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Patrick Chastenet

Bordeaux

Nous découvrons ici le parcours de Patrick Chastenet, professeur de science politique, et auteur...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je suis professeur de science politique et responsable de la Mention science politique à l’université de Bordeaux. J’anime un master pratiquant l’analyse comparée des pensées et des régimes politiques. Mes recherches portent principalement sur la démocratie, la propagande, les idées politiques et en particulier le personnalisme, l’écologie politique et l’œuvre de Jacques Ellul et Bernard Charboneau.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Un professeur de français m’a fortement marqué en seconde et le prof de philo de ma terminale A nous a parlé de Bergson toute l’année. Mais c’est Sartre qui occupait nos esprits. A mon initiative, du reste, notre classe de 42 élèves avait fait imprimer un T-shirt avec la caricature de notre vieux prof encadrée par cette citation sartrienne : « Le regard d’autrui me fige».


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


La philosophie des philosophes ne m’a jamais transporté et j’ai réservé mes coups de foudre à des personnes bien vivantes. Mais Sartre a beaucoup compté. La Nausée, Les mots, Le diable et le bon dieu, Les mains sales et, bien sûr, Les Chemins de la liberté ont laissé chez moi un souvenir indélébile, en dépit de ma formation ultérieure de sociologue. Ma passion pour Sartre n’était pas exclusive de l’affection que je portais au soi-disant « philosophe pour classes terminales ». Comment ne pas aimer Camus lorsqu’on a soif de liberté ?

Mais par-dessus tout, deux livres m’ont marqué, à vie, lorsque j’avais 16 ans : La 25eme heure de C.V. Gheorghiu (1949) et Alexis Zorba (1946) de Nicos Kazantzaki. Le premier traduit tout le drame d’une époque puisque le héros est d’abord arrêté, torturé, enfermé en tant que présumé juif, puis récupéré par les allemands en tant que prototype de la race aryenne et enrôlé dans la SS avant d’être enfermé à nouveau par les américains, bref, pris en permanence pour un autre, il passe dix ans de sa vie dans des camps. Ce livre, venant s’ajouter à quelques drames personnels, m’a convaincu du caractère tragicomique de l’existence. Alexis Zorba est aussi un magnifique hymne à la liberté, le livre étant infiniment plus subtil que le film. Le Zéro et l’infini d’Arthur Koestler m’a également beaucoup touché car, au fond, il s’agit toujours et encore de la liberté, et de ce qui la menace.

Pas étonnant que quelques années plus tard, après la découverte des penseurs anarchistes et la lecture de Marx, je finisse par m’intéresser à l’œuvre d’un auteur dont j’ignorais jusqu’à l’existence avant d’arriver à Bordeaux en 1973 : Jacques Ellul. Je n’ai pas cessé depuis cette date de le lire et de le relire car je suis toujours admiratif de sa clairvoyance. Son principal tort est d’avoir eu raison trop tôt !

Enfin, sur le tard, j’ai découvert Thoreau et Charbonneau. Le premier que tout le monde connait grâce notamment aux éditions Le Mot et le reste et au travail de Michel Granger et Brice Matthieussent, le second, encore à découvrir, auteur notamment du très bel essai Le Jardin de Babylone que je recommande. Et pour finir, sur le registre des passions de la maturité, j’ai découvert l’auteur du Discours de la servitude volontaire, en 1984. Etienne de la Boétie pose la question fondamentale, toujours d’actualité : pourquoi le grand nombre accepte-t-il d’obéir au petit nombre et ne se contente pas d’obéir mais de servir, désirant même placer la tête sous la hache du bourreau ?


Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


J’ai toujours eu besoin d’écrire. Sous forme d’un journal de bord jusqu’au jour de l’été 1973 où l’ayant oublié dans un camping au Maroc je décide de l’arrêter. A la même époque, avec des amis, j’avais fondé L’Anathème, un journal underground. C’était l’époque de la contre-culture et du premier Actuel. A partir des années 1980, avec mon frère, j’ai ensuite écrit des livres d’enquêtes et plusieurs biographies. Dans le cadre de mes activités journalistiques, j’ai interviewé environ 250 personnes issues du monde des idées (Castoriadis, Derrida, Baudrillard, BHL, Touraine, etc.), des divas de l’information comme Françoise Giroud, PPDA, Ockrent, Anne Sinclair ou Mourousi, des leaders politiques, de Michel Debré à François Mitterrand en passant par Jacques Chirac.

Il est donc inexact de me présenter comme un monomaniaque uniquement polarisé sur l’œuvre d’Ellul. Sur le plan académique, j’ai en effet édité les actes de trois colloques internationaux consacrés au penseur français de la technique : Sur Jacques Ellul (L’Esprit du temps/1994), Jacques Ellul, penseur sans frontières (L’Esprit du temps/2005), Comment peut-on encore être ellulien au 21ème siècle ? (La Table Ronde/2014), et en aout 2019 j’ai publié, en format poche, une Introduction à Jacques Ellul (La Découverte/Repères) destinée aux étudiants, aux professeurs et plus généralement à ceux qui veulent une synthèse de ses idées sur la technique, la propagande, la politique, la révolution, l’éthique et l’écologie.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Par superstition je n’entre pas dans le détail mais je travaille sur une généalogie des thèses écologistes, dans une perspective comparatiste et avec l’établissement de typologies. Il se peut aussi que j’entreprenne des recherches sur la réception de l’œuvre d’Ellul en Amérique du Nord.



Merci Patrick, pour ce témoignage !

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