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Lamia Abi Rached

Beyrouth

Nous découvrons ici le parcours de Lamia Abi Rached, professeure de philosophie au Liban.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Après avoir obtenu une licence en philosophie à Beyrouth, ma ville natale, j’ai commencé très jeune à enseigner la philosophie au Lycée, en poursuivant un Master en phénoménologie en parallèle. Je suis actuellement professeur de philosophie depuis une douzaine d’année déjà, dans deux lycées français de Beyrouth.


Depuis le début de ma carrière dans le domaine de l’éducation, l’enseignement a été pour moi un champ de bataille où j’étais déterminée à former les jeunes à la vie, essayant de faire converger mon cours avec leurs centres d’intérêts et leurs attentes. Mon but a toujours été de combattre les représentations négatives contre la philosophie- souvent considérée comme étant un discours théorique- pour en faire une discipline concrète, qui traite des problèmes de notre quotidien. Cette expérience m’a appris qu’enseigner n’est pas uniquement un métier, mais un message humaniste qui, contribuant à la formation de l’humain, garantit en l’occurrence, la pérennité du monde de demain.

En parallèle à l’enseignement, je fais de la formation et de l’accompagnement pédagogique des professeurs, dont l’objectif est d’adapter l’enseignement de la philosophie, au monde d’aujourd’hui. Enseigner la philosophie aux jeunes est en lui-même un défi qui est devenu d’autant plus grand aujourd’hui, vu qu’on a à faire à une jeunesse qui s’intéresse de moins en moins aux idées et au développement de l’esprit, happée par le développement technologique et la société de consommation.

A travers des structures de formation, j’essaye de réfléchir avec mes collègues à des manières de réformer nos pratiques pédagogiques, dans le but de  reconquérir l’attention des jeunes, ayant la profonde conviction qu’une discipline comme la philosophie est essentielle à leur parcours personnel et surtout à leur évolution intérieure.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Les souvenirs que je garde sont très vagues. Je me rappelle qu’en terminale, seuls les cours de philosophie parvenaient à m’intéresser et à capter mon attention. Je me souviens d’une phrase de Schopenhauer qui m’avait à l’époque bien marquée : La vie est un pendule qui oscille entre la douleur et l’ennui

En écoutant notre professeur de philosophie, je trouvais des réponses à mes questions existentielles… Très vite je me suis rendue compte que la philosophie, au-delà d’une simple discipline, est une initiation à la vie. 

Mes professeurs à la faculté ont complété mon éveil intellectuel. Je me souviens que les cours de phénoménologie m’intéressaient particulièrement. Ce qui m’a poussé à rédiger un mémoire sur la phénoménologie de l’amour pour essayer de déceler le mystère du phénomène amoureux, en adoptant une étude scientifique de cet affect, longtemps considéré comme étant irrationnel et inexplicable. J’ai travaillé en grande partie sur l’ouvrage de Jean-Luc Marion, Le Phénomène érotique.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Au début de mes études universitaires, j’étais une passionnée de Schopenhauer qui a été en grande partie responsable du choix de mon parcours en philosophie. J’avais travaillé sur son ouvrage Le monde comme Volonté et comme représentation. Ensuite, j’ai été bien marquée par La généalogie de la Morale de Nietzsche, à un âge où je questionnais particulièrement la tradition. La thématique de la Morale et de ses fondements m’a toujours interpellé et Nietzsche est parvenu à l’époque à répondre à un grand nombre de mes questionnements.

Mon livre de chevet demeure indéniablement L’Existentialisme est un humanisme car l’existentialisme de Sartre converge avec mes valeurs fondamentales dans la vie et correspond à cette philosophie de l’existence que je cherche à léguer aux jeunes, où l’engagement dans l’action occupe la première place. L’enseignement est d’ailleurs une incarnation de cet idéal existentialiste, sans lequel je n’aurais pas tenu aussi longtemps dans un métier aussi exigeant.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ?


Hormis mon mémoire sur la phénoménologie de l’amour que j’ai rédigé en 2009, j’ai toujours entretenu une sorte de journal philosophique où j’écris et analyse mon expérience de vie à la lumière de concepts et théories philosophiques. Ces écrits me permettent aussi de prendre conscience de mon évolution intérieure et d’essayer de tirer des leçons de vie…de construire une philosophie de vie, partagée par tout un chacun combinant la narration de faits réels avec des analyses philosophiques. 

Dans le cadre de mon engagement social et intellectuel, j’organise aussi des cafés philosophiques et des ciné-clubs où je présente une réflexion autour d’une thématique précise suivie d’un débat, ou des interprétations philosophiques de films connus. Bien que ponctuelles, ce sont certainement des formes d’écriture qui sont le fruit d’un travail de recherche et d’analyses personnelles…


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Après treize ans de carrière, pendant lesquelles j’ai pris un grand plaisir à accompagner mes jeunes élèves dans leurs parcours à la fois académique, professionnel et parfois personnel, j’envisage aujourd’hui de poursuivre un nouveau projet.

Ayant l’intime conviction qu’un professeur se doit de se ressourcer de manière continue pour évoluer, j’ai décidé d’entreprendre l’aventure des études de nouveau.  J’ai opté pour un programme de Master Erasmus qui me permettra une mobilité dans différents pays et en l’occurrence, la découverte de nouvelles cultures et de systèmes d’enseignement différents. Mis à part ma passion pour la philosophie, je suis une passionnée de voyages et de cultures. L’aventure intellectuelle sous toutes ses formes a toujours été pour moi un choix de vie.



Merci Lamia, pour ce témoignage !

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