1. Accueil
  2. Auteurs
  3. Hegel
  4. Phénoménologie de l'esprit
  5. Page 11
couverture du livre la Phénoménologie de l'esprit de Hegel

Résumé de la Phénoménologie de l'esprit (page 11)


Quelle est la méthode qui va sous-tendre cette science que propose Hegel ? De la même manière que la logique sous-tend de nombreuses autres disciplines, quelle va être la logique de cette Phénoménologie de l’Esprit ?


Il n’y a pas en réalité de méthode, de logique, qui puisse être considérée comme un préalable nécessaire à la constitution et la compréhension de cette science, du système hégélien. En effet, une méthode, une logique n’est nécessaire que lorsqu’on dissocie la forme et le contenu d’une science, la discipline elle-même et son objet, la vérité, et que l’une cherche à s’organiser pour atteindre l’autre.

Or ici, il ne s’agit pas de constituer une nouvelle « discipline », mais d’exposer la vérité elle-même, de la laisser s’auto-déployer elle-même en ses différentes figures : La vérité est le mouvement d’elle-même chez elle-même, tandis que cette méthode, c’est la connaissance extérieure à elle-même. C’est pourquoi elle est caractéristique des mathématiques1.

Il n’y a donc pas besoin d'une Logique comme fondement préalable au système, ou, ce qui revient au même, la méthode […] n’est rien d’autre que la construction de l’ensemble érigé dans son essentialité pure, c’est-à-dire l’exposé du système lui-même : Son exposition proprement dite est la Logique elle-même.


C’est pourquoi c’est le système qui est la forme la plus appropriée pour exposer la vérité, et non l’appareil mathématique : L’Etat scientifique que les mathématiques nous ont légué – tout l’appareil d’explication, de subdivision, d’axiomes, de séries de théorèmes, avec leurs démonstrations, leurs principes, et les déductions et conclusions qu’on en tire – à déjà, au moins dans l’opinion elle-même, passablement vieilli.

Ce même reproche peut être adressé, en philosophie, à la scolastique et même à la conversation raisonneuse socratique ou péripatéticienne : ce ne sont pas des formes adéquates pour exposer la vérité :

La manière qui consiste à mettre en place une proposition, et à en avancer des justifications, et pareillement à en avancer d’autres pour réfuter la proposition contraire, n’est pas la forme dans laquelle la vérité peut entrer en scène.


Pourtant, lorsqu’on pense à un système, ou à une science, on imagine des tableaux, des schémas, qui vont réduire la richesse du Tout à quelques éléments. Ainsi par exemple, la table des catégories que l’on retrouve dans la Critique de la Raison pure de Kant laisse une impression durable au lecteur, donne un caractère scientifique à l’ouvrage.

Ce n’est pas là ce qu’entend proposer Hegel : il ne s’agit pas pour lui de récapituler le devenir de l’Esprit en quelques tableaux. On perdrait là, dans cette abstraction et ce formalisme, la vie du Concept :

Certes, la forme véritable a été mise en place dans son contenu véritable et le concept de la science a surgi, mais on ne peut pas davantage tenir pour quelque chose de scientifique un usage de cette forme par lequel nous la voyons rabaissée au rang de schéma sans vie, de schème fantomatique stricto sensu, et l’organisation scientifique ramenée à un tableau.


On oppose parfois la science et la vie ; on nie que la richesse du Tout puisse se laisser enfermer dans un système : c’est précisément à cette opposition que Hegel s’attaque ici. Il essaie de préciser les conditions dans lesquelles celle-ci peut être levée, de décrire un système qui puisse rendre compte de la richesse de la vie.


Pour cela, il procède en deux temps :

Il commence par donner raison aux détracteurs de ce type de système ou de science, qui fonctionne par schéma, et qui n’est que le fruit d’une « pensée d’entendement » :

L’entendement de type tabulaire conserve pour soi [non pas au sens de préserver mais de confisquer] la nécessité et le concept du contenu, ce qui fait le concret, l’effectivité et le mouvement vivant de la chose qu’il range dans son tableau, ou, plus exactement, on ne dira pas qu’il conserve tout cela pour soi mais qu’il ne le connaît pas ; car s’il avait cette intelligence des choses, il la montrerait sans doute. Il n’en connaît pas même le besoin : car alors, il mettrait sa schématisation en sourdine, ou du moins, ne pourrait grâce à elle, en savoir plus que ce que donne une table des matières ; cet entendement ne donne que la table des matières, un sommaire du contenu, mais il ne fournit pas le contenu proprement dit
.

Ces détracteurs ont bien compris que ce qui échappe à ce type de construction, c’est la vie :

L’entendement formel laisse aux autres le soin d’ajouter cette chose capitale [qu’est la vie]. Au lieu d’entrer dans le contenu immanent de la chose, il regarde toujours le tout de très haut, et se tient au-dessus de l’existence singulière dont il parle, c’est-à-dire, ne la voit pas du tout. Tandis que la connaissance singulière exige au contraire qu’on se remette à la vie de l’objet, ou ce qui revient au même, qu’on ait devant soi et qu’on énonce la nécessité intérieure de celui-ci
.

Hegel donne un exemple frappant de cette science qui nie la vie, en même temps qu’elle appauvrit le Tout en le réduisant à quelques éléments dans un système : la physique ou « philosophie de la nature ». Ce formalisme de la nature […] nous enseigne par exemple que l’entendement c’est l’électricité. On sait en effet que les impulsions nerveuses du cerveau (ondes cérébrales) sont de nature électrique. On croit alors comprendre la vérité de l’esprit, alors que ce formalisme, en réduisant par abstraction celui-ci à un seul élément, en a fait disparaître l’essentiel : la vie même.


Contre cet entendement mort et connaissance extérieure, ce savoir sans vie, il défend, en un second temps, un autre modèle. Lequel ?


1 Les références des citations sont disponibles dans l'ouvrage Hegel : lecture suivie