couverture du livre Idées directrices pour une phénoménologie de Husserl

Résumé de : Idées directrices pour une phénoménologie

Cet ouvrage, paru en 1913, décrit le cheminement qui mène de l’attitude naturelle jusqu’à l’attitude phénoménologique. Il importe de distinguer phénoménologie et psychologie, et plus généralement, les sciences du fait des sciences de l’essence. Cela constitue le point de départ d’une critique de l'empirisme qui fera date.


Du même auteur : la Krisis


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L’expérience peut intervenir dans les sciences de l’essence mais comme simple illustration, non comme expérience :

Le géomètre, lorsqu’il trace au tableau ses figures, forme des traits qui existent en fait sur le tableau qui lui-même existe en fait. Mais, pas plus que le geste physique de dessiner, l’expérience de la figure dessinée, en tant qu’expérience ne fonde aucunement l’intuition et la pensée qui portent sur l’essence géométrique 1.

A l’inverse, le biologiste par exemple, observe et expérimente c’est-à-dire qu’il constate par expérience une existence ; pour lui l’expérience est l’acte sur lequel tout le reste se fonde 2.

Cette manière de procéder est radicalement différente du géomètre qui explore non pas des réalités mais des possibilités idéales 3.


L’idéal des sciences éidétiques est de conférer le plus haut degré de rationalité en réduisant toutes les démarches médiates à des subsomptions sous des axiomes formant système. C’est là un idéal de mathématisation : inclure la totalité des connaissances dans l’universalité d’un petit nombre d’axiomes, selon un pur rapport de nécessité déductive.

Husserl utilise, pour désigner cet idéal, l’expression de « mathesis universalis », que l’on trouve déjà dans les Règles pour la direction de l’Esprit de Descartes.


Les sciences éidétiques et empiriques sont différentes, mais restent-elles totalement indépendantes les unes des autres ? Ce n’est pas le cas. Il y a une dépendance unilatérale des unes envers les autres : une science éidétique se refuse par principe à incorporer les résultats théoriques des sciences empiriques. En revanche, il n’est aucune science du fait qui achevée, puisse rester pure de toute connaissance éidétique 4.

En effet, les sciences empiriques ne présentent pas leurs résultats de n’importe quelle manière, mais en articulant des jugements dans des arguments et dans des raisonnements, et de ce fait doivent se soumettre aux règles universelles et nécessaires de la logique, science éidétique s’il en est.

De plus en tant qu’elles visent la compréhension d’un objet, elles doivent respecter les lois de l’objectivité en général, donc de l’ontologie formelle.


Dans les Idées directrices pour une phénoménologie, Husserl définit l’ontologie formelle comme la science de l’objet en général, en tant qu’elle contient en soi les formes de toutes les ontologies possibles.

Les catégories logiques sont les concepts fondamentaux des axiomes qui constituent l’objet en général. Par exemple, les concepts de propriété, de qualité, d’état de chose, de relation, d’identité, de nombre… Elles tiennent à l’essence de la proposition.

Husserl distingue différentes régions de l’être. Il faut trouver les genres suprêmes qui régissent le concret et distribuent tout l’être individuel tombant sous l’intuition en régions de l’être, chacune de ces régions caractérisant une science éidétique et empirique, qui se distingue de toute autre par principe 5.

La phénoménologie transcendantale fonde les ontologies régionales elles-mêmes, bien qu’elle soit d’abord introduite comme ontologie de la « région » conscience.


Husserl ouvre un débat avec l’empirisme, qui récuse les idées, les essences, bref nie qu’il puisse y avoir quelque chose comme une connaissance éidétique 6.

L'auteur des Idées directrices pour une phénoménologie s’étonne de ce que des sciences de la nature comme la physique ou la biologie, qui ont pu atteindre un tel niveau de scientificité grâce aux mathématiques, aient pourtant favorisé l’empirisme philosophique. Cette hostilité aux Idées finira par compromettre le progrès de ces sciences, prédit-il.


L’empirisme commence sur l’idée justifiée qu’il faut se régler sur les choses mêmes, les interroger en tant qu’elles se donnent elles-mêmes 7.

Mais l’empirisme en vient à rejeter toute idée et toute essence, comme autant d’ entités scolastiques, de fantômes métaphysiques 8.

En fait l’erreur de l’empiriste est de tenir pour acquis sans autre examen que l’expérience est le seul acte qui donne les choses mêmes 9. Il ne voit pas non plus que les choses ne sont pas purement et simplement les choses de la nature 10.

Il doit comprendre que c’est seulement à la réalité de la nature [et non à la réalité en général] que se rapporte cet acte donateur originaire que nous nommons l’expérience 11.

1 §7, p.31
2 §7, p.32
3 ibid.
4 §8, p.34
5 §17, p.58
6 §18, p.62
7 §19, p.63
8 ibid., p.64
9 ibid., p.65
10 ibid.
11 ibid.