sculpture du Laocoon


Ethique et philosophie morale


Liberté, devoir, bonheur...

Retrouvez les principaux auteurs et ouvrages concernant ce domaine de la philosophie, ainsi que les principales problématiques rencontrées.


Actualités : conférences, séminaires


03/05/17 :    PARIS - Conférence de Bruno Gnassounou "Les raisons du Bien", dans le cadre du séminaire de meta-éthique organisé par l'ENS. En savoir +



Derniers ouvrages parus


livre de Nathalie Heinich



Des valeurs - Une approche sociologique

Nathalie Heinich

Quelles sont les différentes étapes de l'acte évaluatif, celui par lequel on attribue une valeur à quelque chose ?

Cette question amène N. Heinich à repenser la sociologie des valeurs : à quoi pourrait ressembler une sociologie axiologique ? Quels seraient les concepts propres et la méthode d'une telle discipline ? En savoir +


couverture du livre

Peter Singer et La libération animale

Collectif

Comment les théories de Peter Singer, développant un rejet du spécisme, ont-elles influencé le mouvement de libération animale ?

Quels sont exactement les rapports entre sa propre doctrine et l'utilitarisme ?


couverture du livre


Agir en contexte

Thibaud Zuppinger

Ce sont les pratiques ordinaires qui sont ici interrogées, en s'appuyant sur les pensées d'Husserl et Wittgenstein.

Il apparaît alors que les besoins anthropologiques sont ceux qui mettent en forme les pratiques ordinaires.



Bibliographie


Grands auteurs

Platon : le Gorgias, GF Flammarion, Paris, 2007
Aristote : Ethique à Nicomaque, GF Flammarion, Paris, 1998
Kant : Fondement de la métaphysique des moeurs, le Livre de poche, Paris, 1993
Schopenhauer : le Fondement de la morale, le Livre de poche, Paris, 1991
Nietzsche : Généalogie de la morale, GF Flammarion, Paris, 2000
John Stuart Mill : l’Utilitarisme, PUF, Paris, 2012
... + d'auteurs


Ouvrages généraux

Collectif, Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale, PUF, Paris, 2004
Misrahi R., Qu’est-ce que l’éthique ?, Armand Colin, Paris, 1997
Rensi G., la Philosophie de l’absurde, éditions Allia, Paris, 1996
Collectif, La question du mal, Classiques Garnier, Paris, 2014
Jaccard R., la Tentation nihiliste, PUF, Paris, 2012
Lavelle L., Traité des valeurs, PUF, Paris, 1950
... + d'auteurs



Définition


La philosophie morale est l’une des branches traditionnelles de la philosophie.

Souvent on utilise éthique et morale comme deux synonymes, ayant un seul et même sens ; néanmoins, certains auteurs les différencient : l’éthique chercherait à identifier les principes à suivre pour atteindre le bonheur, la morale les règles à suivre pour faire son devoir.

On peut définir la philosophie morale comme cette discipline qui cherche à répondre à la question : que dois-je faire ? Et pourquoi ? Donc qui cherche le contenu proprement dit de la morale, mais également son fondement, ce sur quoi repose sa légitimité de ses obligations.


A l'origine : l'émergence du champ éthique


Les premiers philosophes, les présocratiques, étaient plutôt des physiciens. Ils s’intéressaient à la nature du principe qui est à l’origine de toute chose. Etait-ce le feu, l’eau, les quatre éléments, les nombres ? etc.


Statue de Socrate
Statue représentant Socrate à Athènes

C’est avec Socrate que l’on voit apparaître l’intérêt proprement éthique. Détournant son regard du monde, il le tourne vers l’homme, vers lui-même, affirmant dans le Charmide son intérêt pour cette maxime inscrite au fronton du temple de Delphes : Connais-toi toi-même.


Dans les premiers dialogues platoniciens, on le voit interroger ses interlocuteurs sur la vertu en général (Ménon), ou des vertus particulières : le courage (Lachès), la piété (Euthyphron).

Enfin, son choix de ne pas fuir et de s’exposer à la mort en buvant la cigüe en fait un modèle éthique, qui impressionnera les écoles philosophiques ultérieures.


Ainsi les cyniques, dont Diogène est le plus célèbre représentant, visent à imiter ce modèle, en adoptant un mode de vie conforme à ce qu’ils estiment être l’idéal éthique : pauvreté, rejet des codes et conventions sociales (Diogène dort dans un tonneau), etc.


