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François Kammerer

Bruxelles

Nous découvrons ici le parcours de François Kammerer, docteur en philosophie et professeur agrégé...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous actuellement ?


Je suis actuellement chargé de recherches FNRS à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Cela veut dire que je suis payé essentiellement pour faire de la recherche en philosophie : pour parler à des conférences, écrire des livres et des articles de recherche, organiser des séminaires, etc. En plus de cela, j’enseigne dans la même université. Ce sont des conditions de travail idéales, mais malheureusement précaires, car ce genre de contrat « postdoctoral » ne dure que quelques années.

Ma recherche se situe dans le domaine de la philosophie de l’esprit d’inspiration analytique. La philosophie de l’esprit, comme son nom l’indique, s’intéresse à des objets comme la conscience, les croyances, la connaissance, le libre-arbitre, la rationalité, etc. La conscience, et ses rapports avec le monde matériel (dont fait partie notamment le cerveau) est mon objet de prédilection. Mon style de philosophie se rattache, comme je l’ai dit, au courant de la philosophie analytique. Les philosophes analytiques, en règle générale, prêtent une attention particulière à la clarté et à la précision de leur argumentation.

Toujours en règle générale (car il y a des exceptions), ils tendent à avoir un regard favorable sur les savoirs scientifiques, et ils estiment que le philosophe doit se soucier un minimum de ce que disent les scientifiques sur les objets dont il parle avant de construire ses théories. Enfin, les philosophes analytiques pensent, pour leur plupart, qu’il faut se garder de limiter la philosophie à l’histoire de la philosophie : savoir ce qu’ont dit Platon ou Descartes sur l’esprit humain ou sur la nature de la réalité, c’est très intéressant, mais ce qui est encore plus intéressant, et peut-être plus proprement philosophique d’ailleurs, c’est d’essayer de savoir (comme le faisaient Platon ou Descartes à leur époque) ce qu’est vraiment l’esprit humain, ce qu’est vraiment la réalité, etc.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Un souvenir inégal, bien entendu, mais j’ai été marqué par de nombreux professeurs excellents. Celle que je me rappelle avec le plus d’émotion est sans doute Mme Dessenne, ma toute première professeure de philosophie, dont les cours m’ont émerveillé lorsque j’étais en classe terminale. Mais j’ai eu beaucoup de très bons enseignants par la suite dans tous les endroits où j’ai étudié, que ce soit en classes préparatoires, à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, ou à la Sorbonne, où j’ai fait mon doctorat sous la direction de Daniel Andler.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Je me rappelle avoir eu une passion pour La généalogie de la morale de Nietzsche, lu par hasard en vacances à l’âge de 17 ans. Un ami qui devait le lire en prévision de sa rentrée dans l’enseignement supérieur le laissait traîner sur la table ; j’ai commencé à le lire par curiosité. Dès les premières lignes, j’étais happé – à la fois exaspéré et fasciné. Mon ami n’y a guère touché mais je l’ai dévoré en deux jours. Dans l’année qui a suivi j’ai lu à peu près tout Nietzsche, et j’en ai tout aimé (sauf le ‘Zarathoustra’ que j’ai trouvé prétentieux et un peu kitsch).

Les auteurs classiques que j’ai particulièrement aimés ont ensuite été Foucault, Spinoza, et plus tard, Wittgenstein. Dans mon travail actuel, je lis et discute essentiellement des philosophes contemporains encore vivants. Parmi ceux que j’apprécie le plus et qui sont les plus importants pour mon travail, je peux mentionner, entre autres, David Chalmers, Daniel Dennett, Keith Frankish ou encore Eric Schwitzgebel.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


La plupart de mes travaux de recherche consiste en articles, souvent écrits en anglais, qui paraissent dans des revues philosophiques spécialisées. On peut en trouver des versions (non entièrement définitives) sur mon site internet (www.francoiskammerer.com, rubrique ‘publications’). Pour consulter les versions définitives de ces articles, il faut être abonné aux revues en question ou les consulter dans des bibliothèques universitaires.

En septembre 2019, j’ai publié un livre en français, intitulé Conscience et matière. Une solution matérialiste au problème de l’expérience consciente, aux éditions Matériologiques. J’y défends une conception radicalement matérialiste de l’esprit humain, qui permet d’après moi de résoudre, quoique d’une manière contre-intuitive, l’épineux problème métaphysique de la conscience (« comment, par quel miracle se fait-il que notre activité cérébrale donne lieu à quelque chose d’aussi mystérieux qu’une expérience consciente subjective comme une expérience de douleur, de plaisir ou de goût de la fraise ? ») sur lequel les philosophes butent depuis déjà un certain temps. Ma conception consiste à dire qu’en un certain sens de conscience, la conscience n’existe tout simplement pas, mais qu’elle semble simplement exister. La conscience ne serait qu’une illusion, mais une illusion particulièrement retorse dont, pour des raisons que j’explique et qui sont liées à la nature de l’introspection, nous ne pouvons jamais entièrement comprendre et accepter le caractère illusoire. Le livre peut être commandé sur le site de l’éditeur.

Par ailleurs, j’ai été interviewé par Thibaut Giraud (alias Monsieur Phi), de l’excellente chaîne Youtube ‘Grain de philo’. Dans cette interview d’environ une heure, j’expose certaines de mes idées dans un style informel. L’interview peut être regardée ici.

En ce qui concerne le futur, j’ai toutes sortes d’autres projets de recherche, mais aucun n’est assez avancé pour que je puisse le décrire de manière intéressante !



Merci François, pour ce témoignage !

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