couverture du livre

Vers Deleuze



Cet ouvrage collectif s’organise autour de trois thématiques privilégiées, à partir desquelles on peut approcher l’œuvre de Deleuze : la nature, la pensée et la politique.


Auteur : Deleuze


Comment caractériser au mieux la pensée de Deleuze ?

Ainsi que le remarque Yves Couture dans l’introduction de l’ouvrage, à sa manière, Deleuze semble avoir participé à la constitution d’un courant d’idées auquel on peine encore à trouver un nom définitif […]  Selon les interlocuteurs, il devient ainsi le type même du penseur post-moderne, post-nietzschéen, irrationaliste, sophiste, compagnon de route du néolibéralisme et de l'individualisme hédoniste, esthète de la subversion petite bourgeoise, la liste est longue 1.

En fait, il nous faut résister à la tentation de réduire son oeuvre à l’une ou l’autre de ces étiquettes : suivre pas à pas Deleuze, c’est voir en acte une pensée qui sans cesse brouille ces dichotomies courantes 2.


Plus de vingt ans après sa mort, il convient donc de faire un tour d’horizon : Mais au-delà de l’exercice vite fastidieux des mises en accusation, des réhabilitations et des éloges, quels usages fait-on et peut-on faire aujourd’hui de la pensée de Deleuze ? A quoi et à qui sert-elle ? 3


Ethologie


Jean-Sébastien Laberge s’intéresse à l’influence parfois inaperçue d’un auteur sur la pensée de Deleuze : Uexküll

Si Deleuze ne se réfère explicitement à celui-ci qu’une dizaine de fois dans l’ensemble de son œuvre, c’est seulement lorsqu’on regarde à quels concepts deleuziens Uexküll est lié que l’on réalise l’importance de cet auteur. Il est ainsi convoqué lorsque Deleuze traite des agencements, des affects, de la ritournelle, de codes, de transcodages, de plans, et même de territoires 4.

Si Deleuze s’intéresse à cet auteur, c’est parce que celui-ci aborde les relations en termes de contrepoint, de mélodie, et de plan, et parce qu’il définit les animaux en termes d’affect sur le plan de nature 5.


Ultimement, ce qui séduit Deleuze chez Uexküll, c’est la convergence de celui-ci avec les thèses de Spinoza : il est ainsi présenté comme un spinoziste et Spinoza comme un éthologue 6.

Ainsi le premier chapitre du livre se consacre à l’examen approfondi de ce triangle Deleuze-Uexküll-Spinoza, autour de notions telles que celui de milieu, de contrepoint, de plan et d’ontoéthologie.


Naturalisme


David Hébert s’intéresse pour sa part à la signification de la notion de nature chez Deleuze. Rappelons-le en effet, pour celui-ci tout est nature : tel est le fond de la philosophie deleuzio-guattarienne, que nous pouvons sans hésitation qualifier de philosophie naturaliste 7. Mais qu’entend-il exactement par ce terme ? 

Pour répondre à cette question, il nous faut nous concentrer sur l’un des chapitres de Mille Plateaux, consacré à « la géologie de la morale ». C’est ici que Deleuze et Guattari définissent la terre comme un « corps sans organes », du fait qu’elle est parcourue de particules matérielles non organisées, inscrites avant toute physique et toute vitalité. La terre : voilà donc toute la réalité matérielle, en tant qu’elle est antérieure à toute formation ainsi qu’à toute organisation 8

Mais un phénomène de stratification lui donne forme : on accède alors à un second niveau, molaire et non plus moléculaire, celui de la matière formée et territorialisée. David Hébert décrit de manière plaisante cette dynamique qui en découle : […] matière libre qui se stratifie, matière stratifiée qui se libère, matière libérée qui se restratifie, et ainsi de suite… Territorialisation, déterritorialisation, reterritorialisation, et ainsi de suite… Emprisonnement dans des systèmes, fuite de ces systèmes, nouvel emprisonnement dans de nouveaux systèmes et ainsi de suite 9.


On le voit :  c’est un vocabulaire géologique qui est utilisé par Deleuze et Guattari pour décrire les variations de la nature, que David Hébert analyse de manière détaillée : strate physico-chimique, organique, alloplastique, etc.

Cela nous mène in fine vers la notion de Mécanosphère : l’ensemble des strates, peu importe leur type, leur contenu substantiel et formel ou encore leur mode d’expression formelle et substantielle, forment une grande Mécanosphère où tout varie sans évolution, sans qu’il y ait une quelconque fin supérieure à atteindre 10, qui vient remplacer donc les notions plus populaires de biosphère ou de noosphère.


Conclusion 


Ce n’est là que le début de l’ouvrage, qui va se concentrer dans les deux parties suivantes sur d’autres thématiques essentielles chez Deleuze : la pensée et la politique

Ainsi, on s’interrogera sur sa critique de la représentation, sa conception du texte comme machine a-signifiante, son opposition entre philosophie de surface, de hauteur et de profondeur, et sa critique de l’identité, mise en parallèle avec celle d’Adorno. Mais aussi sa conception de la démocratie et son analyse du néolibéralisme à partir du concept de déterritorialisation. 


Un livre qui restitue toute la richesse et la complexité de la pensée de Deleuze. Un ouvrage recommandé à tous ceux qui voudraient aller plus loin dans leur découverte des œuvres de cet auteur.   



1 Yves Couture, Introduction
2 Ibid.
3 Ibid.
4 Jean-Sébastien Laberge, chap.1
5 Ibid.
6 Ibid.
7 David Hébert, chap.2
8 Ibid.
9 Ibid.
10 Ibid.