photo d'Etienne Granier-Deferre

Etienne Granier-Deferre

Paris

Nous découvrons ici le parcours d'Etienne Granier-Deferre, professeur de philosophie enseignant dans un lycée parisien.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je suis actuellement professeur de philosophie au Lycée Charles de Foucauld dans le 18ème arrondissement de Paris. J’enseigne à mes protégés de 1ère et Terminales les joies et peurs de la discipline philosophique et je prépare mon doctorat, j’écris un projet doctoral que j’aimerais présenter à la Sorbonne-Université.

Mon parcours est assez irrégulier. Je n’étais pas très scolaire ainsi le choix de mon cursus est pour le moins incongru.

Après avoir eu mon BAC en 2010, j’ai choisi la voie de la philosophie car c’était la seule matière scolaire qui pouvait répondre aux questionnements qui naissaient en moi sur la société, les hommes, la connaissance.

A cela s’ajoute la rencontre avec mon beau-père, Richard Descoings, qui me fit découvrir le milieu de la recherche et fut mon premier mentor. Je lui dois mon parcours, mes connaissances et mon amour pour la philosophie.

Ce n’est qu’en deuxième année de licence de philosophie, à la Sorbonne-Paris IV, que j’ai décidé de construire une carrière dans la philosophie quand j’ai découvert le domaine de l’éthique de la guerre sans oublier ma rencontre avec Marie-Kerguelen Le Blevennec qui est mon binôme avec qui je travaille depuis plus de sept ans.

Parallèlement à mes études, j’ai été surveillant dans mon ancien lycée, c’est à ce moment que j’ai découvert l’envers du décor du système scolaire en passant du côté de l’équipe pédagogique. C’est aussi à ce moment que j’ai commencé à avoir l’idée d’enseigner. Mais ce n’est qu’après avoir eu ma première « vraie » classe, à Notre-Dame des Oiseaux que j’ai compris que l’enseignement était aussi ma vocation.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Je garde un souvenir assez précis de mes études. Bien qu’un peu en dessous de la moyenne, je m’en sortais généralement sans mal. Ce n’est que dans le passage du secondaire au supérieur que j’ai compris l’importance et mon véritable appétit pour la connaissance philosophique. C’est notamment avec la rencontre de mon professeur de philosophie en terminale, M. Aget, que se sont ouvertes les portes de la philosophie. Je me rappelle encore son excitation et sa passion quand il nous parlait des auteurs ou d’œuvre comme le Discours sur les origines et les fondements des inégalités parmi les hommes de Rousseau dans son ensemble jean/veste en jean et grosses Timberland. Quand je le voyais, si passionné, je me suis vu à sa place.

Et je dois citer une dernière personne ici, mon ancien directeur de recherche, Jean-Cassien Billier, à la Sorbonne qui a réussi à satisfaire mon appétit dans ses cours d’Introduction à l’éthique et d’Ethique de la guerre. Ce fut une seconde révélation : mon parcours se fera en philosophie et plus précisément en éthique.

Je garde un souvenir très heureux de mes études en général, mon lycée car ce fut la rencontre avec mes amis d’aujourd’hui, un groupe soudé depuis plus de 15 ans, et mes années universitaires car c’est à ce moment que la philosophie et l’enseignement se sont révélés à moi.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Tous les livres m’ont passionné, certains moins que d’autres mais il y en deux que je retiendrai à jamais : Du contrat social de Rousseau et le Léviathan de Thomas Hobbes.

Je suis tombé amoureux des thèses contractualistes car elles sont à la fois actuelles, empiriques mais aussi très théoriques. La découverte des concepts de « contrat social » ou « d’état de nature » ont éclairés, vers mes 18 ans, mes premières remises en question, mes premiers doutes sur l’aspect social de l’homme et sur son essence, sa nature.

Malgré cela, je ne peux nier mon penchant pour Platon et ses discours. Les discours platoniciens se lisent avec une très grande facilité et regorgent de connaissances et de questions. La maïeutique rend le contenu plus fluide et compréhensible, ce fut une vraie révélation. Mais ce qui m’a le plus marqué dans ses discours concerne notre capacité à acquérir des connaissances. Selon lui, nous avons tous cette capacité. Cet aspect égalitariste de la pensée de Platon me semble porteur d’espoir : la connaissance ne connait ni bornes, ni limites, ni élites. Chacun de nous est capable de s’élever par la connaissance. C’est ce qui est montré dans le Ménon notamment par le dialogue entre Socrate et un esclave.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


J’ai eu un rêve de bohème pendant mon adolescence. Donc j’ai des centaines de feuilles volantes contenant mes poèmes et je projette de les rassembler et les organiser dans un recueil qui pourrait éventuellement voir le jour.

J’écris, aujourd’hui, quelques essais. Certains sont accessibles sur ma page Académia mais le reste n’est pas publié car ils me servent à postuler à des colloques ou des séminaires. Donc je dois sans cesse les réécrire et améliorer mes idées.

L’une de mes fiertés vient de mon mémoire de fin d’étude. J’y ai consacré beaucoup de temps et il est le point de départ de mes recherches actuelles. J’ai entrepris une critique du concept d’urgence suprême, conceptualisé par Michael Walzer, dans la théorie de la guerre juste. J’émets l’idée que le concept d’urgence suprême permet de légitimer des conduites immorales dans la guerre et donc peut légitimer les stratégies terroristes.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Comme je l’ai indiqué, je travaille sur un projet doctoral dans lequel j’interroge la légitimité de la violence étatique notamment dans la guerre. Il n’est cependant encore qu’à l’état de projet donc en parler serait bien trop prématuré. Mais l’idée est de tenter de mettre en lumière le gouffre qui existe entre la théorie qui édicte les règles à suivre en temps de guerre et la réalité de terrain, et ce à travers l’étude de la guerre contre le terrorisme contemporain.



Merci Etienne, pour ce témoignage !

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