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Michel Sasseville

Québec

Nous découvrons ici le parcours de Michel Sasseville, enseignant chercheur à l'Université de Laval...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ?


Docteur en philosophie, je suis professeur titulaire à la Faculté de philosophie de l’Université Laval.  Responsable des programmes de formation en philosophie pour les enfants dans cette université, j’ai aussi présidé, entre 1997-1999, le Conseil international de recherche philosophique avec les enfants (ICPIC).  Professeur invité dans plusieurs universités, j’ai parcouru le monde avec les fondateurs de la philosophie pour enfants (Matthew Lipman et Ann Margareth Sharp) pendant plus de 15 ans. Je suis profondément passionné par cette thématique.  J’y ai consacré l’essentiel de mes travaux en tant que professeur et chercheur.  Cela fait maintenant plus de 35 ans.  


Que faites vous actuellement ?


Je suis actuellement en année d’étude et de recherche (sabbatique).  N’ayant pas à dispenser mes cours, j’ai enfin le temps de filmer des adolescent.e.s, dans plusieurs classes du Québec, qui font de la philosophie afin de venir nourrir mon cours en ligne L’observation en philosophie pour enfants (suivi par plusieurs personnes provenant de l’Europe notamment) de séquences présentant des adolescents qui pratiquent la philosophie.  Pour le moment il ne contient que des séquences d’enfants du primaire (12 heures réparties en 140 séquences).

Puis il s’agira d’analyser, comme cela fut le cas pour les enfants du primaire, chacune de ces séquences, sous l’angle des conduites cognitives, sociales et affectives qui sont présentes dans une communauté de recherche philosophique (contexte pédagogique permettant de faire de la philosophie avec les jeunes et les moins jeunes). À terme, le cours contiendra une vingtaine d’heures de séquences d’enfants et d’adolescents engagés dans l’acte de philosopher en communauté de recherche.

Si on veut comprendre ce qu’est la philosophie pour enfants, un bon point de départ est l’observation de cette activité. Mais on n’a pas toujours la possibilité d’être en classe avec eux. Ce cours offre, en quelque sorte, un stage virtuel permettant d’observer finement les multiples actes qui sont en jeu au moment de pratiquer la philosophie selon l’approche de Lipman et Sharp.  Je supervise également mes étudiant.e.s aux cycles supérieurs dans leurs recherche portant sur la philosophie pour enfants.


Enfin, j’administre le site de philosophie pour enfants de l’université Laval, lequel contient actuellement plus de 270 billets portant sur cette thématique, de même que la page Facebook à laquelle il est associé. Cela demande de nombreuses heures par semaine, car les messages sont multiples, mais ce sont des outils magnifiques pour faire connaitre celle-ci.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ? 


Je conserve un très bon souvenir de mes études.  Elles furent un moment dans ma vie qui m’aura permis de découvrir la philosophie, en tant qu’outil pour la formation de la pensée.  Certains de mes professeurs, je pense notamment ici à John Gallup, m’ont grandement aidé à voir dans cette discipline un outil fort utile pour qui cherche à faire de l’éducation un espace pour apprendre à penser par et pour soi-même, avec les autres.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ?


Il y en a plusieurs.  Mais s’il faut choisir, je dirais Thinking in Education, 2e édition (2003) de Matthew Lipman (traduit en français par Nicole Decostre : À l’école de la pensée).  Ce livre m’aura permis de voir jusqu’à quel point la pensée critique, créative et attentive sont indissociables lorsqu’il s’agit de pratiquer la philosophie en vue de la formation d’un jugement raisonnable.  Il m’aura permis également de saisir encore mieux pourquoi une profonde révolution, copernicienne diraient certains, est nécessaire dans le monde de l’éducation afin de libérer les enfants du joug des adultes qui estiment qu’ils ne sont pas capables de ceci ou de cela.  S’appuyant notamment sur les travaux de Vygotsky, ce livre montre comment et pourquoi les enfants sont des êtres capables d’une réflexion abstraite très très tôt dans leur vie et que la philosophie, adéquatement redessinée dans sa présentation (sous forme narrative notamment), peut devenir, lorsque pratiquée avec le souci d’entrer dans l’univers de l’autre, un instrument de lucidité extraordinaire. 


L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ? 


John Dewey.  J’ai découvert ce philosophe à la fin de mes études au baccalauréat en philosophie. Et c’est alors que j’ai compris que la philosophie pouvait être autre chose qu’une doctrine, qu’elle pouvait être surtout une méthode pour penser dans toutes les sphères de l’expérience humaine. Il m’a également montré, par ses divers écrits, comment l’histoire de la philosophie est, à bien des égards, l’histoire d’hommes et de femmes qui, s’enfermant dans leur vision du monde, ont eu trop souvent la prétention de croire que ce qu’ils ou elles avançaient était la vérité, sans aucun doute.  Quel dommage quand on songe que la philosophie pourrait être vue comme une enquête sans fin, dont le but est la reconstruction perpétuelle de l’expérience humaine. Une quête s’appuyant non plus sur le dogmatisme d’un seul point de vue, mais sur le faillibilisme qui gouverne l’intersubjectivité.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ? 


J’ai une douzaine de livres à mon actif, allant d’histoires philosophiques pour les enfants et adolescents, à des livres plus théoriques portant sur les présupposés de cette approche en éducation et en philosophie. La plupart sont publiés dans la collection que je dirige, Dialoguer, aux Presses de l’Université Laval.  Celui qui m’a demandé le plus d’efforts à réaliser est Êve, une histoire philosophique pour adolescents portant sur l’amour et la sexualité.  Utilisé dans de nombreuses classes au Québec, ce livre permet une éducation à la sexualité qui fait appel aux différentes sous-disciplines de la philosophie (métaphysique, esthétique, logique, éthique…).  J’y ai passé 12 ans de ma vie.



Merci Michel, pour ce témoignage !

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