Le disciple direct de Socrate, Platon, accorde à l’Idée du Bien la plus haute place dans le monde Intelligible, cette seule et vraie réalité dont notre monde n’est qu’un reflet imparfait.

Aristote est le premier à rédiger des traités d’éthique (Ethique à Nicomaque, et à Eudème) dans lesquels les concepts fondamentaux de la morale sont définis : le bonheur comme bien suprême, la vertu comme juste milieu, la délibération comme précédant l’acte, la justice, l’amitié, etc.


Les deux doctrines qui s’opposent dans le monde hellénique puis romain, l’épicurisme et le stoïcisme, divergent d’un point de vue éthique, présentant des conceptions contraires sur ce qu’il faut faire pour atteindre le bonheur, concernant le plaisir, le désir, les richesses, etc.


Avec le christianisme apparaissent de nouveaux concepts moraux : le péché, en particulier le péché originel, la confession, le repentir, etc. La pitié, le pardon, deviennent des vertus essentielles.

Le fondement de la morale est Dieu : il faut être moral parce que Dieu nous l’a ordonné, dans les Tables de la loi : tu ne tueras point, tu ne connaîtras point l’adultère…


Avec la modernité, et son rejet critique de la notion de Dieu, le fondement de la morale devient problématique. Pourquoi faut-il faire le bien plutôt que le mal, s’il n’y a pas de Dieu, ou si la pensée doit prendre son indépendance vis-à-vis de cette notion ? La morale se fonde-t-elle sur la nature (Spinoza) ? La raison (Kant) ? La société (Durkheim) ? La liberté (Sartre) ?

Parallèlement, les valeurs évoluent : Nietzsche parle de transmutation de toutes les valeurs, un effet direct du fait que Dieu est mort.

De cette évolution naît une multiplicité de doctrines morales modernes, qu'il serait trop long de présenter ici, mais que nous allons aborder transversalement dans la rubrique suivante.



Principaux concepts et problématiques


La responsabilité

La morale n’a de sens que si l’homme est responsable, c’est-à-dire que si sa volonté est cause libre de son action. Si l’homme est irresponsable, inconscient ou agit par contrainte, contre sa volonté, on ne peut le blâmer pour son action, il n’y a pas de morale.

L’obligation morale suppose donc la volonté et la rationalité. Mais est-ce le cas ? L’homme n’agit-il pas, en certaines circonstances au moins, sous l’impulsion de son inconscient ?

Auteur à consulter : Freud


La liberté

La morale présuppose la liberté comme nous venons de le voir, mais sommes-nous réellement libre ?

Nous pensons communément que nous choisissons volontairement d’agir de telle ou telle manière. Notre volonté serait la cause de nos actions.

Mais le déterminisme est une doctrine philosophique qui soutient que tout événement est provoqué par une cause, qui elle-même a une cause, qui a une cause à son tour, etc.

Ainsi tout dérive nécessairement de la première cause, et c’est une illusion de croire que tel événement se produit du fait d’une action volontaire de notre part : nous ne pouvons modifier cette chaîne de causes et d’effets, nous ne pouvons qu’en être spectateur. Nous croyons choisir, mais notre choix est lui-même provoqué par une cause extérieure à nous, qui nous dépasse.

Auteur à consulter : Marc-Aurèle


le Baiser de Gustave Klimt
Tableau le Baiser de Klimt

Les passions / le désir


Le désir nous rend vivant : mon cœur bat la chamade, je suis sur un nuage, etc.

Mais bientôt, des obstacles peuvent surgir, et le désir ne peut se réaliser. Alors apparaît l’angoisse, la souffrance, la frustration…


La question se pose donc : le sage qui souhaite atteindre le bonheur doit-il laisser libre cours à ses passions, en recherchant le plaisir ?

Ou au contraire les fuir comme quelque chose de dangereux, menant droit au malheur, et privilégier la raison ?

Auteurs à consulter : Platon, Epicure, Marc-Aurèle



Les valeurs

Ce monde a-t-il une valeur ? Ou n’y a-t-il rien à en tirer, comme le postule le pessimisme ou le nihilisme (rien n’a de valeur) ?

Quel est le fondement des valeurs ? Sont-elles subjectives, projetées par l’homme sur le monde ?

