couverture du livre

Manager avec la philo



Qu'est-ce que philosopher ? En quoi cela peut-il venir apporter un nouveau souffle aux pratiques de management ?

L'auteure nous répond dans ce livre paru aux Editions d'Organisation...


Thématique : Management


Philosopher


En inventant le métier de consultant philosophe auprès des professionnels, et notamment des professionnels travaillant en entreprise, j’intuitionnais l’utilité de l’approche philosophique sans en mesurer encore l’efficacité. Celle-ci s’est révélée au fil de mon expérience et c’est de cette pertinence avérée que Manager avec la philo est né.


Il ne s’agit pas de la philosophie en tant que discipline forgée par les auteurs qui vont des Présocratiques à nos jours mais de l’acte de philosopher en tant que démarche accessible à tout être humain qui cherche à comprendre ce qui lui arrive et ce qu’il entreprend.

Philosopher consiste à éveiller et développer toutes les dimensions de l’intelligence humaine – raison, cœur, relation – afin de mieux agir et vivre dans un monde composé d’autres êtres humains, semblables par leur humanité et différents par leur individualité. Le terme grec logos, intraduisible dans nos langues contemporaines, signifiait la parole qui, en circulant, génère liens sociaux, réflexions, lois et actions d’intérêt commun.


Simplicité et complexité


La majorité des problèmes dans les organisations, à commencer par les problèmes techniques, les erreurs d’anticipation, voire les carences en termes d’imagination,  proviennent des confusions, des mal dits et des non dits. Ces problèmes entraînent des tensions qui, avec les pressions exercées par une mondialisation en majeure partie financière, fabriquent à leur tour de nouvelles pathologies professionnelles.


À la complexité croissante de notre monde qui change d’ère la plupart des organisations répondent par la complication. La multiplication des procédures et des intermédiaires en interne s’ajoute à la tendance accumulative du législateur. Or, comme le souligne Edgar Morin dans le sillage de Bergson, la réponse pertinente à la complexité est la simplicité. Non pas le simplisme, mais la capacité d’aller à l’essentiel à partir d’une intelligence globale de la situation.

Philosopher est le moyen le plus efficace pour réaliser cette simplicité : dire qu’on ne sait pas quand on ne sait pas, questionner quand on doute, parler la langue de tous les jours pour se faire comprendre, définir ce dont on parle, clarifier la finalité recherchée, préciser quelques règles communes du jeu, confronter les points de vue divers, bien poser les problèmes pour y puiser la solution.


Cet ensemble d’actes, qui caractérisent l’attitude philosophique, combattent les maux dont souffrent les individus dans les organisations : les préjugés, le délire d’interprétation concernant la pensée des autres, l’oubli des enjeux, le flou des rôles, la confusion entre information et communication, l’évitement de la confrontation par confusion de celle-ci avec le conflit, la perpétuation de réunions sans discussion.


Les voyages de la curiosité


Philosopher c’est aussi s’étonner, être curieux, se laisser surprendre par ce qui est différent de ses habitudes et trouver plaisir à apprendre de cette différence : regarder hors de son champ d’expertise, hors de son secteur, hors de l’organisation dont on fait partie, hors de sa culture, hors de son pays.

La curiosité libère de l’égocentrisme dont souffrent autant les individus que les organisations, elle ouvre la voie de la créativité laquelle est plus riche que l’innovation. Là où l’innovation est déjà pervertie par la hantise du commercialisable, la créativité imagine non seulement de nouvelles fonctions et de nouveaux services, mais encore espaces et structures inédites.


Je suis toujours étonnée, au sens grec d’émerveillement, de la fertilité des discussions qui sortent des routines de l’organisation pour emprunter les sentiers d’une réflexion sur le changement d’ère que nous sommes en train de vivre. Les voyages de la curiosité, contrairement aux techniques des team building et brainstorming, mettent sur le chemin des découvertes imprévisibles. Platon soulignait que le détour est souvent la voie la plus rapide pour sortir des ornières et se saisir des essences.


Conclusion


Manager avec la philo est donc une méthode héritée des inventeurs du philosopher et délaissée par la philosophie académique, la philosophie enfermée dans les livres et devenue enseignement.

Cette méthode exige la rencontre avec les autres. Rencontrer, c’est se coltiner l’imprévu de l’autre et non se cantonner à une communication par écrans interposés et messages juxtaposés. Rencontrer implique que l’on mette les formidables technologies du virtuel au service de l’échange entre humains.


Pour cela, il est urgent de philosopher sur … comment communiquer dans un monde qui déréalise les relations et au sein d’organisations qui placent les procédures avant l’intelligence réflexive, empathique, inventive, des êtres humains.


Auteure de l'article :

Eugénie Vegleris - Consultante philosophe auprès des professionnels