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Mada Sabeh

Paris

Nous découvrons ici le parcours de Mada Sabeh, enseignante à l'université Paris Descartes, chercheuse en philosophie politique, travaillant sur le Proche-Orient.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


J’ai actuellement 33 ans, l’âge de toutes les aventures !

Je pars d’une licence en philosophie, et mon questionnement perpétuel sur les comportements humains fait que j’ai poursuivi en Master de psychanalyse puis de sociologie. Après ces études riches et diverses, c’est tout naturellement en philosophie politique que mon parcours universitaire s’est achevé.

Aujourd’hui chercheure associée à PHILéPOL (Centre de Philosophie, d’Epistémologie et de Politique), je suis également Chargée de cours à Paris Descartes et Records Manager dans une entreprise privée. Depuis trois ans, j’enseigne « Démocratie et Mondialisation », un cours qui se veut débattre et défendre l’idée qu’il puisse exister un pluralisme démocratique dans un contexte universel toujours en mouvement.

Toujours intéressée par l’actualité internationale, je me suis d’abord engagée dans des expériences professionnelles dans le milieu de la presse, puis me suis impliquée de plus en plus sur le terrain, à travers des études concrètes au sein d’ONG. J’interviens également en tant que consultante dans le cadre d’entretiens avec les médias (France24, INA, 20minutes,…) ou encore au travers de conférences publiques ou universitaires, en France et à Beyrouth. Je m’investis en parallèle doucement dans la politique publique ainsi que dans différents réseaux de recherche.

En effet, nous sommes actuellement dans une société en éclatement, où des peurs infondées nous renferment les uns sur les autres. Il nous faut agir en profondeur contre ces peurs car je crois en l’appartenance de tous à la même communauté humaine et humaniste avant toute autre identité.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


J’en garde un souvenir très vif et très heureux. Tout au long de ma scolarité, de nombreux professeurs m’ont poussé à penser plus loin et à écrire librement. Je leur en suis profondément reconnaissante. L’enseignant qui m’a fait aimer la philosophie est nul doute mon professeur de terminale, M. Labrande. Le cours qui m’a le plus marqué, c’est le jour où il entre en classe, sans rien dire, se dirige vers la fenêtre, l’ouvre et se positionne vers l’extérieur. La classe en était restée figée. Il énonce alors : « Je suis libre, c’est-à-dire que je peux sauter si je le veux ».

Cette vérité est profonde. Car l’homme est le seul animal à pouvoir aller à l’encontre de son instinct de survie ; sa volonté le surpasse. En soi seulement c’est éblouissant. L’homme peut faire tellement de choses incroyables en n’ayant peur de rien. Il l’a déjà fait. Des choses magnifiques et des choses atroces. Cette spécificité humaine est mon moteur, bien qu’elle m’anéantisse parfois quand je vois comment l’homme l’utilise à mauvais escient.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Cette question est plus que difficile, mon amour des livres étant illimité, et ce depuis ma plus lointaine enfance. Petite, je me cachais sous la couette pour lire avec une lampe de poche lorsque le couvre-feu familial était dépassé !

Je peux cependant indiquer quelques auteurs :

- Platon (et derrière lui Socrate) dans son idéal de connaissance de soi et la mise en avant de l’Amour dans toutes ses formes comme force,

- Descartes avec son doute existentiel plus qu’utile au quotidien pour se remettre en question et remettre en question sa place et son pouvoir dans l’univers, et Spinoza et son déterminisme « naturel » pour ces mêmes raisons, qui replacent l’homme à sa place comme n’importe quel être vivant et non au centre du monde.

- Rousseau et son idéalisme de la volonté générale pour une meilleure démocratie (toujours en devenir).

- Et enfin le plus important Sartre, qui est pour moi fondamental : l’homme est libre, il est responsable de qui il est, de qui il se fait et de comment il agit. Nous nous créons nous-même (nous sommes notre propre essence) et cette liberté peut résonner comme autant de condamnations que de créations, de fiertés, de prouesses. « L’existentialisme est un humanisme » ; j’aimerais me penser comme existentialiste.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


J’ai eu l’occasion d’écrire plusieurs articles sur l’appartenance communautaire ainsi que des articles sur les actualités politiques qui me laissent dans le concret, dans la vie réelle. Mais j’ai pour rêve d’écrire une œuvre qui apporterait une nouveauté dans ce monde. Je pense que c’est l’ambition de tout philosophe. Plus qu’un concept, mes idées pourraient peut-être faire bouger les choses. C’est clairement un idéal. Mais être philosophe n’est-ce pas aussi être idéaliste ?


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Mes différents travaux de Master se sont portés sur les relations humaines (souvent passionnelles et destructrices), sur la nature même de l’Homme (bonne ou mauvaise) sous les différents angles de la religion, de la philosophie, de la psychanalyse, du droit, puis de la politique. Cela m’a menée à m’interroger sur le sens même de la démocratie contemporaine.

Après une ébauche sociologique sur les migrations des chrétiens d’Orient, je décide de consacrer une thèse en philosophie politique soutenue fin 2014 à la Sorbonne, intitulée Démocratie et religions au Proche-Orient : Les cas du Liban, d’Israël, des Territoires Palestiniens, et de la Turquie, laquelle avait pour ambition principale de questionner les démocraties de cette région, la relation entre le politique et le religieux dans les pays étudiés ainsi que leurs rapports aux droits de l’Homme.

Ces pays sont d’une unicité frappante, et chacun possède sa propre singularité ; Le Liban pays multiconfessionnel à la démocratie “consensuelle”, Israël, un Etat qui se veut juif et démocratique à la fois, la Palestine, un Etat sans Etat, reconnu mais inexistant, et enfin la Turquie, qui s’affirme comme laïque mais dont la laïcité semble incompréhensible. C’est cette complexité que j’ai cherché à comprendre et démêler en posant les bases d’un pluralisme démocratique qui accepterait leurs appartenances communautaires comme force identitaire au sein du politique.

Par ailleurs, si aujourd’hui les démocraties de la région moyen-orientale semblent fragilisées, touchées par une expansion extrémiste, l’Occident voit également surgir des forces identitaires, l’éveil d’un sentiment d’appartenance plus que jamais appuyé. C’est sur ce sentiment que je porte actuellement mes travaux, pour tenter de comprendre cette violence inhérente aux hommes qui les fait devenir Autre.



Merci Mada, pour ce témoignage !

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