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Pierre-Étienne Vandamme

Bruxelles

Nous découvrons ici le parcours de Pierre-Etienne Vandamme, chercheur postdoctoral à l'université KU Leuven...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je m’appelle Pierre-Étienne Vandamme. Je suis chercheur et enseignant en philosophie politique, en Belgique. J’ai découvert la philosophie relativement tard, après avoir commencé des études de lettres modernes, et ça a été le coup de foudre. J’ai donc réorienté mes études vers la philo et je ne me suis plus arrêté jusqu’à présent.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ? 


J’ai fait mes études à l’Université de Louvain, en Belgique. Un cours général d’introduction historique à la philosophie m’avait déjà bien plu, même si certaines périodes de l’histoire et certains courants philosophiques me parlaient moins. C’est un cours de philosophie des sciences – et son enseignant – qui m’ont vraiment séduit, en attirant mon attention sur les enjeux sociétaux de la réflexion philosophique. Je me suis ensuite orienté vers l’éthique et la philosophie politique sous l’influence d’autres professeur.e.s – notamment le philosophe belge Philippe Van Parijs.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ? 


Le livre qui m’a le plus marqué pendant mes études, c’est la Théorie de la justice de John Rawls, philosophe étatsunien du 20e siècle, théoricien de l’égalitarisme libéral. L’idée principale de cet ouvrage est que nous devons réfléchir aux principes d’organisation de la société et de répartition des richesses en nous imaginant dans la position sociale la plus défavorisée. De ce point de vue, on ne reconnaîtra comme acceptables que les inégalités qui profitent aux plus démunis.

J’ai trouvé admirable la manière dont l’auteur conciliait la tradition philosophique du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau, Kant), une méthodologie très contemporaine (inspirée de la théorie des jeux) et une ouverture à d’autres disciplines comme la science économique. Et cela dans une démarche analytique, avec des concepts bien définis, des présupposés explicites, un raisonnement logique. C’est vraiment le type de philosophie capable de sortir du carcan philosophique, de parler à des non-philosophes, ce qui me paraît essentiel et trop rare. 

 

Une autre source d’inspiration importante pour moi est Jürgen Habermas, philosophe et sociologue allemand contemporain, théoricien de la démocratie délibérative. Son style est plus ardu et ses écrits moins accessibles que ceux de Rawls, mais il a toujours entraîné mon adhésion sur le fond. 


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ? 


J’ai combiné ces deux inspirations dans mes propres recherches en menant une réflexion, dans ma thèse de doctorat, sur la relation entre démocratie et justice sociale. Le versant théorique de cette recherche concernait la justification philosophique de la démocratie. Pourquoi se fier au plus grand nombre ? Est-ce le type de régime le plus susceptible de justice ? Pourquoi ?

Le versant pratique envisageait des innovations ou réformes susceptibles de rendre nos démocraties plus justes. À ce titre, je me suis d’abord intéressé au rôle de l’éducation à la citoyenneté, en promouvant une éducation au décentrement (faculté morale de se départir de sa subjectivité pour s’ouvrir à l’autre). Je me suis d’abord intéressé au débat français sur la réintroduction de l’éducation morale et civique à l’école. Puis nous avons eu un débat assez similaire en Belgique, qui a débouché sur la création d’un nouveau cours intitulé Philosophie et citoyenneté. J’ai eu la chance de participer à l’élaboration du référentiel de compétences qui encadre ce cours.


J’ai également exploré la question de la représentation politique et examiné les promesses et limites d’un usage du tirage au sort dans la sélection des représentants. C’est une idée qui semble parfois un peu loufoque, mais qui a pourtant un passé illustre en Grèce antique et dans plusieurs républiques italiennes du Moyen-Âge. Il me semble qu’un usage intéressant, à l’heure actuelle, serait le remplacement de la deuxième chambre législative, le Sénat, par une assemblée composée de citoyens tirés au sort, afin d’amener davantage de diversité sociale dans les parlements et de promouvoir davantage de délibération en leur sein.

J’ai défendu par ailleurs la pratique du « vote justifié », qui consiste à enrichir les bulletins de vote de justifications possibles de son vote, afin de stimuler une attitude plus délibérative de la part des électeurs et de nourrir les débats publics en amont et en aval du vote. Cela pourrait notamment remédier à certains défauts du référendum, dont le message est souvent considéré comme manichéen et opaque quant aux intentions des votants.


Enfin, je me suis intéressé à la protection constitutionnelle des droits sociaux comme protection des droits fondamentaux des citoyens les plus précaires, parfois menacés par la logique majoritaire. Il me semble en effet que pour qu’une démocratie soit juste, il ne devrait pas être permis à la majorité, souvent habitée de préjugés négatifs envers les personnes sans emploi, de les priver de sécurité de revenu.


Par ailleurs, je m’intéresse beaucoup à l’enseignement de la philosophie. Avec des collègues de l’Université de Louvain, nous avons créé un site consacré à la pédagogie de l’éthique, dans un esprit assez proche de ce site-ci, bien qu’il s’adresse en priorité (mais pas exclusivement) aux enseignant.e.s du supérieur. On y trouve des fiches conceptuelles, des idées d’activités, une banque de cas éthiques, une méthode de délibération, des ressources bibliographiques et des conseils pédagogiques divers. Le tout en libre-accès et sous licence Creative Commons, ce qui signifie que tous ces outils peuvent être réutilisés et transformés (à des fins non commerciales). Si l’éthique vous intéresse, je vous invite à découvrir ce site : www.enseignerlethique.be 


Merci Pierre-Etienne, pour ce témoignage !

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