, Interphases. J’ai pu participé à des séminaires, mais l’écriture nécessite une aisance, une disposition d’esprit, je dirais une sérénité (dans la société et vis-à-vis de soi-même). L’écrit engage.

Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Concernant mes projets, ils sont relativement hétérogènes et sur des temporalités différentes.

Je vais continuer l’enseignement pendant au moins un an, la transmission modifie profondément le rapport aux textes classiques et à la philosophie en général.

J’ai un projet de festival avec des amis qui est en cours autour de l’habitat collectif et sa dimension écologique. J’ai également réalisé un business plan (qui a l’aval des banques…) pour monter une librairie spécialisée sur l’écologie...je laisse le temps décider de sa réalisation ou non.

Je continue de lire et d’écrire (sans publier) sur les questions relatives aux non-humains. Je travaille sur les enjeux liés à la complexité et aux seuils de contre-productivité pour appréhender les propositions de la décroissance. Grâce à des penseurs comme Ivan Illich, Joseph Tainter ou Alain Gras, je tente d’analyse des sujets d’actualité comme les théories de l’effondrement. Se pose la question des actions à entreprendre (transition, résistance, désobéissance civile, communauté résiliente, grands projets européens) et de la place que l’on souhaite y prendre. C’est tout l’intérêt de ces recherches, elles naviguent de réflexions métaphysiques et spirituelles, avec Dominique Bourg, à des réflexions pragmatiques, avec le Collège des transitions sociétales, en passant par de la philosophie du travail, avec André Gorz ou de science politique, avec le catastrophisme étudié par Luc Semal.



Merci Charles, pour ce témoignage !

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