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couverture du livre

Manuel de philosophie pratique de l'éducation

Je sais que je ne sais rien (Socrate) ; Les enfants naissent naturellement bons (Rousseau) ; et ainsi de suite.

Les enseignants et les conseillers d’éducation ont-ils vraiment besoin d’apprendre de tels slogans philosophiques pour exercer leur profession au quotidien ?

Quelles pratiques efficaces la philosophie « académique » pourrait-elle inspirer ?


Du concept à la pratique

Cet ouvrage ambitionne d’élaborer une batterie d’outils philosophiques et de la mettre à la disposition des enseignants et des conseillers d’éducation, ainsi que, plus généralement, des parents, des formateurs, des chercheurs et de toute personne intéressée par les problématiques éducatives.

L’idée est de partir de l’exposition simple d’un concept philosophique et de s’en inspirer pour imaginer des tâches réalistes à soumettre aux élèves.

Toutes les principales thématiques proposées dans les filières de formation professionnelle sont abordées et richement illustrées par des exemples concrets : laïcité, autorité, autonomie, identité républicaine, finalités de l’éducation, construction ou transmission des apprentissages, rationalité, évaluation, etc.

Aucune connaissance préalable n’est requise pour en comprendre le contenu, et le style se veut accessible au plus grand nombre – quelques photographies illustratives de productions d’élèves jalonnent même l’ouvrage.

De l'actualité de Platon et Rousseau

Son but est d’élaborer en définitive une philosophie de l’éducation qui renoue avec ses deux textes fondateurs : Le Ménon de Platon et L’Émile de Rousseau.

Ces penseurs majeurs ne se sont pas contentés en effet de prescrire des recommandations générales comme « il serait pertinent de partir des connaissances de l’élève » (Socrate) ou « il importe de rendre les élèves autonomes » (Rousseau). Ils ont décrit avec précision comment y parvenir.

Ils ont donc inventé une philosophie pratique, c’est-à-dire une philosophie qui se donne pour objectif ultime d’imaginer ou d’exposer des activités humaines susceptibles de mettre en acte les grandes idées directrices qui ont été énoncées au préalable.

C’est une manière de prouver que la philosophie de l’éducation n’est pas qu’un ensemble de thèses abstraites et qu’elle a le pouvoir de transformer réellement nos sociétés. De fait, méditer certaines thèses de Platon sur l’éducation peut se révéler un exercice plus productif que spéculatif 1.

La rationalité selon Thalès

À titre d’illustration, le concept de rationalité tel que Thalès de Milet le développe en Grèce antique est exposé pour inspirer, par la suite, des activités d’argumentation à proposer systématiquement dès la maternelle.

La rationalité est en effet, chez ce penseur présocratique, un « mode de vie » au sein duquel chaque individu s’efforce de fonder chacune de ses décisions sur des arguments « objectifs », c’est-à-dire, emblématiquement, sur des observations vérifiables et reproductibles « par tout un chacun » (l’eau s’évapore sous l’effet de la chaleur, etc.).

Les enfants devraient donc être amenés systématiquement à accomplir des tâches d’argumentation, afin que l’argumentation objective devienne une habitude, un « mode de vie ».

Démocratiser la raison

L’ouvrage expose dès lors de quelle manière y parvenir simplement dès le plus jeune âge : ne pas se contenter de poser une question de compréhension sur l’album qui vient d’être lu (« Qu’apporte le Petit Chaperon rouge dans son panier à sa grand-mère ? »), mais demander aussi, le plus souvent, à l’enfant de montrer la page illustrée qui prouve qu’il a raison (la page où est dessiné le contenu du panier).

C’est une façon de « démocratiser » la raison (de nombreux autres exemples d’activités pour tout âge et toute discipline sont donnés) et de former progressivement des citoyens capables d’échanger des arguments évaluables par tous, plutôt que des invectives ou des opinions arbitraires sur lesquelles il est, par nature, impossible de débattre.

