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Justine Dupuy

Lyon

Nous découvrons ici le parcours de Justine Dupuy, professeure certifiée et doctorante en philosophie...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous actuellement ?


Certifiée, diplômée de l'Université Jean Moulin (Lyon) en esthétique et philosophie de l’art, et de l’Université d'Auvergne (Clermont-Ferrand) en épistémologie et philosophie des sciences, je suis engagée depuis quelques mois dans la préparation de mon projet de thèse.

Mes recherches me font parcourir différents territoires, au-delà de la philosophie classique, pour y extraire toutes les ressources que les autres disciplines peuvent m'offrir. Je fais le pari de nager en eaux troubles, dans les grandes étendues de la sociologie, de l'histoire de l'art ou du design... Mon projet consiste en une étude transdisciplinaire des objets d'ornement et de leurs représentations dans le monde occidental depuis le XIXe siècle jusqu'à nos jours. Je voudrais montrer que la publicité est un récit qui peut s'envisager comme une réécriture du genre pictural de la nature morte, dont le propre est de tenir un double discours esthétique / éthique sur les objets. J'emprunte aux sociologues l'esprit de la méthode critique de la biographie d'objets, en insistant sur le rôle que jouent les représentations dans la micro-histoire et l'identité des objets d'ornement. Il s'agit avant tout de créer des ponts entre les narrations (biographiques et iconographiques) pour produire une analyse globale des objets et des images d'objets que l'on désire aujourd'hui, sans pour autant se placer du côté du consommateur.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Très indécise et un peu angoissée par le « grand saut » des vœux post-bac, j'ai différé mon choix en m'orientant vers une prépa lettres qui offrait l'éventail idéal de mes matières préférées. C'est en hypokhâgne, grâce aux cours de Thierry Bedouelle, que j'ai véritablement été éveillée à la philosophie. Je pense aussi à Sophie Trouvé, dont je garde un souvenir ému. Brillante et engagée, cette professeure de lettres et de cinéma savait croiser les regards, créer des passerelles entre les disciplines, tordre les concepts pour mieux saisir la complexité des phénomènes. C'est grâce à elle que j'ai découvert les films de Fellini, Lynch, Welles et bien d'autres, autant de matières à penser que j'exploite avec mes élèves.

De mes années d’université, je garde en mémoire trois professeurs : Emmanuel Cattin, dont les cours sur W. Benjamin furent riches d'enseignements et à l'origine de ma passion pour cet auteur. De sa personne émanent une grande bienveillance et un profond désir de transmission, deux qualités qui m'ont portée lorsque je rédigeais mon mémoire de première année sur la place du medium photographique chez W. Benjamin et S. Kracauer.

J'ai également beaucoup aimé les enseignements de Sébastien Gandon, professeur de philosophie analytique et philosophie des sciences. Je me souviens particulièrement de l'un de ses cours sur Euclide et la philosophie contemporaine des maths qui m'a passionnée alors même que je suis cancre absolu en la matière !

Enfin, j'ai eu la chance d'être dirigée par Tristan Garcia dans la rédaction de mon mémoire de deuxième année sur la représentation des objets dans l'art et la publicité. Je lui dois mon CAPES et probablement aussi un peu de ma confiance en moi. Je crois que tous ses élèves seraient d'accord pour louer sa pédagogie, son engagement, sa bienveillance, et surtout, sa pensée plastique qui sait toujours mettre des images (et des films !) sur les mots.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


L'auteur qui me passionne, qui m'anime et me guide depuis presque cinq ans, c'est Walter Benjamin. J'ai été bouleversée par la lecture du Livre des passages. C'est une œuvre inachevée à la fois ésotérique et kaléidoscopique, qui se donne sous la forme de fragments qu'il appartient au lecteur d'associer ou de mélanger à sa guise. La structure même de l'ouvrage semble résonner avec les photographies de Karl Blossfeldt chères à Benjamin, notamment avec cette fougère arborescente dont on apprend à découvrir, à la faveur de sa représentation photographique, la crosse épiscopale qui s'y cachait. Le Livre des passages est tout aussi prolifique : ses fragments s'apparentent à ces clichés dont les éclairs illuminent l'obscurité. C'est une source inépuisable de rêveries et de matériaux intellectuels.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ? Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J'ai longtemps été très pudique quant à mes travaux, par peur de regretter, quelques années voire quelques mois plus tard, un propos imparfait ou une formule malheureuse. Ce qui est écrit perdure à tout jamais, peu importe sa qualité. L'ère du numérique intensifie et dilate ce phénomène, que je trouve vertigineux et angoissant.

Cela dit, je crois que les deux prochaines aventures qui m'attendent, à savoir l'enseignement et la thèse, sauront me faire sortir de ma coquille ! En outre, j'ai co-rédigé un petit « tract » avec Emmanuelle Duez, fondatrice du cabinet de conseil The Boson Project, intitulé Le goût des autres : pour une esthétique du soin qui paraîtra (en format numérique) début juillet aux Editions de l'Observatoire. J'ai adoré associer mon regard et mes outils conceptuels à l'expertise de terrain d'une cheffe d'entreprise !

Récemment, j'ai ouvert une sorte de carnet de recherche sur la plateforme Medium, dans lequel je publierai des articles de fond mais aussi des compte-rendus d'exposition et des petits billets sur des objets d'art ou de consommation...



Merci Justine, pour ce témoignage !

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