couverture du livre

Initiation à la métaphysique



Qu'est-ce que la métaphysique ? Bruno Bérard choisit une approche originale, pour répondre à cette question : le récit de trois rêves, à la portée symbolique très riche.

Après leur exposé proprement dit, l'auteur les analyse, et dans la troisième partie, s’appuie sur ceux-ci pour définir la métaphysique. Cette précieuse initiation nous amène à retrouver le « frisson métaphysique », qui résiste à ses apparents fossoyeurs (kantisme, freudisme, marxisme, structuralisme).


Thématique : Métaphysique


Les trois rêves


Dans le premier, fait à l’âge de dix ans, l’auteur marche dans la nuit, ou plutôt glisse lentement, en évitant des ombres menaçantes, et leurs coups de couteaux, ou de revolver. Rien ne semble pouvoir l’atteindre. Après la sortie du jardin et la traversée de la forêt, il parvient devant la mer. Il se retrouve sur le pont d’un grand navire qui s’enfonce lentement dans la mer, en compagnie d’une foule silencieuse, et finit par marcher dans la mer.

Le second, fait un peu avant quarante ans, présente une réflexion nourrie d’astrophysique, sur le temps et l’espace, le fini, l’infini et l’indéfini. Une expérience de pensée singulière est opérée : tous les lieux te deviennent présents 1 : l’Himalaya, le système solaire, la baie de Rio… Au terme de cette expérience, nous nous découvrons au-delà de tout lieu : tu n’es plus dans un lieu. Tu es, simplement. Là, tous les lieux ne tiennent aucune place 2. Idem pour le temps : tous les temps coexistent simultanément 3. On découvre alors que l’espace ne prend aucune place, que le temps ne tient aucune durée et que de ce fait quand tu es vraiment, l’absence d’espace contient tout l’espace possible, l’instant contient l’éternité 4.

Le troisième, fait un peu après quarante ans, met un scène un homme qui le jour de sa mort, avance vers le bord d’une falaise, entouré d’une foule silencieuse. Soit on s’écrase, soit on est emporté par des anges. A son grand désespoir, il se sent tomber, puis est rattrapé par les anges. Mais peut-être alors sera-t-il amené à replonger. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il puisse enfin être mort et à la fois sentir l’amour de Dieu autrement que comme un mérite ou un dû quelconque 5. On accède alors à l’amour de Dieu, là où on est à la fois Dieu et autre que Lui 6.


Interprétation métaphysique


Chacun de ces rêves porte en lui une éminente signification métaphysique. Si le premier fait penser à l’immortalité, le second aide à découvrir le conditionnement de la conscience limitée au corps, à l’espace et au temps, et […] le troisième permet de réaliser le paradoxe de l’identité-altérité avec Dieu : je suis Dieu et je ne Le suis pas 7.

Ce n’est pourtant pas là une interprétation authentique, mais une simple pré-esquisse, insatisfaisante dans sa généralité. Il convient de rentrer dans un examen plus détaillé, et avant tout de se demander ce qu’est interpréter, puis qu’est-ce qui définit une interprétation métaphysique en propre, par opposition à des lectures qui se situeraient sur un autre plan (symbolique ou ésotérique).

Nous obtenons, à l’issue de ce travail patient d’analyse que nous vous laisserons découvrir, une définition de la métaphysique, qui fera l’objet de la dernière partie de l’ouvrage. 


Qu’est-ce que la métaphysique ?


Pour éclaircir la signification d’un concept, il convient de le distinguer des notions proches, avec lesquelles on le confond parfois. Bruno Bérard s’attache donc en un premier temps à situer la métaphysique vis-à-vis de la physique, du langage, de la logique et de la psychologie, du symbole, des ésotérismes, de la théologie et de la gnose 8.


Mais lorsqu’on pense à la métaphysique, on pense souvent d’abord et avant tout à une discipline morte, qui a succombé aux coups de boutoir combinés de Kant, Freud, Marx, et du structuralisme. L’auteur s’attaque à ces réductionnismes rationnels 9 à partir d’une intéressante distinction, entre raison et intelligence. Si la raison se contente de dérouler mécaniquement des raisonnements, c’est l’intelligence, seule, qui est à même de comprendre ces raisonnements 10.

Ainsi la compréhension, ce sens de ce qui fait sens, c’est l’intelligence dans ce qu’elle a d’exclusivement intuitif et qui, comme le cristal, est traversée par « la lumière du Verbe [le Logos] qui éclaire tout homme venant en ce monde » 11.

Si l’être a du sens pour l’intelligence, c’est là une disposition métaphysique […] innée et immédiate 12.

Bruno Bérard rappelle également la distinction opérée par Jean Borella, un auteur qui l’a beaucoup inspiré, entre Esprit et intellect : de même qu’il faut une intellectualisation du spirituel pour saisir effectivement les mystères de l’Esprit […] il faut également une pneumatisation de l’intellect pour « rendre vie et réalité à ce qui n’est que connaissance spéculative, donc impuissante » 13.

C’est ce qui échappe complètement à ces réductionnismes rationnels évoqués plus haut.

Ceux-ci sont minés par des contradictions internes mises en évidence par Jean Borella, que l’auteur rappelle ici.

Au final, on sort de cette lecture en ayant l’impression que le champ est déblayé pour une étude des grands textes métaphysiques, qui jusqu’alors était encombré par les réductionnismes contemporains, nous en interdisant l’accès.

L’ouvrage tient donc toutes les promesses contenues en son titre même : une initiation à la métaphysique.  


Conclusion


Un ouvrage d’une grande érudition, qui ressuscite le « frisson métaphysique » à côté duquel l’étudiant nourri d’une lecture rapide de Kant aurait pu passer…

La forme adoptée, le récit de trois rêves, est particulièrement plaisante et originale, et en fait un livre agréable à lire.

Une œuvre que nous ne pouvons donc que vous recommander…



1 I, 2, 5
2 Ibid.
3 I, 2, 6
4 Ibid.
5 I, 2, 9
6 Ibid.
7 II, Introduction
8 III, Introduction
9 III, 19
10 Ibid.
11 Ibid.
12 Ibid.
13 Ibid.