Philosophie pratique sur le terrain

Ce « manuel » vise finalement à former d’authentiques techniciens supérieurs ou ingénieurs en philosophie 2 : des professionnels capables de solliciter journalièrement la philosophie pour concevoir et améliorer le bien-être des élèves ainsi que leur réussite scolaire.

Le lecteur pourrait même avoir l’impression, à l’issue de l’ouvrage, que la philosophie appliquée permet d’anticiper et de dénouer une large gamme d’obstacles rencontrés sur « le terrain » – notamment parce qu’elle offre aux professionnels une méthode pour définir, et ainsi clarifier considérablement, leurs objectifs les plus immédiats ainsi que les moyens de les atteindre.


La définition d’un argument objectif est, par exemple, suffisamment clarifiée pour un professionnel (et non uniquement pour un étudiant en philosophie) : il n’est plus du tout vague ni obscur de parler du développement de la « raison » des élèves.

La conception de tâches d’argumentation objective (et non de simples tâches d’argumentation) est ainsi grandement facilitée par l’exposé de la pensée de Thalès : l’enseignant ou l’éducateur peut garder en mémoire cette définition afin de concevoir ensuite des activités qui l’incarnent, notamment grâce aux multiples modèles d’activités proposés comme sources réalistes d’inspiration. Les concepts philosophiques entrent ainsi dans la conception et la mise en œuvre même des activités scolaires les plus courantes.

C’est pourquoi cette publication pourrait initier d’autres philosophies pratiques, d’autres histoires pratiques de la philosophie.

La place de la philosophie

L’éducation n’est peut-être pas le seul domaine des activités humaines qui aurait besoin de philosopher pour méditer non seulement sur le sens de ses actions, mais aussi sur la manière d’incarner tel ou tel sens.

Aussi ce manuel interroge-t-il directement la place que pourrait et devrait prendre la philosophie dans nos sociétés modernes. Doit-elle être simplement diffusée auprès du plus grand nombre, comme peut l’être la littérature de nos jours ? Ou devrait-elle, conjointement et plus largement, pénétrer les centres de formation et enrichir plus directement l’efficience ainsi que la profondeur de chaque métier ? C’est ce genre de problème philosophique qu’implique, implicitement, la parution d’un tel ouvrage.

Conclusion

Indiquons pour conclure que ce « manuel de philosophie pratique de l’éducation » se compose de huit chapitres valorisant un ou deux concepts issus de la tradition, des références justifiant leur interprétation globalement « consensuelle », puis une manière de les mettre en jeu.

L’idée de ce travail n’est pas en effet d’innover sur le plan de la didactique ou de l’histoire de la philosophie, mais d’inférer des pratiques didactiques déterminées à partir de cette histoire conceptuelle 3. Des résumés, une sélection de courts extraits de textes et un lexique accompagnent ces chapitres.


Le formateur en philosophie de l’éducation, comme le lecteur, trouve ainsi à sa disposition non seulement une diversité de thèses philosophiques et d’applications éducatives de celles-ci (concluant systématiquement chaque chapitre), mais aussi des pistes alternatives à celles proposées : d’autres auteurs et concepts, d’autres dispositifs possibles.

Ce manuel n’a donc rien de dogmatique et offre avant tout un ensemble relativement complet de ressources en philosophie de l’éducation. Il constitue, en parallèle et en substance, une occasion de réfléchir philosophiquement sur des pratiques professionnelles déterminées et d’interroger la fonctionnalité de la philosophie – y compris sous un angle critique.

Auteur de l'article :

Sébastien Miravete est docteur en philosophie, chercheur associé au laboratoire de philosophie MAPP de l’Université de Poitiers ; directeur de mémoires et de séminaires en philosophie à l’Université Toulouse II, il a été chargé de cours en philosophie de l’éducation en licence PPPE à l’Université Toulouse III, professeur des écoles durant 14 ans et intervenant en formation professionnelle pour l’Éducation nationale.

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2 p. 170
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