couverture du livre la Philosophie du Non de Bachelard


Résumé de : la Philosophie du Non

La Philosophie du non, parue en 1940, signe un renouveau majeur de l’épistémologie française. Bachelard cherche à réconcilier empirisme et rationalisme, dans un rationalisme scientifique, un rationalisme « ouvert » qui se nourrit des découvertes de la science, au lieu d’engendrer de vastes systèmes qui se referment sur eux-mêmes.

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Bachelard la Philosophie du Non
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Bachelard prend l’exemple d’un concept scientifique, celui de masse, afin d’identifier les différents types d’explication épistémologique de celui-ci.

Ces différents types d’explication reflètent l’évolution épistémologique, qui va toujours dans le sens d’une plus grande cohérence rationnelle.


La première explication de la masse d’un objet est de type animiste.

Reflétant une appréciation gourmande de la réalité, celle-ci considère que le plus gros fruit est le meilleur. De ce fait la notion de masse concrétise le désir même de manger1.

On confond donc masse et volume.

Cette première explication insatisfaisante se voit bientôt contredite par l’expérience. Or la première contradiction est comme toujours, la première connaissance .

Cette contradiction est celle de la disproportion, en certains cas, du « gros » et du « pesant » (donc du volume et de la masse). Le plus « gros » n’est pas nécessairement le plus « riche » Bachelard donne l’exemple d’une coque vide. Surgit donc le concept d’ « intensité », une sorte de « richesse intime » ce qui fait que la notion de masse s’intériorise.

Cette première contradiction amène l’esprit scientifique à dépasser l’aspect visuel d’un objet (son volume) pour estimer sa masse. Il faut trouver un instrument qui permettrait d’établir plus objectivement celle-ci : la balance. L’esprit entre alors dans un second stade : l’empirisme (ou réalisme).

A ce concept simple et positif, correspond une pensée empirique solide, claire positive, et immobile. On croit le problème résolu : une telle pensée empirique attachée à une expérience aussi péremptoire reçoit le nom de pensée réaliste.


Néanmoins, ce n’est pas si simple. L’empirisme utilise en effet l’instrument (la balance), avant de connaître la théorie (principe du levier)

C’est dans le stade suivant, celui du rationalisme, que la notion de masse se complexifie. Avec la mécanique rationnelle de Newton, on découvre qu’on doit définir cette notion par son rapport à d’autres : la notion de masse se définit alors dans un corps de notions et non plus seulement comme un élément primitif d’une expérience immédiate et directe.

La masse d’un objet se définit en effet par le rapport de la force et de l’accélération de celui-ci.

Ces trois notions s’établissent corrélativement dans un rapport clairement rationnel puisque ce rapport est parfaitement analysé par les lois rationnelles de l’arithmétique.

Du point de vue réaliste, ces notions sont très diverses, les réunir dans une même formule est donc factice.


Néanmoins, le rationalisme se dépasse lui-même, et l’on parvient à ce que Bachelard appelle rationalisme complet, rationalisme complexe, lorsqu’on découvre que la masse est dépendante de la vitesse : la masse d’un objet est donc relative au déplacement de cet objet. Cette apport essentiel du principe de relativité d’Einstein amène à comprendre que n’a pas de sens la notion de masse absolue.

On assiste là encore à une complication de la notion de masse. Cette notion simple au départ, fait place à une notion complexe.


Cette complexité devient totale (au sens où elle n’est plus compréhensible intuitivement), dans le dernier stade, que Bachelard appelle rationalisme dialectique, ou encore surrationalisme.

En ce qui concerne le concept de masse, on atteint ce dernier stade avec Dirac qui montre qu’il y a deux masses pour un seul objet. La première est la masse telle que l’entendait les philosophies antécédentes, du réalisme au rationalisme complexe. Même si chacune de ces approches épistémologiques la caractérisait différemment, elles prenaient toutes celle-ci pour objet. Mais Dirac montre que la seconde masse d’un objet est une masse négative !

Si une moitié de la mécanique de Dirac retrouve et prolonge la mécanique classique et relativiste, l’autre moitié suscite une dialectique.

Pour un savant du 19ème siècle, le concept de masse négative est monstrueux. Pour nous également, qui restons souvent pris dans la conception réaliste de la masse : nous avons comme tout le monde nos heures de réalisme et même à propos d’un concept aussi éduqué que le concept de masse, nous ne sommes pas entièrement psychanalysé.


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1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Philosophie 2.0