Résumé de la Critique de la Raison pure de Kant

Notions : concept, intuition et catégorie

Kant

Vous êtes en train de travailler la Critique de la raison pure, et vous cherchez à mieux comprendre le sens de ces trois notions ?

Voici les textes incontournables, dans lesquels Kant précise leur sens, parfois en les opposant.


Cela va faciliter votre lecture de l'oeuvre, ou votre travail de recherche (mémoire ou thèse) sur ce sujet...


Problématiques


Pourquoi Kant oppose-t-il concept et intuition ?

Qu'entend-il par "intuition pure", ou "concept pur de l'entendement" ?

Quelle est la table des catégories ? Comment l'établit-il ?

Qu'est-ce qu'une intuition intellectuelle, ou encore une intuition interne ?


Comprendre la manière dont ces trois concepts s'articulent, c'est faire un grand pas dans la compréhension de la Critique de la raison pure



Les principaux textes de référence


Kant définit cette notion dans plusieurs passages répartis dans l'ensemble de ses ouvrages : la Critique naturellement, mais aussi les Prolégomènes ou l'Anthropologie d'un point de vue pragmatique, etc.
Les voici...


1/ Le concept


a) Le concept comme conscience


Le concept est l’unité de la conscience de différentes représentations (le Conflit des facultés, 3S, conclusion ; AK, VII, 113)

Le concept est la conscience de l’activité dans la synthèse du divers de la représentation selon une règle de son unité (Anthropologie d’un point de vue pragmatique, 1P, §7, Remarque, AK VII, 141)


Sans la conscience que ce que nous pensons est la même chose que ce que nous pensions un instant auparavant, toute reproduction dans la série des représentations serait vaine. De fait, il y aurait, dans l’état présent, une nouvelle représentation qui n’appartiendrait nullement à l’acte par lequel elle a dû être produite peu à peu, et le divers de cette représentation ne constituerait jamais un tout parce qu’il manquerait de l’unité que seule la conscience peut lui procurer.
Si tant que je compte, j’oubliais que les unités qui sont maintenant sous mes yeux ont été peu à peu ajoutées par moi les unes aux autres, je ne connaîtrais pas la production du nombre par cette addition successive de l’unité à l’unité, ni non plus par conséquent le nombre ; car ce concept ne trouve sa consistance que dans la conscience de cette unité de la synthèse.
Le terme de concept pourrait déjà par lui-même nous induire à faire cette remarque. En effet, c’est bien cette conscience une qui réunit en une représentation le divers intuitionné peu à peu et ensuite reproduit. […] Sans cette conscience les concepts et, avec eux, la connaissance des objets sont totalement impossibles.

(Critique de la Raison pure, Analytique des concepts, 1ère déduction transcendantale, AK, IV, 79, p 182).


b) Le concept comme règle


Nous connaissons l’objet quand nous avons fait surgir dans le divers de l’intuition une unité synthétique. Or celle-ci est impossible si l’intuition n’a pu être produite par une telle fonction de la synthèse selon une règle rendant nécessaire a priori la reproduction du divers et possible un concept dans lequel ce divers s’unifie. Ainsi pensons-nous un triangle comme constituant un objet quand nous avons conscience de la combinaison de trois lignes droites selon une règle d’après laquelle une telle intuition peut en chaque occasion être présentée.
[…] Toute connaissance exige un concept, si imparfait et aussi obscur qu’il puisse être ; mais celui-ci, quant à sa forme, est toujours quelque chose de général et qui sert de règle. Ainsi le concept de corps sert-il de règle, selon l’unité du divers qu’il permet de penser, à notre connaissance des phénomènes extérieurs.

(Ibid., AK, IV, 80, p. 183)


2/ L’intuition


De quelque manière et par quelque moyen qu’une connaissance puisse se rapporter à des objets, la modalité selon laquelle elle s’y rapporte, et dont toute pensée vise à se servir comme d’un moyen, est en tout état de cause l’intuition. Or cette dernière n’intervient que dans la mesure où l’objet nous est donné ; mais cela n’est à son tour, du moins pour nous hommes, possible que parce que l’objet affecte l’esprit sur un certain mode. La capacité de recevoir (réceptivité) des représentations par la manière dont nous sommes affectés par des objets s’appelle sensibilité. C’est donc par la médiation de la sensibilité que nous objets nous sont donnés, et c’est elle seule qui nos fournit des intuitions. […] D’une autre manière aucun objet ne peut nous être donné.
L’effet produit par un objet sur la capacité de représentation, dans la mesure où nous sommes affectés par lui, est une sensation. L’intuition qui se rapporte à l’objet à travers une sensation s’appelle empirique. L’objet indéterminé d’une intuition empirique s’appelle phénomène.

(Ibid., Esthétique transcendantale, §1, AK, III, 49, p. 117)


3/ Concept et intuition


Notre connaissance procède de deux sources fondamentales de l’esprit, dont la première est le pouvoir de recevoir les représentations (la réceptivité des impressions), la seconde le pouvoir de connaître par l’intermédiaire de ces représentations un objet (spontanéité des concepts) ; par la première nous est donné un objet, par la seconde celui-ci est pensé en relation avec cette représentation (comme simple détermination de l’esprit).
Intuition et concepts constituent donc les éléments de toute notre connaissance, si bien que ni des concepts, sans une intuition leur correspondant de quelque manière, ni une intuition sans concepts ne peuvent fournir une connaissance. Les deux éléments sont ou purs ou empiriques. Empiriques si une sensation (qui suppose la présence réelle de l’objet) y est contenue ; purs, en revanche si à la représentation n’est mêlée aucune sensation. On peut appeler cette dernière la matière de la connaissance sensible. Par conséquent une intuition pure contient exclusivement la forme sous laquelle quelque chose est intuitionné, et un concept pur uniquement la forme de la pensée d’un objet en général. Ce sont uniquement des intuitions ou des concepts purs qui sont possibles a priori : des intuitions ou des concepts empiriques ne le sont qu’a posteriori.
Si nous voulons appeler sensibilité la réceptivité de notre esprit, telle qu’elle consiste à accueillir des représentations en tant qu’il est affecté de quelque manière, en revanche, le pouvoir de produire soi-même des représentations, autrement dit la spontanéité de notre connaissance, est l’entendement. Il est dans notre nature que l’intuition ne puisse jamais être que sensible, c’est-à-dire qu’elle contienne seulement la manière dont nous sommes affectés par des objets. Par opposition, le pouvoir de penser l’objet de l’intuition sensible est l’entendement.
Aucune de ces deux propriétés n’est à privilégier par rapport à l’autre. Sans la sensibilité, nul objet ne nous serait donné, et sans l’entendement, aucun ne serait pensé. Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. Par conséquent, il est tout aussi nécessaire de rendre sensibles ses concepts (c’est-à-dire de leur adjoindre l’objet dans l’intuition) que de se rendre intelligibles ses intuitions (c’est-à-dire de les subsumer sous des concepts). Les deux pouvoirs ou capacités ne peuvent pas non plus échanger leurs fonctions. L’entendement ne peut rien intuitionner et les sens ne peuvent rien penser. C’est seulement dans la mesure où ils se combinent que peut se produire de la connaissance.

(Critique de la Raison pure, Logique transcendantale, introduction, AK, III, 75, p. 143)


Vous trouverez d'autres textes sur ces notions, avec leurs références précises, dans la fiche ci-dessous, à télécharger gratuitement.

Cela vous permettra de comprendre plus facilement la pensée de Kant, et la manière dont ces différentes notions s'articulent entre elles à l'intérieur de son système.

Bonne lecture !



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