photo d'Helena Pinna

Helena Pinna

Barcelone

Nous découvrons ici le parcours d'Helena Pinna, professeure de philosophie et fondatrice de Goûtez la philo.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je suis professeure de philosophie, j’ai enseigné en France, en Espagne mais aussi pendant trois ans dans un lycée français en Colombie ainsi qu’une année en Indonésie.

C’est au cours de cette année à Bali qu’est né Goûtez la Philo, un projet d’éducation solidaire qui a offert des ateliers philosophiques pour adultes et enfants dans différents pays en partenariats avec les lycées français de l’étranger, les Alliances françaises, différentes fondations animant la vie culturelle locale et ONG.

Vous trouvez à la suite un article qui présente le projet, la page web qui rassemble les articles ainsi que des podcasts publiés à la suite des ateliers de Goûtez la Philo dont le but est de donner l’envie de faire de la philosophie à des publics qui n’y sont pas habituellement exposés.

https://lepetitjournal.com/expat-pratique/education/goutez-la-philo-avec-helena-pinna-246390

http://philorecorderis.wixsite.com/philo-helena-pinna/dernieres-publications


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


J’ai de très bons souvenirs des options qui m’étaient offertes en France comme la possibilité d’étudier le mandarin ou avoir des heures de langues et littérature proposées par des professeurs d’un autre système d’enseignement ou de faire du théâtre. De tous mes professeurs, ce sont ceux de philosophie qui m’ont le plus marquée car ils semblaient avoir un surplus d’humanité, de passion. J’étais très admirative de la justesse de leurs propos.

Je me rappelle des professeurs avec des personnalités très différentes, l’enseignante de spécialité en Khâgne Mme Simha était très lumineuse et transmettait son amour des textes animée de cette profonde joie de vivre alors que le professeur de tronc commun M. Lacroix qui était un esprit tout aussi brillant, nous captivait mais il avait une autre tessiture, plus tragique. J’ai beaucoup apprécié M. Constantidinès, un enseignant de l’université d’Aix-Marseille qui traitait avec légèreté les sujets graves, il émaillait ses réflexions d’allusions à des éléments de culture populaire, de la critique de films de série B. J’appréciais beaucoup l’originalité des pensées de chacun de mes professeurs et leur intérêt pour des textes originaux de différentes cultures.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Le livre qui m’a particulièrement fascinée, c’est l’Ethique de Spinoza. Je me rappelle encore à quel point il me semblait hermétique de par sa construction suivant l’ordre géométrique. J’ai adoré me plonger dans l’analyse méthodique de cette œuvre pendant mon année de maitrise car je voulais prendre le temps d’essayer de mieux comprendre cet écrit qui me semblait aussi fascinant qu’étranger.

Une autre lecture qui m’a happée est celle des écrits de Michel Foucault. Je me rappelle cette préface Des mots et des choses, où il fait allusion au malaise lors de la lecture de Borges lorsqu’il cite une « certaine encyclopédie chinoise » qui classe les animaux se divisent en :

a) appartenant à l’Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s’agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, 1) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches

J’étais très touchée par cette référence à la littérature de Borges, tout comme l’analyse du tableau des Menines de Velazquez. Comme j’étais en échange Erasmus en Espagne, je pouvais passer du temps au Prado pour contempler l’œuvre tout en relisant cette analyse. Je connaissais bien les œuvres auxquelles M. Foucault faisait référence mais je les redécouvrais depuis une nouvelle perspective.


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J’ai travaillé sur la notion d’imaginaire chez Spinoza pour mes travaux de maitrise. Je me suis ensuite passionnée pour la philosophie du langage et les processus cognitifs de traduction en DEA à l’Université de Grenade. J’ai depuis poursuivi des études de Langue Culture et Civilisation Ibéro-américaine.

L’an dernier, j’ai mené un projet d’éducation solidaire qui consistait à proposer des ateliers philosophiques à différents publics. Les enfants qui n’avaient pas été en contact avec cette discipline se montraient très enthousiastes et intéressés. J’ai été frappée par la manière qu’ont les enfants de percevoir aussi bien les dimensions universelles des éléments de la réflexion tout en apportant toujours des variations particulières comme par exemple, envisager précisément la question du rapport à l’altérité lorsque des enfants migrants vénézuéliens ont exprimé leurs difficultés à comprendre les préjugés véhiculés à leur encontre.

Cette rencontre du même et de l’autre est parfois déroutante.En effet, dans les lycées français à l’étranger, la langue et les habitudes de classe sont communes mais des particularités culturelles demeurent. Par exemple, il m’est arrivé de voir un enfant qui hausse les sourcils et ne comprendre qu’après plusieurs reprises que ce geste signifie un acquiescement et provoquer ainsi les rires de ceux qui connaissent la signification de ce geste qui n’a pas été compris.



Merci Helena, pour ce témoignage !

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