couverture du livre Idées directrices pour une phénoménologie de Husserl

Résumé de : Idées directrices pour une phénoménologie

Cet ouvrage, paru en 1913, décrit le cheminement qui mène de l’attitude naturelle jusqu’à l’attitude phénoménologique. Il importe de distinguer phénoménologie et psychologie, et plus généralement, les sciences du fait des sciences de l’essence. Cela constitue le point de départ d’une critique de l'empirisme qui fera date.


Du même auteur : la Krisis


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Section II : Considérations phénoménologiques fondamentales

Husserl va décrire ce qu’il appelle l’attitude naturelle 1. C’est en effet celle-ci que le phénoménologue doit mettre hors circuit 2. Il faut donc comprendre ce dont il s’agit, afin de saisir par opposition, la démarche du phénoménologue.


Dans l’attitude naturelle, j’ai conscience par expérience d’un monde spatio-temporel. Les choses ou les êtres animés sont là pour moi, présentes, que je m’en occupe ou non.

Mais l’ensemble des objets co-présents dans le champ actuel de la perception n’épuise pas le monde :

Ce qui est actuellement perçu est environné par un horizon obscurément conscient de réalité indéterminée 3.

Il faut donc y ajouter les multiples possibilités ou conjectures intuitives. Cet environnement indéterminé, qui s’étend à l’infini, est la forme du monde précisément en tant que monde 4.

Cet horizon n’existe pas seulement par rapport à l’espace, mais aussi par rapport au temps, englobant le passé et le futur, le connu et l’inconnu.

Enfin, ce monde n’est pas là pour moi comme un simple monde de choses, mais selon la même immédiateté, comme monde des valeurs, comme monde de biens, comme monde pratique 5.

C’est à ce monde que se rapporte le faisceau des activités spontanées de la conscience. Tous ces actes et états de l’attitude naturelle par lesquels j’ai conscience du monde comme immédiatement là, sont englobés dans l’unique expression de Descartes : cogito.

Or c’est le but des sciences issues de l’attitude naturelle de prendre de ce monde une connaissance 6.


Le phénoménologue est celui qui fait subir à cette attitude une altération radicale : le doute. Dans le doute, la théorie ou l’idée dont nous doutons demeure ce qu’elle est, mais nous la mettons hors jeu, hors circuit, entre parenthèse 7.

Dans l’épochè phénoménologique, je m’interdis absolument tout jugement portant sur l’existence spatio-temporelle 8. Nous nous abstenons de tout jugement sur l’existence réelle ou la valeur des choses qui apparaissent à notre conscience.

Que subsiste-t-il quand on met ainsi hors circuit le monde entier, y compris nous-mêmes ? Cette mise hors circuit atteint le monde en tant que fait, mais non le monde en tant qu’Eidos, ni non plus aucune autre sphère d’essences 9.

Il n’atteint pas ainsi par exemple la série des nombres et l’arithmétique. Plus fondamentalement, on va atteindre une nouvelle région de l’être 10. Il s’agit des purs vécus de la conscience pure 11.

Ces vécus se divisent en deux sortes : d’une part, les purs corrélats de la conscience et d’autre part le moi pur 12 de cette conscience.

L'auteur des Idées directrices pour une phénoménologie appelle « cogitationes » ces actes de conscience, en reprenant le terme cartésien.


Quelque chose résiste à l’épochè phénoménologique, au doute portant sur l’existence réelle ou non de tel ou tel phénomène : la conscience. C’est le mérite de Descartes que de l’avoir montré, dans son célèbre cogito.

Ce que Husserl résume ainsi :

[La conscience] subsiste comme « résidu phénoménologique » et constitue une région de l’être originale par principe et qui peut devenir en fait le champ d’application d’une nouvelle science : […] la phénoménologie 13.

La conscience pure est la conscience transcendantale, et l’opération qui nous la révèle est l’épochè transcendantale.

Il faut différencier l’analyse psychologique et l’analyse phénoménologique. Dans la première, nous restons dans l’attitude naturelle et nous ne remettons pas en doute l’existence de ce qui constitue le contenu de nos vécus de conscience.

De même, il faut savoir distinguer la cogitatio (la perception de ce papier blanc, par exemple) et le cogitatum (le papier lui-même).


Husserl donne ici certains caractères éidétiques de la conscience. En voici deux :

1/ Saisir c’est extraire. Tout ce qui est perçu se détache sur un arrière-plan d’expérience 14. Les objets autour du papier perçu apparaissent sans être extraits. Toute perception des choses possède ainsi une aire d’intuition formant arrière-plan 15.

L’attention détache de leur fond les objets de conscience sur lesquels elle se porte. Tous les vécus actuels sont cernés par une aire de vécus inactuels ; le flux du vécu ne peut jamais être constitué de pures actualités 16.

2/ Husserl reprend dans ce passage des Idées directrices pour une phénoménologie la notion d’intentionnalité, à savoir la propriété qu’a tout vécu de conscience d’être conscience de quelque chose.

La saisie de ces caractères éidétiques de la conscience est un préliminaire nécessaire pour déterminer l’essence de cette conscience pure et ainsi déterminer le champ de la phénoménologie.



1 §27, p.87
2 ibid.
3 ibid., p.89
4 ibid.
5 ibid., p.90
6 §30, p.95
7 §31, p.99
8 §32, p.102
9 §33, p.106
10 ibid.
11 ibid.
12 ibid.
13 ibid., p.108
14 §35, p.112
15 ibid.
16 ibid., p.114