couverture du livre

Pratiquer la philosophie



Voici les réflexions sur la pédagogie d'un jeune professeur de philosophie qui interroge son métier.

Nourri par les expériences qu'il a pu vivre pendant ses premières années d'enseignement, il nous livre ici un témoignage précieux.


Thématique : Philosophie de l'éducation


La solitude de l’enseignant


Cet ouvrage a pour ambition de partager l’expérience d’un professeur de philosophie dans son enseignement quotidien au lycée. Son point de départ est donc nécessairement limité à une expérience singulière et s’inscrit dans un certain contexte d’enseignement qui lui est propre. 

On pourrait alors s’arrêter là : un témoignage de prof’, un de plus, venant raconter son histoire, ressasser quelques souvenirs ou encore invectiver quelques responsables ou élèves maladroits. Le lecteur fera alors la moue, compatira peut-être, puis passera son chemin, convaincu que tout cela est bien triste mais dans le fond ne le concerne pas vraiment. A bien des égards, l’expérience enseignante ne se partage pas.

Et cette solitude est paradoxalement soutenue par de nombreux acteurs du monde enseignant. Les administrateurs, s’ils sont convaincus par les méthodes de management néo-libérales, seront bien content d’avoir face à eux un individu isolé face à ses problèmes. Les enseignants verront dans cette difficulté de la transmission le signe d’une pensée racée et distinguée, obscure à la foule et donc nécessairement désirable pour les hauts esprits. Enfin, les élèves et leurs parents, face à un mur d’incompréhension, pourront s’unir de nouveau et détourner leurs ressentiments mutuels sur un tiers externe ; ce professeur incapable de s’expliquer.


Une autre voie 


Contre ses défauts classiques et attendus de l’Education nationale, ce livre cherchera une autre voie. Celle d’une conviction : la philosophie ne peut prétendre à un enseignement vivant que si elle se préoccupe de ses pratiques pédagogiques.

En tant que professeur de philosophie au lycée, j’ai voulu partager ici les miennes. Et l’on jugera ce livre à sa capacité à donner envie d’expérimenter celles-ci, que l’on soit professeur, éducateur, étudiant ou élève. Aussi la voie que je propose est celle d’une pensée joyeuse et généreuse tout en restant une pensée de combat et de colère. 

A mon sens, apprendre est un verbe performatif qui se réalise en situation et en interaction avec des êtres, et dont la performance interdit toute répétition du même, de l’identique. Nous, les professeurs, ne savons pas tout et rien ne me semble plus urgent que d'apprendre de nos élèves, d'imaginer de nouveau notre école, de construire des nouvelles manières d'enseigner, d'essayer enfin autre chose. 

Pour mener à bien ce projet, l’ouvrage s’appuie sur les deux jambes de toutes pensées constructives. 

D’une part, la dimension théorique de cet ouvrage emprunte à John Dewey et au pragmatisme pédagogique toutes les ressources intellectuelles pour repenser de fond en comble l’apprentissage de la philosophie au lycée. 

Et d’autre part, la dimension pratique est soutenue ici par des dispositifs expérimentés en classe, avec schémas et photos des élèves en action lors des cours de philosophie. Ainsi, nous espérons que le lecteur pourra nous suivre dans notre quête jamais rassasiée d'ouvrir des possibles, d’expérimenter nos idées nouvelles. Et que transmettre cette quête est ce qui à mes yeux donne tant de prix au geste d'éduquer. 


Une enquête en cinq étapes


Enfin, j'ai essayé de déployer cette enquête en cinq étapes formant chacune les cinq chapitres suivants :

Le chapitre 1 pose le cadre personnel de ma parole et de ma pratique. Prenant acte du besoin classique de déconstruction d’une approche critique, je cherche, pour le compléter, un point de départ dirigé vers une reconstruction pédagogique radicale de l'enseignement de la philosophie au lycée. Car je crois que l’on ne détruit véritablement que ce que l’on reconstruit autrement. C’est donc de cet axiome que je commence cette réflexion dont la critique s’évaluera à l’aune des possibilités de travailler différemment qu’elle ouvre.

Le chapitre 2 présente deux dispositifs pédagogiques pour travailler la dissertation et l’explication de texte. J’insiste ici sur l’importance d’expérimenter pour le professeur et les élèves dans la pratique scolaire de la philosophie. La pédagogie devient ainsi l’art d’expérimenter en vue de ses objectifs et avec ses contraintes de moyens. Textes, schémas et photographies des élèves en train de pratiquer accompagneront cette réflexion.

Le chapitre 3 met en lumière une troisième leçon ; toujours chercher à enseigner pour apprendre. A l’inverse des réflexions habituelles de la pédagogie, je me demande ici comment l’on peut enseigner au quotidien, et grâce à cela, apprendre de ses élèves. Il s’agit donc de renouer la recherche avec l’enseignement et de présenter avec précision les exigences éthiques d’une telle posture pédagogique.

Le chapitre 4 porte le titre suivant : « Eduquer pour donner de la valeur ». Nous interrogeons ici la théorie de la valuation de John Dewey pour comprendre comment la connaissance transmise peut devenir importante, sensible et vivante pour les élèves. Cette tâche d’apporter une continuité des moyens et des fins me semble être un geste fondamental de la pédagogie et un outil précieux pour les professeurs de philosophie.

Le chapitre 5 présente une dernière proposition : la pédagogie est une science politique. Sa pratique quotidienne n’est pas sans conséquence pour la formation des élèves en tant qu’actuels et futurs citoyens. Comprise ainsi, je propose de reconstruire notre conception des finalités pédagogiques à partir d’un principe politique qui me semble indispensable : la démocratie. Celle-ci apporte alors une dimension fondamentale à l’enseignement : nous devons éduquer nos élèves à devenir ingouvernable par quiconque d’autre qu’eux-mêmes. Cette autonomie construite par une pédagogie de la démocratie forme ainsi le dernier élément du projet de cet ouvrage de pédagogie pragmatiste.



Auteur de l'article :

Christophe Point, professeur certifié de philosophie, doctorant en philosophie de l'éducation et enseignant vacataire à l'Université de Lyon et Grenoble.