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Maxime Mariette

Lyon

Nous découvrons ici le parcours de Maxime Mariette, animateur en éducation populaire et conférencier gesticulant...

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !

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Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Géographiquement, je vis à Lyon depuis 11 ans. Socialement, mes origines sont ouvrières. Mon père et ma mère sont de la classe sociale qui rend riche les autres en se contentant de survivre. Mais après sept ans de faculté de philosophie, difficile de m’identifier comme mes parents. Pas de terre sous mes ongles, ni de cambouis sur mes mains. Juste un peu d’encre au bout des doigts, et encore. L’université a fait de moi un petit bourgeois intellectuel si l’on en croit mes activités récentes. Reste en guise de souvenir de mon enfance l’écho que produit le vide de mon porte-monnaie lorsque je l’ouvre ; la peur systématique d’un paiement bancaire refusé. Philosophiquement, je suis matérialiste et constructiviste. Rien de bien surprenant finalement. J’essaie de réunir autant que faire se peut les analyses de Marx avec celles de Foucault et de Bourdieu en les réactualisant. 

Aujourd’hui, je suis professeur de philosophie, mais sous cape. Je n’ai pas à proprement parlé le titre de professeur, d’enseignant ou de chercheurs en philosophie. Je travaille dans le monde de l’éducation populaire. J’utilise les armes conceptuelles et le savoir philosophique pour rendre visibles les multiples rapports de domination en jeu dans la société, à travers la mise en œuvre de formations et d’ateliers ouverts à tout le monde. J’ai également écrit une conférence gesticulée sur la question de la reproduction sociale à l’école. 


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ?


Un souvenir complexe, qui m’apparaît comme un tressage de plusieurs sentiments contradictoires, allant de la joie intense de découvrir un nouveau monde, celui de la pensée complexe et contradictoire, à la déception, voire la colère, devant un dispositif institutionnel à deux vitesses : l’université d’un côté, et les ENS de l’autre. 

La philosophie universitaire m’a sauvé en un sens. Elle m’a donné à voir un autre monde, un arrière monde. Non pas celui des Idées de Platon, mais celui bien réel des rapports sociaux et des jeux de pouvoir à l’œuvre dans les relations humaines à travers les lectures de Pascal, de Spinoza, Marx, Nietzche ou encore Foucault. Cependant, l’université fait partie de ces institutions complétement sclérosées par ces mêmes enjeux de pouvoir.


De mes professeurs, je préfère me souvenir de celles et ceux qui m’ont construit intellectuellement. Comme le disait Bourdieu, dans toute trajectoire scolaire il y a la figure d’un professeur exceptionnel. J’ai la chance d’en avoir eu plusieurs. Sans eux, sans leur proximité, leur attention, leurs pédagogies, leurs humours et leurs approches singulières de la discipline, la philosophie ne ferait pas partie de ma vie comme c’est le cas aujourd’hui. 

Je me rappelle tout particulièrement de celle avec qui tout commença : ma professeure de philosophie de Terminale. Car à l’époque je n’étais pas ce qu’on peut appeler un bon élève. Bien au contraire ! Au lycée, je passais le plus clair de mon temps au fond de la classe à attendre la sonnerie, à regarder les mouches voler, à récupérer avec un jemenfoutisme indécent les notes à peine médiocres que les autres professeurs me rendaient avec mépris. Mais une fois dans son cours, là, je participais, je notais, j’étais attentif. Une réelle transformation s’est opéré à son contact. Je ne la remercierai jamais assez pour cela. 


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ?


Incontestablement, Le Courage de la vérité, le dernier cours au Collège de France de Michel Foucault donné en 1984 quelques semaines avant sa mort. Cet ouvrage m’a tellement passionné que j’en ai fait mon sujet de mémoire. Ce concept de parrêsia qu’il développe dans ces deux cours m’ont permis de comprendre plus finement, plus profondément, ce qu’est un discours dans sa production et son élocution. Je suis devenu un passionné de ce que Foucault appelle l’alèthurgie, l’étude des régimes de discours de vérité. Non plus se poser la question « qu’est-ce que la vérité ? » mais plutôt « par quel mode de discours passe-t-elle (ou doit-elle passer) pour être juger comme discours vrai ? ». 

Foucault est donc un de mes piliers philosophiques. Mais s’il fallait citer un autre auteur, je ferai un pas de côté, car celui-là n’est pas philosophe à proprement parler, mais sociologue : Pierre Bourdieu

Non seulement ce qu’il a écrit mais également son engagement dans les mouvements de lutte fait de Bourdieu un homme qui influence encore aujourd’hui mon propre travail d’intellectuel militant.


Avez-vous déjà essayé d'écrire ? Pourriez-vous nous parler de vos créations ? Quels sont vos projets, vos travaux de recherche ?


J’ai écrit et je continue d’écrire aujourd’hui. Écrire des cours, des formations, des ateliers et des spectacles. Écrire fait partie de ma vie, non parce que j’en ai besoin, mais parce que ce que je mets en place à besoin d’être écrit. Pas de publication, pas encore du moins.

Cependant, et comme je l’ai mentionné, j’ai écrit une conférence gesticulée. La conférence gesticulée est un objet hybride entre le spectacle et la conférence. Elle cherche à produire du savoir critique, à donner des clés d’analyse pour dévoiler, comprendre et agir sur notre environnement. Elle s’inscrit dans une démarche d’éducation populaire politique et vise le dévoilement des différents rapports de domination en jeu dans notre environnement social. 

Cette conférence gesticulée s’appelle Transclass Express – Histoire sociale d’un prof qui déraille ou comment l’école fabrique les cancres. J'analyse ce que l’on apprend réellement à l’école et comment on l’apprend en partant de mon expérience de professeur et d’élève, de la reproduction sociale au mythe du self made man. Ma conférence tente alors de donner des clés de compréhension concernant l’importance que revêt les structures sociales dans nos vies, et comment elles fabriquent notre rapport au monde, à soi et aux autres. Cette conférence fait partie d’une des activités de la coopérative d’éducation populaire lyonnais : Simbioso, dans laquelle j’œuvre.

En parallèle, je fais partie d’un collectif de recherche interdisciplinaire à L’Institut Européen du Salariat sur les questions du salaire, de la valeur et du travail, dans une perspective marxiste. Ce jeune collectif a été fondé il y a peu par Bernard Friot. Un long travail de recherche nous attend.



Merci Maxime, pour ce témoignage !

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