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Margaux Cassan

Paris

Nous découvrons ici le parcours de Margaux Cassan, étudiante préparant un double master - philosophie et littérature...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Après trois années de classe préparatoire en spécialité Lettres Modernes, incapable de choisir entre la littérature et la philosophie, j’ai fait une première année de master en Arts et Langages à l’EHESS parallèlement à un M1 de philosophie à Paris 1. A l’EHESS, la rencontre heureuse avec un professeur, Pierre-Olivier Dittmar m’a permis de collaborer avec la revue d’anthropologie Techniques & Culture

J’accompagne, à mon échelle, le développement du carnet. Par ailleurs, je suis en stage au pôle rédaction de la revue Esprit, revue dont l’histoire joue un rôle central dans mes recherches et au sein de laquelle j’ai l’occasion de rencontrer des femmes et des hommes inspirants.

Ce qui me plait le plus, c’est d’assister aux débats concernant la revue elle-même. Les membres d’Esprit sont très attachés à conserver l’héritage d’engagement idéologique et formel que son fondateur, Emmanuel Mounier, voulait lui donner. Mais ils sont également conscients que depuis 1932, des évènements ont surgi qui ne permettent plus de tenir un discours similaire. Quelle posture une revue de philosophie se doit-elle d’adopter pour tenir ensemble ces deux visages ? C’est une question qui anime toutes les réunions. 


Je poursuis cette année mon M2 à PSL où j’attaque de front le volet théologique de l’œuvre d’Ellul, en discussion avec celle de Paul Ricœur, lui aussi bercé par le protestantisme. Je souhaiterais, afin d’interroger la compatibilité entre la théologie et la philosophie politique, entre un certain protestantisme et la défense d’institutions justes, confronter le « non-puissant » chez Ellul et « l’homme responsable » chez Paul Ricœur, deux concepts qui embrassent les deux sphères. J’aimerais voir en quoi, d’un renversement l’autre, la théologie peut-être une opportunité pour la démocratie, en considérant comment le passage d’une théologie Personnelle à une théologie Impersonnelle permet l’émergence d’une philosophie politique - fût-elle laïque. 


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Dès le premier jour d’hypokhâgne, j’ai voulu être enseignant-chercheur. Je ne saurais pas citer un professeur en particulier qui m’en ai donné l’envie. Tous, absolument, quelle que soit la discipline enseignée d’ailleurs. Et pas seulement les professeurs, mais plus généralement les gens qui donnaient leur vie pour la pensée. Ce sont eux – leur fougue, leur motivation – qui m’ont poussée à travailler sans relâche jusqu’à mon année de khûbe. Récemment, mon insertion dans différentes revues et les rencontres que j’y ai faites n’ont fait que conforter mon admiration pour les vies-vocations, et plus généralement mon désir de faire partie de leur monde. 


L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


C’est en travaillant sur la révolution en hypokhâgne que j’ai découvert Jacques Ellul, auteur décalé, inclassable, bourreau de travail, éminemment prolifique, dont la foi protestante a nourri la pensée d’une façon originale et sur laquelle il me semble essentiel de revenir aujourd’hui. D’autant plus essentiel peut-être que les philosophes en sont peu friands et qu’il leur rendait bien. 

C’est mon auteur « coup de foudre », sans aucun doute, même si avec lui sont venus Kierkegaard, le théologien Karl Barth, Paul Tillich et d’autres. J’ai consacré mon mémoire de philosophie à sa pensée de la technique, tout en travaillant en littérature sur Jean Giono, qui cultive lui aussi un rapport complexe à la modernité. Tous les deux ont cherché à résoudre le paradoxe d’un homme moderne maître d’œuvre de la technique et pourtant incapable de la maîtriser. 


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ?


Le livre de philosophie qui m’a le plus marquée est sans doute le Traité théologico-politique de Spinoza. Je n’ai pas su tout de suite pourquoi il m’avait saisie. C’est à la lecture du Clan Spinoza, quelques années plus tard, que je m’y suis de nouveau intéressée. Je crois savoir aujourd’hui que le caractère véritablement magnétique que cette œuvre a sur moi – comme celles de Nietzsche d’ailleurs – vient de la densité spirituelle que j’y trouve, chez un auteur tant blâmé pour son supposé athéisme. Jamais je n’ai senti, chez des auteurs réputés croyants, une telle empreinte de Dieu sur la pensée.

Je dois aussi parler du Personnalisme d’Emmanuel Mounier. Ce livre – et le mouvement qu’il a suscité – m’a menée à la revue Esprit, ses disciples et leurs pairs : dans des styles très différents, Nicolas Berdiaeff, Charles Peguy, Paul Ricœur plus tard. C’est une découverte philosophique moins canonique, moins dense que Spinoza sans doute, mais plus proche de mes lubies quotidiennes. 


Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


Mes projets d’écriture, mémoires exceptés, sont en littérature. J’y aborde des thèmes similaires, car ce sont eux qui me mobilisent : la foi, la Révélation, l’herméneutique, et la façon dont elles se conjuguent avec la vie sociale et le respect de ses Lois. L’écriture philosophique m’empêche parfois de donner à mon discours la charge émotionnelle et sensorielle que ces sujets supposent et demandent. Je les formule dans un roman, pour le moment en chantier.



Merci Margaux, pour ce témoignage !

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