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Bernard Dugué

Bordeaux

Nous découvrons ici le parcours de Bernard Dugué, chercheur transdisciplinaire et écrivain...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Mon parcours est atypique et sur le tard, j’ai fini par comprendre que j’avais un profil HPI, capable de penser en divergences, ce que confirme mon intérêt pluriel pour les sciences physiques, les sciences du vivant et les savoirs que l’on désignait naguère comme « humanités », philo, socio, psycho et même théologie. Actuellement, je travaille sur plusieurs projets d’essais philosophiques. A force d’écrire, j’ai fini par utiliser le langage comme un outil au service de la recherche. Si la raison est la servante de la théologie pour saint-Thomas, alors je dirai que l’écriture est un instrument pour la métaphysique et même la gnose. 


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ? 


Je n’ai pas de souvenirs particuliers de mes études. Etant à l’origine réfractaire à la littérature et la philosophie, les classes préparatoires scientifiques se sont imposées, me conduisant vers des études d’ingénieur. Toutes les sciences m’intéressaient. J’ai étudié les sciences du vivant en autodidacte, puis obtenu un doctorat en pharmacologie en 1985 et enseigné par la suite à l’université diverses spécialités tout en accroissant mes champs d’intérêt. Après un « incident de parcours », je me suis retrouvé à étudier les philosophes tout en élaborant un traité de métaphysique qui a fini par être validé comme doctorat de philosophie grâce à la bienveillance de mon directeur de thèse Miklós Vetö, spécialiste de Schelling, auquel je tiens à exprimer ma reconnaissance. 


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? 


Plusieurs livres m’ont marqué. La Méthode d’Edgar Morin m’a permis de rompre avec la pensée linéaire et d’entrer dans la circularité, le Tao de la physique de Capra m’a ouvert les yeux sur la physique quantique comme source pour réfléchir sur le monde et établir des ponts entre les sciences et les spiritualités. Ken Wilber fut déterminant avec son essai sur Les trois yeux de la connaissance. Ce livre m’a persuadé que les textes des grands penseurs philosophiques, antiques, médiévaux et modernes, étaient porteurs d’une connaissance légitime ne s’opposant pas la science, tout en étant distincte et complémentaire pour comprendre l’univers.


L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


J’avoue avoir une prédilection pour les auteurs de l’Antiquité. Plotin et saint Augustin recèlent des vérités universelles. Parmi les contemporains, Heidegger a ma préférence pour son côté visionnaire, notamment dans ses essais tardifs ainsi que son livre décisif qui pour moi n’est pas Etre et Temps mais Das Ereignis (que je traduis par La clairvoyance). Eliade est passionnant, stratosphérique dans l’étude des mythes et religions. 


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ? 


L’écriture n’est devenue une seconde nature qu’après mes premières investigations en systémique, à trente ans passés. Depuis, elle n’a cessé de m’accompagner et moi d’en prendre soin, de la cultiver, de la pratiquer pour exprimer mes vues sur la nature, le monde, la société, les sciences. Si j’ai écrit énormément sur Internet, je n’ai édité que quelques ouvrages plutôt novateurs et déphasés par rapport à nos contemporains. L’Expressionnisme paru en 1998 expose les options métaphysiques dessinées dans ma thèse de doctorat. Paru en 2014, Le sacre du vivant expose une nouvelle manière de penser le vivant, mais ce c’est qu’une esquisse préfigurant une prochaine théorie post-darwinienne de l’évolution.

Les deux livres les plus importants viennent d’être édités chez Iste en 2017. Le premier a pour objectif de présenter le nouveau paradigme de l’information au XXIe siècle, autrement dit la transition entre l’époque des mécanismes et celle des influences et des champs informatifs. Le second poursuit cette voie en abordant la question centrale de la systémique et des sciences contemporaines, celle de l’émergence. Les communications sont indispensables aux émergences, pour que les parties se comprennent et agissent. Une nouvelle interprétation de la physique quantique est proposée. Cette physique indique comment la « matière » communique. La matière n’est plus seulement un élément mécanique dans l’univers. 


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J’ai commencé un livre de métaphysique sur l’être, l’essence et la trinité, avec comme horizon un dépassement des questions heideggériennes. Non seulement l’être mais aussi les essences ont été oubliées ou incomprises par la philosophie et bien entendu par la science qui les a écartées. Ayant trouvé la voie métaphysique, impossible d’en dévier. La compréhension du monde va changer radicalement, passer de l’atomisme à l’essenCialisme. Et c’est la physique quantique qui justifie ce changement de paradigme sur la nature et le cosmos. 


Mes recherches se sont orientées vers les débuts de la civilisation humaine, avec comme projet la réalisation d’un livre concurrent du Sapiens d’Harari dont les thèses me paraissent discutables. Cet essai tente d’expliquer l’origine des religions, des mythes, des langages et bien d’autres caractères propres à l’homme en société. Le mouvement des gilets jaunes a néanmoins troublé la réalisation de ces deux essais. Ce qui m’a poussé à écrire un livre sur le monde contemporain expliquant comment les récits et mythes interfèrent avec les Etats devenus des instances techniques, des machines. Les codes de Marx sont révolus depuis bien longtemps. Il faut utiliser les codes de Luhmann et passer au matérialisme systémique. Ce livre est achevé et proposé aux éditeurs.


Une fois les essais sur la métaphysique et sur sapiens achevés, je retournerai vers les sciences physiques pour tenter une interprétation des sept branches de la physique ayant émergé au cours de l’histoire moderne. Ce qui devrait permettre d’attaquer avec les bons outils (physiques et métaphysiques) la question de l’évolution.  



Merci Bernard, pour ce témoignage !

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