Epicure : Maximes capitales

On a tendance à opposer épicurisme à stoïcisme, de la manière suivante : pour atteindre le bonheur, Epicure conseillerait de se livrer au plaisir, alors que pour les stoïciens, il faudrait apprendre à maîtriser ses désirs, et ne pas laisser troubler sa sérénité par les plaisirs ou les douleurs.


Ce schéma est quelque peu erroné, en ce qui concerne l’épicurisme, du moins.

Certes, Epicure conseille d’accueillir le plaisir, ou la volupté, quand il se présente : Partout où il y a volupté, tant qu’elle y est, il n’y a ni douleur ni tristesse.

Il est faux de croire que le plaisir soit mêlé de douleur (c’est là une idée qu’on trouve par exemple dans l’Apologie de Socrate de Platon). Cela amènerait à une relativisation de la valeur du plaisir. Non, en fait nulle volupté n’est un mal par elle-même ; mais il y a tel objet qui procurant des plaisirs, procure de plus grandes douleurs.


C’est donc sur l’objet lui-même que peut tomber une éventuelle condamnation suite à la douleur qu’il procure ; le plaisir lui conserve sa perfection. Ainsi par exemple : le plaisir qu’on prend à la présence de l’être aimé n’est pas condamnable. En revanche, on peut éprouver une grande douleur suite à la trahison de l’être aimé (tromperie, rupture, etc.). Dans ce cas de figure, c’est l’être aimé lui-même qui perd sa valeur, et non le plaisir qu’on a pu éprouver à son contact.

De ce fait, le voluptueux, l’homme qui se livre aux plaisirs, le fait avec raison : le plaisir est toujours en soi parfait.


Néanmoins, il serait faux de croire qu’Epicure défend une quête effrénée des plaisirs. Tout d’abord, le plaisir infini n’existe pas : si le plaisir du corps pouvait être sans bornes, il faudrait un temps sans bornes pour le produire.

Ensuite, le plaisir le plus simple est souvent le meilleur : il y a un art de se procurer une parfaite tranquillité, c’est de simplifier ses besoins, de se dégager de beaucoup de choses, et de se contenter de peu. Voilà qui rappelle le stoïcisme, et plus précisément un stoïcien comme Epictète, qui appelle à nous éloigner des choses qui ne dépendent pas de nous.


De ce fait, Nietzsche, dans Humain, trop humain (au chapitre le « Voyageur et son ombre ») décrit Epicure ainsi : un petit jardin, des figues, du fromage, et avec cela, trois ou autre bons amis, - ce fut là l’opulence d’Epicure.

En fait, ce qui procure le plus de plaisirs, c’est peut-être la science, et plus précisément, la connaissance de la nature. En effet, elle seule nous délivre des peurs irrationnelles : par exemple celle que l’on éprouve devant la foudre, ou des catastrophes naturelles.


Les grecs voyaient des présages des dieux dans les inondations, le tonnerre, etc. Ils allaient même, ainsi que les romains, chercher des messages divins dans les entrailles d’animaux sacrifiés. De là une perpétuelle angoisse, car chaque événement de la vie, y compris le plus anodin, pouvait être un signe de colère ou le conseil d’un dieu, qu’il ne fallait pas manquer.

A l’inverse, les sciences naturelles nous donnent l’explication physique de tel ou tel événement, et nous montrent que nul dieu -ou nul monstre- ne se cache derrière des phénomènes spectaculaires.

De ce fait : quand on est frappé des craintes qu’inspirent les fables du vulgaire, on ne peut s’en délivrer que par l’étude de la nature : sans cette étude, point de plaisirs purs.


Voilà qui s’éloigne de l’idée que l’on se fait d’Epicure, lorsqu’on dit quelque chose comme « je suis un vrai épicurien ! ».

On est loin d’une doctrine prônant l’immoralité ou la bestialité : on ne peut vivre heureux qu’en suivant la prudence, l’honnêteté, la justice ; ni pratiquer ces vertus sans être heureux ou encore : l’homme juste est le plus tranquille de tous les hommes. L’injuste l’est le moins .

1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0