photo de Monsieur Phi

Monsieur Phi

Youtube

Nous découvrons ici le parcours de Thibaut Giraud, alias Monsieur Phi, docteur en philosophie et célèbre youtubeur.

Etudes, lectures, projets... Voici son témoignage !


Autres parcours : Agora


Pouvez-vous vous présenter ? Que faites-vous actuellement ?


Je m’appelle Thibaut Giraud, j’ai un doctorat en philosophie de la logique et j’ai enseigné la philosophie au lycée quelques années, puis j’ai créé une chaîne YouTube de philosophie en août 2016 ; et grâce au soutien financier de mes abonnés j’ai maintenant la chance de pouvoir m’y consacrer entièrement.


Quel souvenir gardez-vous de vos études ? De vos professeurs ? 


J’ai fait mon lycée par correspondance et je n’ai donc pas eu de « prof de philo de Terminale ». Je n’ai pas même été particulièrement intéressé par cette matière durant cette année, les manuels du CNED me paraissant franchement ennuyeux ; et j’étais en S, ce n’était pas une priorité. Mais l’exercice de la dissertation au bac sur le sujet « Faut-il chercher à tout démontrer » m’a beaucoup amusé ; j’ai eu une bonne note, en parlant surtout d’axiomatique et d’Euclide.

Après le bac, je n’avais vraiment aucune idée d’orientation. J’aime être autonome et je ne voulais pas d’un cadre contraignant comme une prépa. (Je n’avais déjà pas supporté le lycée pour cette raison, ce n’était pas pour y retourner après le bac...) Même si j’étais bon en maths et en physique, je n’avais pas envie de poursuivre dans une voie purement scientifique. La philosophie, à la réflexion, me donnait l’impression d’être intellectuellement assez enrichissante tout en ayant une dimension scientifique, ce qui me convenait bien. Et je me suis inscrit en L1 à Nanterre.


De ma L1, je me souviens surtout de mes cours de logique, qui étaient assurés par Jérôme Sackur d’une part et Iégor Reznikoff d’autre part, deux styles très différents. (En fait, les deux TD étaient distincts et il fallait choisir, mais j’allais aux deux.) Les cours de Sackur surtout étaient excellents ; c’est sûrement l’un des meilleurs professeurs que j’ai eus. En L3 il faisait un cours passionnant sur la philosophie de l’esprit et les sciences cognitives. La licence à Nanterre avait une offre de cours très diverses, du plus rigoureux au bullshit le plus insupportable. (Je me souviens en particulier des cours en roue libre de Nebenzahl, sorte de gourou psychanalyste adulé par une cour d’étudiants qui le trouvaient tellement profond.)

J’ai ensuite fait un master puis un doctorat à l’Institut Jean Nicod, sous la direction de Frédéric Nef. Les séminaires se passaient en beaucoup plus petit comité et nous laissaient beaucoup d’autonomie. Je garde un souvenir particulièrement bon des séances de l’ATMOC (Atelier de métaphysique et d’ontologie contemporaine) organisées par Raphaël Millière, qui invitait divers intervenants et où la discussion pouvait souvent être assez mouvementée.


Quel est le livre de philosophie qui vous a particulièrement passionné ? L'auteur pour qui vous avez eu un véritable coup de foudre ? 


Je suis toujours frappé qu’on me pose cette question comme s’il allait de soi que j’aurais une réponse. (Vous ne demandez pas s’il y a un tel livre ou auteur.) On ne ferait pas la même supposition pour un biologiste ou un géologue. (Demanderait-on : « Quel est le livre de géologie ou le géologue pour lequel vous avez eu un coup de foudre ? »)

Il me semble que ce genre de question sur l’œuvre ou l’auteur préféré se pose plutôt pour des disciplines ayant une dimension artistique ; il y a un sens à s’attendre à ce qu’un écrivain ou un musicien ait un livre ou une musique préférée. Mais pourquoi supposer qu’il en va de même quand on étudie la philosophie ? Ce n’est pas de la littérature. Il y a des problèmes et des discussions philosophiques passionnantes et qui m’ont particulièrement intéressé, mais je n’ai jamais eu de coup de foudre pour un auteur ou un livre et je ne pense pas qu’il soit particulièrement sain d’avoir ce genre de rapport aux auteurs. (C’est comme ça qu’on se retrouve avec une cour d’étudiants autour d’un Nebenzahl…)

Pour répondre tout de même, je dirai que le livre qui a eu le plus d’importance sur ma thèse est Abstract Objects ou les Principia Logico-Metaphysica d’Edward Zalta (et plus généralement tous ses articles : ce n’est pas tant le livre lui-même qui importe mais la théorie axiomatique qu’il développe). C’est exigeant du point de vue technique mais ça en vaut la peine. J’ai aussi beaucoup enseigné le Tractatus Logico-philosophicus de Wittgenstein quand je donnais cours dans le supérieur ; j’imaginais toujours Wittgenstein m’insulter pour n’avoir rien compris ou me menacer d’un tisonnier pendant que j’essayais de l’expliquer… J’aime aussi son Cahier Bleu, qui est peut-être ce qu’il a fait de plus clair dans sa seconde philosophie. Wittgenstein m’est à la fois insupportable et très attachant.


Pouvez-vous nous parler de votre chaîne Youtube de philosophie ? 


Le plus simple est encore d’aller voir. J’y traite d’à peu près tous les champs de la philosophie, avec une préférence pour les bizarreries logiques et les expériences de pensée, en essayant de rendre tout cela aussi léger et amusant que possible. C’est parfois relativement poussé et exigeant, par exemple mes vidéos sur un argument de Michael Huemer en faveur du réalisme moral. Il y a aussi des ressources très scolaires comme ma série de cinq vidéos sur la méthode de la dissertation. J’ai déjà produit plus de 80 vidéos, il y a des playlists thématiques pour s’y retrouver, donc il y en a pour tous les goûts !



Merci Monsieur Phi, pour ce témoignage !

> Découvrez d'autres parcours philosophiques dans l'agora...