photo de Cécile Voisset

La peinture de Rosa


Une contribution de Cécile Voisset

Une présentation des oeuvres d'une artiste-peintre à découvrir : Monique Berlande...


Thématique : Esthétique


Rosa, alias Monique Berlande, a l’art de transformer, transmuer, transmuter les impressions naturelles, à les intensifier, à les méliorer, à en extraire ce meilleur qui rend un sentiment de bien-être quand on regarde ses toiles. Avec elles, même les couleurs froides deviennent chaudes : intense, couleur : irradiante. Vibration, ensoleillement qui procède de cette peinture.

Son vert – paradisiaque  – densifie la vie, la magnifie, concentre, capte le regard au lieu de le disperser et de l’éloigner, voire d’en diluer l’angle ; le jardin est littéralement verdoyant. Son jaune – rimbaldien  – enchante l’œil qui s’attarde à ce rayon et s’emplit de son émanation. Son bleu – méditerranéen  – flue au regard qui plonge et influe sur l’attention visuelle.

Cette peinture solarise, solairise. Conversion à la vraie vie. Esthétique de la résistance ? Du beau malgré tout, de la chaleur vitale, du beau qui anime, réanime : vivant, vivace, vitalisant, ce Beau qui vient de l’intérieur – de l’âme – tel que le définissait Plotin. Quelque chose de radieux, de radiant, quelque chose d’un jaillissement, de la couleur née, en acte, celle qui touche fort à en devenir  « voyant », une couleur pas épaisse mais dense. Pas de contours sur les toiles de Rosa, de la pure impression, de la profondeur, de la couleur et pas du coloris. Quelque chose qui ouvre, accède ou donne accès. Du colorifiant, du mouvement chromatique à saisir ou à s’en envelopper. Il ne faudrait utiliser que des participes présents pour décrire ce que cette peinture inspire après d’autres ; on reste devant elle, on ressent un partage possible effectif, une expérience commune par la sensibilité à fleur de ces toiles qu’il est difficile de quitter des yeux : effet garanti de paix.


tableau de Rosa

Quand on discute avec Rosa, on s’étonne qu’elle n’en revienne pas qu’on expose son travail, un travail régénérant, d’autant plus que Monique Berlande ne peint surtout pas, mais surtout pas, pour la galerie ; on ressent une liberté d’expression, en tout cas une libération certaine : de sa part à elle et de notre part à nous, une rencontre donc. Pas d’obstacle à exprimer, à s’exprimer. D’ailleurs, elle est loquace et franche.

Mme Berlande, qui a enseigné la langue espagnole, est l’anti-snob par excellence, le contraire des pulluleurs de lieux autorisés et fréquentés dans une région administrative. Elle n’imagine pas un instant un quelconque monnayage ; elle n’aime pas le marché, alors la marchandisation de ses toiles n’en parlons pas.

Rosa s’étonne qu’on lui dise que sa peinture est belle, que ce qu’elle dégage est profitable, qu’elle est dotée d’un fort coefficient positif. Elle dit ne pas être optimiste ; disons qu’elle veut le meilleur. Si elle a de la foi – elle parle de « sacré », ce qui est différent, elle parle de moments de sacré quand elle peint –, c’est en la vie seule, en la seule vie : croyance et adhésion spontanée, instinct qui conserve ; vive la spontanéité paraît une redondance à l’entendre. Elle peint l’ardence. Et elle chemine, elle et « la » (elle ne dit pas « ma ») peinture. Cette femme n’est vraiment pas une poseuse, elle ne peut pas l’être ; elle n’est pas une crâneuse qui poserait, se montrerait devant et avec ses toiles ; elle ne s’expose pas, elle s’efface devant ses réalisations, sans doute une récompense pour elle même si elle reste toujours insatisfaite à l’écouter. Cette femme indépendante, que l’âge a probablement enrichie et avisée, ne paye pas de mine. Elle n’est pas grande de taille mais elle parle avec force et tout net. Elle est chaleureuse, directe, comme sa peinture où la couleur danse.

Monique Berlande peint – elle réussit et sa peinture excelle et exulte – pour reprendre des mots à Deleuze regardant et lisant entre autres Cézanne, elle sort du chaos c’est-à-dire de la catastrophe où et quand s’évanouissent les formes ; fin du dessin : vive donc la couleur, toute une vie, rien qu’à soi.


tableau de Rosa


tableau de Rosa



Auteure de l'article :

Cécile Voisset, professeure agrégée de philosophie à l'Université de Clermont-Ferrand