couverture du livre

Violences des dieux



D'où vient la violence que l'on trouve dans le domaine religieux ?

Comment pourrait-on y mettre fin ? Peut-on avoir l'espoir d'une réconciliation des croyants ?


Thématique : Philosophie de la religion


Contexte


Violences des Dieux constitue le troisième volet d’une tétralogie dédiée à la philosophie de la violence. Une première dilogie constituée de Violences de la Nature et de Violences des Hommes analyse la violence immanente, c’est-à-dire la violence au sein de notre monde sans référence aucune aux arrière-plans, arrière-mondes, et autres mondes plus ou moins transcendants. Violences des Dieux inaugure une seconde dilogie consacrée aux violences appuyées sur la notion de transcendance, soit celles de l’homme avec Dieu dans ce troisième volet, qui sera suivi de Violences des Idoles, ouvrage qui sera dédié aux violences engendrées par l’homme sans Dieu.


Thème de l'ouvrage


Violences des Dieux se consacre donc à la violence engendrée par les croyances religieuses, en particulier produites par les trois grands monothéismes. Il ne s’agit pas dans ce travail d’une mise en accusation de la croyance religieuse qui aurait pour but de servir de propagande pour une athéologie onfrayenne. Les violences religieuses en effet ne sont que des violences d’hommes (et de femmes) qui prennent prétextes des textes sacrés. Violences des Idoles montrera que d’autres violences, séculières celles-là, peuvent prendre prétexte de textes profanes. Les violences religieuses ne justifient pas plus l’athéisme que les violences séculières ne justifient la croyance en Dieu. Le rejet ou l’acceptation de Dieu doit relever d’autres démarches.

Il est vrai que les disputes religieuses, souvent appuyées sur des dissensions ethniques, voire politiques, forment d’excellentes occasions pour justifier une violence qui, de manière plus générale, est tapie dans le cœur même de l’homme, voire dans le cœur même de la matière, c’est-à-dire dans les lois physico-chimiques qui constituent le soubassement des événements et qui, comme le discute Violences de la Nature , impliquent le règne de la dévoration.

Mais, pour aller à l’essentiel, sur un plan philosophique, les violences religieuses relèvent d’une constitution bancale de l’être humain, à savoir sa propension à posséder la certitude de posséder la vérité qui est peut-être la plus grande idole de toutes les idoles. Armés de cette certitude, et d’une autre certitude, celle de l’impératif catégorique de devoir anéantir l’erreur, des cavaliers de l’apocalypse se ruent sur les déviants qui, naturellement, ne peuvent être que des êtres diaboliques à bouter hors du monde.

Après une revue des violences polythéistes où les hommes mafiotent avec les dieux, et utilisent les sacrifices humains comme monnaie d’échange, l’auteur passe en revue les violences monothéistes, du judaïsme à l’islamisme, en passant par le christianisme, et examinent comment des textes peuvent être sources d’interprétations bellicistes, tandis que d’autres textes, au contraire, peuvent être sources d’interprétations pacifistes.


Vers une réconciliation ?


La théorie des fausses péricopes, qui peut s’appliquer à la Bible autant qu’au Coran, mène à la conclusion qu’au fond Dieu propose, mais l’homme dispose. Il dispose en effet, par sa liberté, de la possibilité de choisir les textes pacifistes (et les vraies péricopes) ou les textes bellicistes (les fausses péricopes). 

Par ailleurs, l’ouvrage tente in fine une réconciliation par un argument épistémologique qui énonce que l’inaccessibilité de la vérité laisse la place à une multiplicité de vérités, éventuellement contradictoires entre elles, contenant à la fois des parts de vérité et des parts d’erreur. Cet argument implique d’honorer la tolérance des colombes plutôt que le fanatisme des faucons. Aucune vérité, qui n’est donc peut-être qu’une erreur déguisée, ne justifie les exactions (des pressions psychologiques jusqu’à la torture, et au meurtre) commises contre un contradicteur, voire même un dissident.

L’ouvrage constitue une critique approfondie de l’intolérance religieuse avec, montrée au bout du doigt, désignée pour un futur de paix, l’annonce d’une quatrième révélation qui se construit par le cours de l’histoire, où tous les hommes de bonne volonté deviendraient les prophètes et les artisans d’un monde meilleur. Peu à peu, l’esprit se révèle ainsi dans le temps et dévoile un visage souriant de sérénité.


Qu'adviendra-t-il ?


Les violences religieuses ont jeté un voile noir sur les croyances eschatologiques, et ont ainsi participé à la mort de Dieu annoncée par Nietzsche. Elles ont constitué, par leur attentat à une morale plus tolérante, une source de dévaluation et de discrédit des religions, instruments de servitude totalitaristes ici, opium du peuple là, jusqu’au développement d’un monde sans Dieu. De ce monde sans Dieu, sans transcendance, il convient alors de se poser la question : « Qu’adviendra-t-il? ». 

Cette question termine l’ouvrage, et annonce la suite, Violences des Idoles, en cours de rédaction. On verra alors que les violences peuvent être également engendrées par des idéologies profanes, du veau d’or toujours encensé dans les théories délétères du profit, aux idéologies diverses qui font descendre la transcendance dans le monde, en la posant « en-avant » dans le futur, en façonnant un homme nouveau, et en faisant descendre le paradis sur terre pour le transformer en cauchemar. 


Recensions


Ainsi que l’énonce la préface de Keith Moser (Professor of French and Francophone Studies, Mississipi State University), faisant écho aux mêmes soucis éthiques que d’autres penseurs contemporains tels que Michel Serres et Edgar Morin concernant les menaces « damocléennes » sans précédent constituées par la technologie moderne, Gouesbet postule qu’ «apprendre à vivre ensemble » est devenu une nécessité, tandis que la postface de Thierry Murcia (Docteur en Histoire des Religions, Aix-Marseille Université – CNRS) ajoute : Au final, cette réflexion prométhéenne se présente donc comme un vibrant appel à la non-violence et à la tolérance.


Auteur de l'article :

Gérard Gouesbet est Professeur émérite à l’INSA de Rouen. Il effectue ses recherches au laboratoire Coria, unité mixte de recherche du CNRS, à l’Université de Normandie. Il possède une double compétence scientifique (plus de 500 publications dans des journaux spécialisés et des actes de conférences internationales) et philosophique (voir par exemple ses derniers livres « Hidden worlds in quantum physics » chez Dover Publications et « Violences de la Nature », « Violences des Hommes » chez l’Harmattan, collection « Ouverture philosophique »).