couverture du livre Idées directrices pour une phénoménologie de Husserl

Résumé de : Idées directrices pour une phénoménologie

Cet ouvrage, paru en 1913, décrit le cheminement qui mène de l’attitude naturelle jusqu’à l’attitude phénoménologique. Il importe de distinguer phénoménologie et psychologie, et plus généralement, les sciences du fait des sciences de l’essence. Cela constitue le point de départ d’une critique de l'empirisme qui fera date.


Du même auteur : la Krisis


Index de l'article Page 1
Page 2
Page 3
Page 4
Page 5

L’empirisme serait fondé s’il avait examiné l’essence des jugements pour voir si le sens propre des jugements exige qu’on les fonde sur l’expérience. Ce qui n’a pas été fait. L’empirisme est donc l’une de ces constructions spéculatives a priori qu’il est prompt à condamner.


En fait, la science exige des jugements fondés sur des intuitions donatrices originaires, dont il existe différentes espèces, selon le sens des jugements et l’essence des objets impliqués dans le jugement.

Tel type de jugement se fondera sur tel mode d’intuition et non sur tel autre.

Pour résumer :

C’est la « vision » immédiate, non pas uniquement la vision sensible, empirique, mais la vision en général, en tant que conscience donatrice originaire sous toutes ses formes, qui est l’ultime source de droit pour toute affirmation rationnelle 1.

Et elle n’exerce cette fonction génératrice de droit que parce qu’elle est donatrice originaire 2.


Problème : une intuition ne peut-elle pas venir en contredire une autre ? Cela n’implique pas que l’acte de voir ne soit pas un fondement de droit. Husserl prend l’exemple des conflits de forces : La mise en échec d’une force par une autre ne signifie pas qu’elle n’était pas une force 3.

D’autre part, ce sont précisément les intuitions empiriques qui se contredisent l’une l’autre.

Pour conclure, Husserl substitue à l’expérience la notion plus générale d’intuition.


L’empirisme aboutit pour Husserl nécessairement au scepticisme (c’est en effet une tradition initiée par Hume dans son Traité de la nature humaine).

Cela vient de plusieurs causes : l’idée fondamentale de l’empirisme toute pensée valable se fonde dans l’expérience 4 ne se fonde pas elle-même dans l’expérience. Cette contradiction mine l’empirisme qui finit par sombrer dans le scepticisme.

D’autre part, l’expérience directe ne fournit que des cas singuliers. Elle est insuffisante pour constituer des théories générales quelles qu’elles soient.

De là vient que l’empiriste est mené à récuser, comme le sceptique, toute théorie.


Husserl récuse néanmoins également l’idéalisme, du fait qu’il ne perçoit pas qu’il existe des intuitions donatrices originaires, mais parle d’un « sentiment d’évidence » doté de propriétés mystiques.

Il n’y a donc pas de platonisme chez Husserl. Celui-ci n’érige pas dans les Idées directrices pour une phénoménologie les idées ou les essences en objets, ayant un être réel. C’est là une accusation qui lui a été faite.

Cette méprise vient de ce que l’on confond deux sens du mot objet, bien distingués en allemand : l’objet (Gegenstand) se trouvant dans la réalité (Wirklichkeit) et l’objet naturel (Reale) se trouvant dans la réalité naturelle (Reale Wirklichkeit)

Lorsqu'Husserl dit que telle ou telle essence est un objet, il parle d’objet au sens du logicien (objet d’un jugement logique). En ce sens, la note do, le nombre 3, une proposition quelconque, sont des objets.

Ainsi tout le monde voit pour ainsi dire constamment des « Idées », des « essences » ; tout le monde en use dans les opérations de la pensée, et porte aussi des jugements sur des essences 5.


Les essences sont des concepts, mais ce ne sont pas pour autant des constructions de la pensée, des faits psychologiques, de simples hypostases grammaticales ou hypostases métaphysiques 6.

Par exemple, les nombres sont des concepts. Mais ne sont-ils pas ce qu’ils sont, que nous les construisions, ou que nous ne les construisions pas ? 7. Il ne faut pas confondre notre représentation du nombre, qui elle est une construction de notre esprit, avec le nombre lui-même, qui lui est intemporel.

Autrement dit : nous construisons non l’essence, mais la conscience de l’essence.

L’idée du centaure est comme notre représentation du nombre une construction de l’esprit, mais à la différence du nombre, il n’est pas donné par une intuition originaire : il ne renvoie à rien de réel : Il n’a d’existence ni dans l’âme, ni dans la conscience, ni nulle part ; il n’est rien du tout ; il est tout entier fiction 8.

Husserl résume ainsi dans les Idées directrices pour une phénoménologie cette idée fondamentale :

Toute intuition donatrice originaire est une source de droit pour la connaissance. Tout ce qui s’offre à nous dans l’intuition de façon originaire doit être simplement reçu pour ce qu’il se donne, mais sans non plus outrepasser les limites dans lesquelles il se donne 9.


On peut en déduire une définition de la notion de principe : Tout énoncé qui se borne à conférer une expression à ces données et donc un commencement absolu appelé à servir de fondement, bref un principium 10.

1 ibid., p.66
2 ibid.
3 ibid., p.67
4 §20, p.68
5 §22, p.74
6 ibid.
7 ibid., p.75
8 §23, p.76
9 §24, p.78
10 ibid., p.79