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Giada Pistilli

Paris

Nous découvrons ici le parcours de Giada Pistilli, étudiante en master de philosophie à la Sorbonne.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


D’origine italienne, j’ai pourtant un profil un peu international ; j’ai déménagé à Paris en août 2017 pour continuer mes études supérieures, après avoir vécu à Rennes, Bruxelles et Barcelone. Je suis actuellement en master recherche en philosophie politique et éthique à l’université Paris Sorbonne et j’écris mon mémoire sous la direction de Serge Audier. 


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Mon plus beau souvenir remonte aux trois dernières années de lycée, lorsque je débutais mes études en philosophie. La passion que ma professeure émanait en cours m’a fait tomber amoureuse de la matière : elle avait cette capacité d'intriguer ses élèves, au point que d'innombrables conversations commencées en cours se poursuivaient pendant l'après-midi entre nous. Un de ses grands mérites était également de nous défier tout le temps; les oraux étaient souvent du type « maintenant que tu as énoncé la théogonie chez Feuerbach, remets-la en question ». C’est aussi grâce à elle que j’ai pu développer un fort sens critique – chose qui malheureusement manque un peu dans l’enseignement français, j’ai l’impression. 


Cependant, je n’ai pas une licence en philosophie, car la pression sociale m’a toujours poussée (à tort) vers quelque chose de plus « pratique » - alors qu’il n’y a rien de plus pratique que la philosophie ! Malgré cela, je ne regrette pas mes études en sciences politiques des relations internationales, puisqu’elles m’ont aidée à développer une vision d’ensemble des choses et m’ont aussi permis de voyager. 


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


L’auteur qui m’a le plus bouleversée a été Jean-Paul Sartre. Je me souviens d’avoir lu La nausée pendant mon voyage en Côte d’Ivoire, où j’étais partie en mission humanitaire ; j’avais 18 ans et j’avais la présomption d’avoir compris le monde… mais c’est exactement à ce moment-là que l’existentialisme m’a donné les clés de lecture d’une réalité que je n’arrivais pas à décrire avec mes propres mots. C’est notamment grâce à Sartre que je me suis également rapprochée du monde francophone. 


C’est pourtant pendant mes études en terminale que j’ai commencé à m’engager sérieusement en politique, fascinée par les visions de Karl Marx et l’École de Francfort. Je me souviens avoir beaucoup écrit à l’époque sur Erich Fromm et ses théories du socialisme humaniste. 

En même temps, j’étais aussi inquiétée par les conditions de misère que je constatais autour de moi. Les inégalités économiques et sociales m'ont toujours suscité beaucoup de colère, peut-être parce que dans la vie j'ai toujours dû travailler deux fois plus dur afin d’atteindre les mêmes résultats de ceux qui venaient des classes plus aisées, ma famille n'ayant jamais pu me garantir autre chose que leur soutien moral. 

C’est en effet la politique le fil d’Ariane qui donne du sens à mes projets et qui anime mon quotidien. 


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Pour ce qui concerne les recherches pour mon mémoire, je me trouve à mi-chemin entre l’éthique appliquée à la technologie et la philosophie politique ; j’essaie de construire un pont philosophique qui puisse relier les deux filières, notamment dans l’étude de l’intelligence artificielle et son rapport avec l’action politique. Dans le détail, je fais une étude de cas du chatbot appliquée à la démocratie, puisque j’envisage de l’utiliser en tant qu’outil au service de la communauté. Le chatbot, en tant qu’agent conversationnel, pourrait servir comme instrument facilitateur de communication entre une communauté et une autre, entre l’administration publique et les citoyens, et entre tout ce que l’on a envie d’imaginer. Avec sa capacité d’évoluer au fur et à mesure des discours qu’elle entraîne, l’intelligence artificielle arriverait ainsi à évoluer avec ses usagers et, surtout, elle serait capable d’emmagasiner une grande quantité de données.

Je sais bien qu'à première vue cela peut paraître fou et même dangereux... et vous avez peut-être raison de le penser. Bien que moi aussi, je me suis initialement posée les mêmes questions, suite à de nombreuses lectures et réflexions profondes, je suis parvenue à une conclusion assez claire : puisque la technologie n’entraîne pas avec elle des valeurs propres, mais au contraire elle est le miroir de l’utilisation qu’on en fait, je refuse de laisser au profit un instrument si puissant. L’intelligence artificielle a une énorme potentialité pour l’humanité et la collectivité, si elle est bien orientée. Je pense donc que le rôle de la philosophie et de l’éthique est celui d’orienter et de guider les sciences technologiques pour un usage bienveillant, d’où l’intérêt de mes recherches et du développement d’une vraie éthique appliquée à la technologie. 


Pour ce faire, je souhaite continuer mes études avec un projet de thèse, en poussant plus loin mes recherches et en essayant d’envisager un chatbot politique dans un horizon de démocratie délibérative et participative.



Merci Giada, pour ce témoignage !

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