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couverture du livre les Pensées pour moi-même de Marc Aurèle

Résumé des Pensées pour moi-même (page 6)

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Ensuite, parce que pour craindre la mort, il faudrait considérer que nous ayons une valeur, et que la mort, en tant que dissolution de cette chose de valeur qu’est l’homme, serait une perte ou un désastre. Or le travail de relativisation stoïcien amène à remettre en question cette valeur. En un mot, toujours considérer les choses humaines, comme éphémères et sans valeur 1.

Donc la mort n’est pas grave, au sens où elle n’est pas disparition de quelque chose qui a une valeur, mais processus inscrit dans le fonctionnement normal de ce qui a une réelle valeur : le monde. Marc Aurèle décrit ainsi cette sérénité qui s’empare du sage qui a triomphé de la peur de la mort :

En conséquence passer cet infime moment de la durée conformément à la nature, finir avec sérénité, comme une olive qui, parvenue à maturité, tomberait en bénissant la terre qui l’a portée, et en rendant grâce à l’arbre qui l’a produite 2.


Le stoïcien considère que la peur de la mort vient de ce qu’on refuse d’y penser. Dans ce réflexe de fuite, on ne peut échapper à l’angoisse. Le secret du stoïcisme serait qu’au contraire, l’idée de la mort contient en elle-même le dépassement de la peur qu’elle provoque. Penser la mort, c’est s’en libérer, et celui qui n’a plus peur de la mort acquiert une liberté totale et devient ce maître intérieur : il peut alors ressembler au promontoire contre lequel incessamment se brisent les flots. Lui reste debout, et autour de lui, viennent s’assoupir les gonflements de l’onde 3.


La doctrine stoïcienne ainsi décrite amène le sage à éviter trois attitudes bien précises, pourtant traditionnellement attribuées au philosophe.


Si Aristote affirme que l’étonnement est le sentiment à l’origine de la philosophie (étonnement devant la beauté du monde, devant le fait que les choses soient telles qu’elles sont), Marc Aurèle affirme au contraire Combien est ridicule et étrange l’homme qui s’étonne de quoi que ce soit qui arrive en la vie ! 4.

On comprend à présent pourquoi : s’étonner de quelque chose, c’est le considérer comme anormal, comme échappant aux lois de la nature. Or pour le stoïcien, tout événement s’intègre dans la chaîne des causes et des effets, est donc tout à fait naturel, ou normal. L’étonnement n’est légitime que dans un monde régi par le hasard.


D’autre part, on attribue fréquemment au penseur ou à l’artiste une grande imagination. C’est celle-ci qui leur permet d’écrire ou de peindre des œuvres immortelles. Or Marc Aurèle considère l’imagination comme un danger :

Que fais-tu donc ici, imagination ? Va-t'en, par les Dieux, comme tu es venue ! Je n’ai pas besoin de toi. Tu es venue, selon ta vieille habitude ; je ne t’en veux pas ; seulement, retire toi 5.

L’imagination vient troubler, comme les désirs, dont elle est probablement la source, la sérénité du sage. Elle est également fuite du monde et de sa beauté naturelle, pour envisager d’autres réalités, considérées comme meilleures. Alors que ce monde-ci est le seul et est déjà parfait.

A l’imagination, le stoïcien préfère la contemplation.

Au désir, le stoïcien préfère la gratitude. Gratitude pour la beauté du monde qu’il lui est permis de contempler brièvement avant son retour dans le néant, gratitude pour les hommes.

Le premier livre est d’ailleurs consacré à remercier les différentes personnes que Marc Aurèle a rencontrées dans sa vie, et ce qu’ils ont pu lui apporter comme modèles, mais aussi comme parents ou amis. Par exemple : De mon père : […] l’indifférence pour la vaine gloire qui donne ce qui passe pour être des honneurs 6.


Enfin, le sage ne doit pas chercher à se cultiver, et fuir tout esprit d’érudition. Les livres sont en effet, par la diversité des doctrines qu’ils présentent, source d’angoisse : Quant à ta soif de livres, rejette-la, afin de ne pas mourir en murmurant, mais véritablement apaisé 7.


1 livre IV, 48, p.76
2 ibid.
3 livre IV, 49, p.77
4 livre XII, 13, p.194
5 livre VII, 17, p.116
6 livre I, 16, p.36
7 livre II, 3, p.44