Y a-t-il une valeur absolue, une valeur suprême, un souverain bien ? Ou faut-il le nier, comme le pense le relativiste ?

Auteurs à consulter : Aristote, Nietzsche, Cioran


Le bien et le mal

Pourquoi le mal existe-t-il, si le monde a été créé par Dieu ? N’est-ce pas le signe d’une imperfection de celui-ci, donc de son Créateur ?

Les théodicées sont précisément des tentatives pour concilier ces énoncés apparemment contradictoires : Dieu est parfait, le mal existe.

D’où vient le mal ? L’homme en est-il responsable ? Ou vient-il de quelque chose qui en lui échappe à sa volonté (inconscient, etc) ?

Auteur à consulter : Leibniz


Meta éthique / Ethique appliquée

On distingue communément la meta-éthique, considérant le fondement dernier et le sens ultime des concepts de cette discipline, des éthiques appliquées, qui se penchent sur des problèmes concrets, rencontrés dans la vie quotidienne.

Voici quelques exemples de questions examinées par ces dernières :

Le droit des animaux : peut-on tuer les animaux pour les manger ? Les utiliser pour des expériences médicales, afin de guérir, grâce à celles-ci, des êtres humains qui souffrent ?

Bioéthique : peut-on prélever des cellules souches sur des embryons pour guérir des adultes malades ? Peut-on se servir d’embryons comme des réservoirs de cellules souches à des fins thérapeutiques ?

Ethique médicale : la relation de soin est-elle une relation d’amitié ? Que penser de l’euthanasie, lorsqu’un malade souffre sans espoir de guérison ?

Ethique des affaires : y a -t-il des valeurs universelles à adopter comme fondement du comportement des entreprises dans le commerce international ?

Etc


Le fait et le droit

Pourquoi oppose-t-on le fait et le droit ?

Quelle est la différence entre les jugements de valeur et les jugements de fait ? Peut-on vraiment distinguer les jugements descriptifs et jugements prescriptifs ?

Qu’est-ce qui caractérise en propre les jugements moraux ?

Auteur à consulter : Putnam


Le juste

Y a-t-il des lois injustes ? Ou une loi, en tant qu’elle constitue le droit et précisément ce qui est juste, ne peut qu’être conforme à la justice ?

Existe-t-il un droit naturel, comme le soutiennent les partisans du jusnaturalisme, ou ne faut-il supposer qu’un droit positif, celui qui existe de fait dans tel ou tel pays, ainsi que le positivisme juridique le suppose ?

Auteurs à consulter : Aristote, Kelsen, Rawls


le Cri d'E. Munch
Tableau le Cri d'E. Munch

L’existence


L’homme existe, et c’est même là ce qui le caractérise en propre, par opposition aux animaux, ou aux simples objets. A la différence de ces derniers, il ne peut être défini, n’a pas d’essence.


Qu’est-ce que cela signifie, l’idée que l’homme soit existence ? Qu’est-ce qui en découle ? L’existentialisme est la doctrine qui prend là le point de départ de sa réflexion.

On trouve l’existentialisme chrétien, mais aussi un existentialisme athée parvenant, à partir d’un même postulat, à des conclusions bien différentes.

Auteurs à consulter : Kierkegaard, Sartre



Ethique conséquentialiste / déontologique

Un homme en aide un autre, en comptant sur un service en retour. Est-ce moral ?

Oui, pour une éthique conséquentialiste, qui ne retient que les conséquences d’une action pour déterminer si elle est morale. L’homme a bien rendu un service, améliorant objectivement la vie du second, donc elle est morale.

Non, pour une éthique déontologique, qui considère qu’une action est morale lorsqu’elle faite par devoir, et non dans le but d’obtenir un quelconque avantage.

Le critère déterminant, c’est donc le devoir, cet impératif catégorique qui s'impose à moi sans conditions. Seule une action désintéressée (faite par devoir) est morale ; si ce n’est pas le cas, c’est simplement une ruse, ou de l’habileté, pour atteindre un but égoïste. L’homme n’a cessé de penser à lui-même en rendant ce service, c’est donc de l’égoïsme immoral et non de l’altruisme.

On voit donc que ces deux types d’éthiques sont fondamentalement opposées. On a coutume de voir en Kant le meilleur représentant du déontologisme, et en l’utilitarisme celui du conséquentialisme.

Auteurs à consulter : Kant, J.S. Mill