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Pierrick Bourrat

Sidney

Nous découvrons ici le parcours de Pierrick Bourrat, spécialiste en philosophie de l'évolution à Sydney...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je suis chercheur en philosophie des sciences à l’Université Macquarie à Sydney en Australie. Je suis spécialisé en philosophie de la biologie, plus particulièrement la philosophie de la biologie évolutive.

Après un bac S, j’ai fait une classe préparatoire vétérinaire (qui n’existe plus aujourd’hui). N’ayant pas réussi le concours, je me suis tourné vers une licence en biologie à l’Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand. J’ai ensuite fait un Master « Biologie et Écologie Évolutive » à l’Université de Montpellier.

Étant passionné de psychologie évolutionniste, j’ai eu la chance de faire mon stage de recherche Master à l’Institut d’Anthropologie Cognitive et Évolutive de l’Université d’Oxford sur l’évolution des croyances religieuses, un sujet auquel je ne connaissais quasiment rien, mais qui s’est révélé très stimulant intellectuellement. Ayant un gout prononcé pour les concepts, j’ai progressivement bifurqué vers des questions plus fondamentales telles que « Qu’est-ce que le hasard en biologie ? », « Qu’est-ce qu’un gène ? », « Qu’est-ce qu’un niveau de sélection », « L’analogie évolution biologique / évolution culturelle est-elle pertinente ? », et bien d’autres.

Après mon retour d’Oxford, J’ai fait un second Master en philosophie des sciences à Paris sous la direction de Philippe Huneman. Puis, n’ayant pas obtenu de bourse doctorale en France, j’ai fait mon doctorat à l’Université de Sydney, en Australie. Je n’ai cessé depuis de travailler sur le même type de questions.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Honnêtement, je ne garde pas un souvenir très positif de mes études en France. En revanche j’en garde un très positif de mon doctorat à Sydney.

Je considère le système des grandes écoles, la voie ‘royale’ en France, désastreux. Ce système ‘élitiste’ sélectionne un certain environnement familial et scolaire plutôt que les individus les plus méritants. Ayant passé mon enfance dans une famille monoparentale et plutôt modeste de la banlieue de Saint-Étienne, je n’avais qu’une vague idée du système ‘à deux voies’ français. Je ne savais pas, par exemple, ce qu’est l’École Normale Supérieure puisque personne ne me l’avait jamais expliqué, un comble quand l’une des devises de notre pays est « Égalité » : l’égalité commence par l’égalité de l’information donnée aux individus.

J’ai ensuite essuyé quelques échecs pour obtenir une bourse doctorale en France, ce qui m’a conduit à ‘l’exil’, d’abord au Royaume Uni, puis l’Australie. Les raisons de ces échecs, je l’apprendrais par la suite, n’avaient rien à voir avec la qualité de mon travail, mais étaient plutôt d’ordre politique (différents instituts luttent les uns contre les autres pour avoir des étudiants en thèse), ou encore parce que venant de la biologie je n’étais pas considéré comme un ‘vrai’ philosophe par certains philosophes professionnels. Je passe les détails, mais je trouve ces raisons déplorables et indignes des valeurs républicaines qui sont enseignées à l’école et arborées de manière pompeuse un peu partout dans les institutions académiques françaises, peut-être pour cacher une réalité bien moins louable...

En dépit de ces années d’études assez difficiles, je garde de très bons souvenirs de certains professeurs et mentors. C’est le cas de Jacques Valiergue, qui enseigne la biologie en classe préparatoire au lycée agricole Louis Pasteur – Marmilhat près de Clermont-Ferrand, Philippe Lachaume, enseignant-chercheur en biologie évolutive à l’Université de Clermont-Ferrand, Guila Ganem, chercheur en biologie évolutive à l’Université de Montpellier, et Nicolas Baumard , chercheur en Sciences Cognitives à l’Institut Jean Nicod. À Sydney, Paul Griffiths, mon directeur de thèse et aujourd’hui collaborateur, en plus de sa vivacité d’esprit et ses conseils avisés, a toujours été d’une extrême bienveillance à mon égard et m’a laissé une liberté presque totale durant ma thèse.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Lorsque j’étudiais la biologie, je me suis essayé aux grands penseurs philosophiques. Le résultat a, dans l’ensemble, été la frustration. Sans contexte, il est très difficile de comprendre la pensée d’un auteur dont le but est bien souvent de proposer une pensée nouvelle pour comprendre le monde qui nous entoure. Cela a changé lorsque je suis passé à la tradition dite « analytique » où le projet philosophique est généralement plus modeste (on ne s’intéresse qu’à une question bien circonscrite) mais on s’attache à y répondre simplement et clairement.

Je dois dire néanmoins que le livre ‘philosophique’ qui m’a le plus frappé, n’a pas été écrit par un philosophe mais par un biologiste qui s’appelle Richard Dawkins. Ce livre c’est Le Gène Egoïste dans lequel l’auteur s’attache à montrer que l’on peut concevoir les êtres vivants comme étant des « véhicules » dirigés par leurs gènes. N’étant pas un livre de science-fiction, puisque basé sur des travaux universitaires tout ce qu’il y a de plus sérieux, ce livre a réellement chamboulé mon parcours intellectuel.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J’ai plusieurs projets de recherche en cours. L’un d’entre eux a pour but de comprendre les transitions majeures en évolution, par exemple, la transition d’individus unicellulaires comme une bactérie ou une paramécie à des individus multicellulaires comme nous. Mon approche se base sur des équations mathématiques utilisées pour décrire les changements évolutifs d’une population. Dans un autre projet mon équipe, dirigée par Paul Griffiths, essaye de proposer une mise à jour de la notion ‘étiologique’ des fonctions : une structure à une fonction X si X est le produit de la sélection naturelle. Par exemple la fonction du cœur est de pomper le sang car pomper le sang est le produit de la sélection naturelle (les individus ayant eu un cœur qui ne pompe pas n’ont pas eu de descendance). Bien qu’utile, cette notion n’est adéquate que pour des dynamiques évolutives simples et nous essayons de la raffiner pour des dynamiques plus complexes.

Mes autres travaux de recherche sont publiés dans des articles académiques (majoritairement en anglais) qui se trouvent sur mon site personnel.



Merci Pierrick, pour ce témoignage !

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