couverture du livre Idées directrices pour une phénoménologie de Husserl

Résumé de : Idées directrices pour une phénoménologie

Cet ouvrage, paru en 1913, décrit le cheminement qui mène de l’attitude naturelle jusqu’à l’attitude phénoménologique. Il importe de distinguer phénoménologie et psychologie, et plus généralement, les sciences du fait des sciences de l’essence. Cela constitue le point de départ d’une critique de l'empirisme qui fera date.


Du même auteur : la Krisis


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Husserl décrit le flux des perceptions dans la conscience. La perception et la chose perçue, bien que rapportées l’une à l’autre, ne forment pas une unité et une liaison réelle et d’ordre éidétique.

Faisons le tour de cette table. Si la table elle-même reste inchangée, la perception de la table ne cesse de varier ; c’est une série continue de perceptions changeantes 1.

Ainsi la perception est entraînée dans le flux incessant de la conscience et est elle-même sans cesse fluante : le maintenant de la perception ne cesse de se convertir en une nouvelle conscience qui s’enchaîne à la précédente, la conscience du vient-justement-de-passer ; en même temps s’allume un nouveau maintenant 2.


Husserl recourt à la notion d’esquisse pour décrire les vécus de conscience : la chose perçue se découvre peu à peu, par esquisse. Ainsi par exemple, la couleur de quelque chose m’apparaît dans un divers ininterrompu d’esquisses de couleur.

Par l’ensemble de cette analyse, Husserl a montré la transcendance de la chose à l’égard de la perception qu’on en a et par suite à l’égard de toute conscience en général 3.

Nous voyons donc apparaître une distinction fondamentale : celle de l’être comme vécu et de l’être comme chose.


Husserl appelle transcendance la chose prise en elle-même et absolument parlant 4. L’immanence désigne au contraire la conscience.

La chose ne se donne que par esquisse : La perception d’une chose implique – c’est là encore une nécessité d’essence- une certaine inadéquation. Par principe une chose ne peut être donnée que sous une face 5, donc imparfaitement. On se souvient ici du fameux exemple du cube, développé dans les Méditations Cartésiennes.

D’autre part, on y trouve nécessairement un noyau, et autour de celui-ci, un horizon de co-données, […] et toute une zone plus ou moins vague d’indétermination 6.


La perception immanente est indubitable :

Quand la réflexion s’applique sur mon vécu pour le saisir, j’ai saisi un absolu en lui-même, dont l’existence ne peut par principe être niée ; autrement dit, l’idée que son existence ne soit pas est par principe impossible ; ce serait une absurdité de croire possible qu’un vécu donné de cette façon n’existe pas véritablement 7.

Husserl retrouve ici le cogito cartésien. Même si ce qui flotte en suspens devant l’esprit est un pur fictum, la conscience qui forme la fiction n’est pas elle-même fictive 8.

En revanche, toute perception transcendante est sujette au doute. En effet, l’expérience ne révèle rien de nécessaire. Une expérience ultérieure peut venir contredire une expérience antérieure, ainsi que Hume l’a montré. Cela vient de la contingence des choses.

En fait, on peut supposer qu’aucun monde extérieur n’existe :l’être de la conscience serait certes modifié si le monde des choses venait à s’anéantir, mais il ne serait pas atteint dans sa propre existence 9 ou encore nul être réel n’est nécessaire pour l’être de la conscience même 10.


Parvenu à ce point, on est mûr pour saisir le sens de l’épochè phénoménologique :

Mettons toutes ces thèses « hors de jeu » […] C’est donc elle [la conscience pure] qui demeure comme le résidu phénoménologique cherché […] bien que nous ayons mis « hors circuit » le monde tout entier, avec toutes les choses, les êtres vivants, les hommes, y compris nous-mêmes 11.


A quelles sciences la phénoménologie peut-elle puiser ? Lesquelles lui sont interdites ? Les sciences de la nature et de l’esprit ne peuvent rien lui apporter, car ces sciences restent prises dans l’attitude naturelle.

Il semble que la phénoménologie soit intéressée par les résultats de la logique formelle, et de l’ontologie formelle, c’est-à-dire la science de l’objet en général. En effet, c’est à l’objet au sens large que se subordonne tout vécu pur.

Mais en fait la phénoménologie peut se passer également de ces deux sciences car elle consiste en une simple analyse descriptive qui n’a besoin que de la simple intuition. Il n’y a pas de déduction donc pas besoin de cette théorie des formes des déductions comme l’est la logique.

La phénoménologie est une discipline purement descriptive qui explore le champ de la conscience transcendantalement pure à la lumière de la pure intuition 12 .

On a donc établi l’indépendance absolue de la phénoménologie à l’égard de toutes les sciences, y compris à l’égard des sciences éidétiques d’ordre matériel 13.



Fin des deux premières sections



1 §41, p.131
2 ibid.
3 §42, p.135
4 ibid., p.136
5 §44, p.141
6 ibid.
7 §46, p.149
8 ibid.
9 §49, p.161
10 ibid.
11 §50, p.165
12 §59, p.195
13 §60, p.198